Portrait d'un crapaud flûtiste qui joue la sérénade

Chez le sonneur à ventre jaune, les mâles attirent les femelles par un chant discret et régulier, aux sonorités proches de celles d'une flûte à bec, qui résonne dans les mares durant la période de reproduction.
Daniel Aubort

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© Daniel Aubort

À l’instar des autres crapauds indigènes de Suisse, le crapaud sonneur, ou sonneur à ventre jaune – Bombina variegata – est un batracien qui attire peu l’attention du grand public. Kelly Delavy, responsable des réserves naturelles pour Pro Natura Vaud, s’intéresse pourtant de près à cette espèce menacée de disparition.

«Ce petit amphibien, qui appartient à la famille des Bombinatoridae, est d’une discrète couleur gris-brun. Pour l’identifier, il faut être suffisamment proche et remarquer que ses yeux, dont les pupilles sont en forme de cœur, sont positionnés sur le dessus de la tête. La face ventrale d’un jaune vif, bariolée de noir ou de bleu, est typique de l’espèce. Or ces couleurs ne se voient généralement pas lorsque le sonneur flotte dans une mare.»

Méthode de chasse méconnue

Hormis quelques rares observations de l’animal capturant un insecte alors qu’il se tient à la surface d’une mare durant sa période de reproduction, il reste difficile de suivre sa stratégie de chasse. Une difficulté renforcée par le fait que les mœurs du batracien sont essentiellement nocturnes.

«Les études ont démontré que le sonneur à ventre jaune se nourrit principalement d’insectes, de lombrics, ainsi que de mollusques terrestres et aquatiques. Les têtards, pour leur part, se nourrissent d’algues», précise Kelly Delavy. Quant à savoir s’il chasse à vue, à l’odorat ou à l’affût, il est bien difficile de le déterminer. Dans l’autre sens, l’animal, bien que doté de glandes cutanées sécrétant une substance fortement toxique, n’est pas à l’abri d’une attaque de coléoptères comme les carabes ou d’oiseaux.

Parades et reproduction

La période de reproduction offre les meilleures chances d’apercevoir ce crapaud. Bien que son chant nuptial soit de faible intensité, il constitue le meilleur indice pour localiser le batracien. De nature prudente, il cesse toutefois de chanter à l’approche de l’humaine; il faut donc faire preuve de discrétion.

Quand et où se déroulent ses parades? «La reproduction a lieu entre avril et août. Les mâles adultes restent à proximité immédiate de leur point d’eau favori. Ils adoptent une position flottante, les pattes écartées. Plus sédentaires que les femelles, les mâles attirent ces dernières par leur chant, que l’on entend particulièrement au crépuscule. Ils s’accouplent ensuite, le mâle accroché aux hanches de la femelle. Le mâle reste généralement dans l’eau; la femelle ne s’y rend que pour l’accouplement et la ponte.»

Comment le favoriser

La raréfaction du crapaud sonneur est due au manque d’habitats favorables, ainsi qu’au morcellement du paysage. Mais il est possible de contribuer à son retour en lui offrant des sites spécifiquement aménagés. «La création d’étangs et de mares temporaires dans des endroits propices. Cela nécessite d’entretenir le caractère pionnier des mares.»

Il est également judicieux de créer, de façon échelonnée, des étangs sur une même zone afin d’en avoir toujours un dans un état pionnier. «Il faut bien sûr les entretenir à tour de rôle par la suite. Parfois, de simples bacs peuvent être utilisés comme habitat par le sonneur, à condition qu’il puisse s’y cacher et en sortir», conclut Kelly Delavy. Toute personne disposant d’un jardin peut agir en faveur du sonneur. Pro Natura Vaud finance de telles mesures.

Des habitats humides

Le sonneur fréquente des milieux de prédilection, à savoir les vallées alluviales, les prairies et les forêts humides. Comment décrire son habitat type? «Ce sont des plans d’eau pionniers temporaires, c’est-à-dire pauvres en végétation, qui s’assèchent une partie de l’année, mais se réchauffent rapidement. Cet assèchement permet de limiter la présence d’autres espèces concurrentes ou prédatrices.»

«Ces plans d’eau peuvent se trouver aussi bien en forêt que dans des zones rocailleuses, des marais ou des prairies. Il lui faut aussi un habitat terrestre, doté de nombreuses cachettes, qu’il trouve dans le bois mort, les tas de pierres et les sols forestiers meubles.» Le sonneur ne se dispersant que sur quelques kilomètres, il est impératif d’améliorer la connexion entre ses habitats afin de favoriser les échanges génétiques.

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