Malgré la croissance, Meyrin a gardé son âme de village et bâtit un futur écologique

Il existe des coins où les habitants s'engagent avec force pour le terroir, la biodiversité et le vivre-ensemble. Cette année, Terre&Nature vous emmène dans ces villages romands porteurs d'initiatives et d'espoir. Sixième et avant-dernière étape à Meyrin (GE).
Horace Perret

Partager cet article

© Albin Christen

Qui peut se vanter d’avoir lancé un écoquartier énergétiquement neutre, vu naître sur son sol le World Wide Web, un aéroport international et la première cité satellite de Suisse? Meyrin, bien sûr. C’est en tout cas ce que vous diront les Meyrinois car, en dehors des Genevois et des pendulaires, Meyrin n’est pas très connue. La ville – car c’est bien d’une ville qu’il s’agit avec ses 26 000 habitants – mérite pourtant bien plus qu’un simple coup d’œil jeté par le hublot d’un avion ou la vitre d’un tram.

En ce jour de printemps, notre périple débute par la visite de l’écoquartier des Vergers. Pour celui qui y pénètre pour la première fois, l’effet est saisissant: d’un décor urbain sans relief, on passe à une immense plaine parsemée de prairies et d’immeubles. Ces derniers se fondent dans le vaste paysage qui s’offre à nous, avec en toile de fond la silhouette du Jura. Ni ville, ni campagne, on s’y sent ailleurs. Ici, aucune voiture, le quartier est entièrement piéton.

Accompagner la transition écologique

On rejoint la Comète, la coopérative meyrinoise de transition écologique où nous attend son secrétaire général, Olivier Reymermier. C’est en 2018, juste après la publication du rapport du GIEC sur les conséquences du réchauffement climatique, que la ville décide de lancer une structure pour accompagner sa transition écologique. Adopter une économie verte en intégrant les objectifs de développement durable de l’ONU fait alors partie de ses axes stratégiques. «Fondée en 2023, la Comète réunit entreprises, porteurs de projets et institutions pour construire des solutions répondant aux défis sociaux et écologiques du territoire», explique Olivier Reymermier.

La Comète a par exemple soutenu Konoï, une jeune entreprise spécialisée dans les produits alimentaires naturels à base de chanvre, glaces et biscuits en tête, via son programme Comète Skills. Ce dispositif, unique à Genève, met en lien des entreprises locales engagées dans la transition et des personnes en recherche d’emploi. Grâce à une mission rémunérée de six mois, Konoï a ainsi pu renforcer son équipe pour se développer.

La petite entreprise ayant son atelier‑boutique dans l’écoquartier, nous voici, ni une ni deux, dans ses locaux avec son fondateur, Benoit Fanin. Comme de nombreux habitants du quartier, ce dernier vit et travaille aux Vergers. «L’écoquartier m’offre un écosystème très précieux, note le Meyrinois. J’ai pu profiter de la présence du supermarché participatif paysan La Fève pour distribuer mes produits, mais aussi emprunter du matériel de laiterie pour mes yogourts au chanvre.»

Plus d’emplois que d’habitants

Parmi les membres fondateurs de la Comète, on trouve des profils très différents: le Geneva Marriott Hotel, la multinationale OM Pharma, l’horloger BDL5, l’Hospice général, la Haute école de gestion de Genève, sans oublier la Ville de Meyrin. Un panel qui reflète la richesse du tissu économique local et témoigne de la capacité de la coopérative à rassembler des acteurs que rien ne prédestinait à travailler ensemble.

Fait rare, Meyrin recense plus d’emplois que d’habitants, ce qu’elle doit à la présence sur son territoire d’une multitude d’entreprises – parmi lesquelles de prestigieuses marques horlogères –, de multinationales et du CERN. Cette forte concentration lui assure des rentrées fiscales conséquentes, lui donnant «les moyens de ses ambitions», selon Adrien Fohrer, responsable du service communication et des affaires économiques de la Ville.

Bio express

Une date importante

En 1964, Meyrin franchit le cap des 10 000 habitants et devient une ville.

Un personnage historique

La Meyrinoise Renée Pellet est la première femme en Suisse romande à se faire élire à un exécutif communal, en 1960.

Un record

En 2008, le CERN met en service le plus grand et plus puissant accélérateur de particules du monde.

Une récompense

En 2022, Meyrin reçoit le Prix Wakker de Patrimoine suisse pour la qualité de son développement urbanistique.

Des produits bios et locaux

Mais revenons à l’écoquartier et à son supermarché paysan, La Fève. En deux minutes, nous nous retrouvons au milieu d’étalages richement garnis de produits biologiques et locaux, les légumes venant en partie des parcelles agricoles disséminées dans l’écoquartier. Entre les rayons, on trouve des panneaux didactiques qui donnent des éclairages sur les risques pour la santé des aliments ultratransformés.

Les produits sont issus de cinq fermes genevoises, dont la Ferme des Planches située non loin de là. Les cinq fermes partenaires ont une priorité en tant que fournisseurs et bénéficient de prix fixes et préférentiels. Si l’idée semble aller de soi, sa mise en pratique est plus compliquée. «Le problème que l’on a, déplore Reto Cadotsch, l’un des cofondateurs du lieu, est que sur les 3000 habitants du quartier des Vergers, seuls 150 viennent régulièrement. Dans ces conditions, il est difficile de garantir aux producteurs des volumes suffisants.»

Retour dans le temps

Pour comprendre la genèse de ce quartier hors normes, un petit retour dans le temps s’impose. Au début des années 1960, Meyrin passe d’un bourg d’à peine 2000 âmes à une ville de 10 000 habitants suite à la construction de la cité satellite «Meyrin-Parc». Conçue par les architectes Georges Addor et Louis Payot, la cité comprend treize immeubles disposés en barres dans un vaste parc public. Ce projet déplace le centre de gravité de la commune du vieux village vers la nouvelle cité.

Meyrin a échappé à son destin de cité-dortoir grâce à son ouverture d’esprit et à un désir constant d’expérimentation.

Face à cette croissance fulgurante, la population ressent un fort besoin d’organisation collective qui se traduira par la création d’une association de quartier, la future Association des Habitants de la Ville de Meyrin. «Aujourd’hui, cet héritage se traduit par un réseau de plus de 280 associations sportives, culturelles ou artistiques», explique Adrien Fohrer.

L’écoquartier est ancré dans cette culture participative. Elle s’est exprimée à l’occasion d’un forum organisé au tout début du projet, en 2014, pour donner une «âme» au quartier. «Ce forum a permis de faire émerger les idées qui ont donné les projets les plus emblématiques du lieu: La Fève, l’auberge, la fromagerie, la boulangerie, les potagers collectifs, le poulailler», relève Uli Amos, l’une des habitantes qui a participé aux échanges.

En chiffres

27 000 habitants, dont 3000 dans l’écoquartier

100 nationalités, en provenance des 5 continents

Plus de 26 000 emplois (dont 90% dans le tertiaire)

1700 entreprises et 750 PME

161 millions de francs de budget en 2025

Une ferme, deux missions

Comme un rappel de l’époque où Meyrin était encore agricole, une dizaine d’exploitations ont survécu aux mutations des dernières décennies. Parmi elles, la Ferme de la Planche, située en bordure de l’écoquartier et à laquelle on doit la présence de deux sympathiques ânes, d’un poney et de prairies dans le quartier.

Organisée en coopérative, la ferme est en charge de l’entretien paysager du quartier. Une gestion opérée de manière peu interventionniste, et en suivant le cahier des charges de Bio Suisse. «On a une double casquette: assurer l’entretien et faire du maraîchage», explique Mélanie Battistini, en charge de la communication et de l’administration. Les deux ânes de la ferme ont donc remplacé les tracteurs pour le plus grand plaisir des enfants.

Cœur de cité, un projet majeur

Le développement de la ville ne se résume toutefois pas à son écoquartier, loin de là. Un projet majeur est en voie de réalisation: «Cœur de cité», le grand chantier de requalification du centre‑ville. Ce dernier prévoit la création d’une mairie dans laquelle seront intégrés des espaces de rencontre et d’expositions pour les habitants ainsi que d’un parc arboré et d’espaces publics. «Cœur de cité» est issu d’une démarche participative comme Meyrin en a le secret, rythmée par des ateliers, des journées de participation et des votes portant sur les éléments de conception. Budgétisé à 88 millions, le projet a fait l’objet d’un référendum avant d’être plébiscité par 58% des votants.

Mais quel est le secret du dynamisme de cette commune que rien ne prédestinait à devenir une référence en matière de développement urbain durable? «Si la ville a su échapper à son destin de cité-dortoir, c’est grâce à son ouverture d’esprit et à un désir constant d’expérimentation, estime Adrien Fohrer. À quoi il faut ajouter une grande continuité politique, la composition de son exécutif n’ayant pas bougé depuis une quinzaine d’années.»

Un peu d'histoire

Meyrin est mentionnée dès le Moyen Âge comme un petit village agricole situé aux portes de Genève. Pendant plusieurs siècles, son économie repose essentiellement sur l’agriculture et l’élevage. En 1536, les Bernois s’emparent du pays de Gex et de Meyrin et imposent le culte de la Réforme. L’occupation bernoise dure 30 ans jusqu’en 1567. En 1601, le traité de Lyon attribue le Pays de Gex (dont Meyrin fait partie) à la France, à laquelle la commune appartiendra jusqu’en 1815. À la fin du 18e siècle, elle connaît les bouleversements liés à la Révolution française et à l’annexion de Genève par la France. En 1816, après le Congrès de Vienne, Meyrin intègre le canton de Genève, qui vient de rejoindre la Confédération, et devient suisse. Elle reste en grande partie rurale durant tout le 19e siècle. Son destin s’accélère au 20e siècle avec l’ouverture en 1922 de la première piste d’aviation de Cointrin, puis avec l’arrivée de l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN) en 1954. La construction de la première cité satellite de Suisse dans les années 1960 parachève sa transformation de bourg agricole en ville dense et multiculturelle.

+D’infos Prochain volet le 16 juillet

Achetez local sur notre boutique

À lire aussi

Accédez à nos contenus 100% faits maison

La sélection de la rédaction

Restez informés grâce à nos newsletters

Icône Boutique Icône Connexion