Meyrin, capitale de l'autocueillette depuis un demi-siècle
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«Enfin des fruits mûrs!» s’exclame Catherine en saisissant une fraise carmin entre ses doigts. Chaussée de bottes de pluie rose pâle, la septuagénaire arpente d’un pas lent les longs tunnels de la Fraisière, à Meyrin (GE). Son regard est rivé sur les plants au ras du sol: «Je cherche les petits fruits. Les gens ne les veulent pas, alors que leur goût est encore plus doux!»
La saison des fraises a démarré le 1er mai sur le vaste terrain des Stalder, haut lieu de l’autocueillette à Genève. L’information a été transmise sur le répondeur de leur téléphone fixe, à l’ancienne, et sur les réseaux sociaux. «Nous avons environ deux semaines d’avance comparé à l’époque», observe Christophe Stalder, l’exploitant.
Économie de main-d’œuvre
«L’époque», c’est 1976. L’année où son oncle, Jean-Pierre, s’est lancé dans ce modèle alors unique à Genève. Comme beaucoup d’agriculteurs, le Meyrinois venait de traverser des années compliquées. «À partir de 1950-1960, c’est devenu très difficile de trouver de la main-d’œuvre, car beaucoup d’ouvriers étaient engagés dans le bâtiment», explique son neveu, qui aura quarante ans cette année.
Les Stalder abandonnent alors progressivement le bétail pour se consacrer aux fruits et aux légumes. L’autocueillette apparaît dès lors comme une solution intéressante pour certaines cultures. Plus besoin de personnel pour la récolte: les acheteurs ramassent directement la production. Pari gagnant. Le modèle rencontre rapidement son public. «Il y avait une forme d’euphorie au début. Certaines personnes venaient avec des paniers à linge et repartaient avec 20 ou 30 kg de fraises!»
Des fruits 30% moins chers
Les baies cueillies sont aujourd’hui vendues 6 francs le kilo. «Pour des fruits suisses, c’est environ 30% moins cher que dans le commerce», estime Christophe Stalder. Un prix que l’exploitant peut se permettre grâce à l’économie de personnel. «À Genève, nous avons la main-d’œuvre la plus coûteuse de Suisse, c’est très difficile d’être concurrentiel autrement», déplore-t-il.
Si le prix est attractif, ce n’est pas l’argument principal qui attire les cueilleurs rencontrés. «Les fruits sont très frais, on peut en récolter de grandes quantités et c’est une bonne activité à faire avec des enfants», témoigne Eva, mère de trois petits en bas âge. «Le goût est simplement délicieux», souligne Valéria, qui vient trois fois par semaine. «Il est toujours meilleur lorsque nous cueillons les fruits nous-mêmes», abonde Sabrina, qui repart avec un bac de 2,5 kg de fraises qu’elle compte déguster avec du lait condensé. Et puis, «il y a le lien à la terre et cette odeur de fruit qu’on sent dès qu’on approche des champs à la pleine saison», relève Catherine, fidèle cueilleuse depuis quarante ans.
Trois championnes
Trois variétés de fraises se partagent les 2,5 hectares des Stalder consacrés à ce fruit: la clery, la darselect et la loly. La clery est la star incontestée du pays. Selon la Fédération romande des consommateurs (FRC), elle occupait environ 60% des champs en 2021. Il faut dire qu’elle combine plusieurs atouts: un goût parfumé, un excellent rendement et une bonne résistance aux maladies. Plus claire, la darselect se distingue, elle, par des grosses fraises bien sucrées. Quant à la joly, elle représente la synthèse des deux: le goût de la clery avec la taille de la darselect. Saurez-vous les reconnaître?
Clientèle d’habitués
Beaucoup de clients sont des habitués de longue date. Certains venaient déjà enfants avec leurs parents. Au fil des ans et des générations, des liens se sont tissés. «Allez dans le champ là-bas», conseille à mi-voix Maggy, la mère de Christophe, à un homme qui «préfère les grosses fraises». «On finit par connaître les préférences de chacun», souffle la retraitée derrière le stand mobile installé en plein champ où elle pèse les récoltes.
Christophe Stalder se réjouit de voir ses clients être «moins sélectifs» que les commerces. «Ils prennent souvent des fruits qui passeraient en deuxième choix», observe ce diplômé d’une école commerciale. L’autocueillette serait-elle donc la panacée? L’agriculteur, qui a repris officiellement la ferme en 2021, souligne ses nombreuses exigences, qui en auraient découragé plus d’un dans la région. «Pendant la saison des fraises, nous sommes ouverts sept jours sur sept et les week-ends sont particulièrement chargés, c’est intense comme période!»
Des récoltes à risques
Largement tributaire de la météo et de la fréquentation, le modèle s’avère également fragile face aux aléas. Si la pluie s’installe et que les lignes restent désertes, la récolte peut virer au cauchemar. «Le risque est de voir des fruits pourrir sur les plants et contaminer les autres. Nous tentons dans ce cas des missions de sauvetage, mais nous n’avons pas assez de personnel. Il est arrivé qu’on perde toute la production», déplore le spécialiste.
Christophe Stalder mentionne enfin les visiteurs «qui mangent plus de fruits qu’ils n’en achètent», un fléau «difficile à contrôler». «Heureusement, la grande majorité des clients joue le jeu», précise-t-il. Anna, 4 ans, en est la digne représentante. Chaque fraise ramassée est minutieusement déposée dans le bac de sa maman. La relève est assurée.
Des raisinets à la courgette
Si la fraise est la reine de la ferme, les Stalder proposent également d’autres produits en vente directe. À commencer par les framboises, les mûres, les raisinets, et les groseilles. «Les petits fruits permettent de prolonger la saison de l’autocueillette», souligne Christophe Stalder. Du côté du potager, les amateurs de produits frais peuvent ramasser eux-mêmes tomates, poivrons jaunes et choux à même les plants. Pour les plus pressés, le stand de la ferme propose également des récoltes prêtes à l’emporter: melons et pastèques genevois, courges, courgettes ou encore haricots verts.
+d’infos lafraisiere.ch

