Le Conseil fédéral fixe les axes de la Politique agricole 2030+

Le Conseil fédéral a fixé les grandes lignes de la future Politique agricole en vigueur à partir de 2030 (PA30+). Son objectif: améliorer la sécurité alimentaire du pays et développer durablement le secteur. Pour ce faire, il a prévu des mesures réparties en quatre domaines.
ATS/La rédaction
La PA30+ va mieux promouvoir les cultures végétales destinées directement à l'alimentation humaine.
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«La PA30+ n’est pas une révolution, mais une évolution», a déclaré mercredi le président de la Confédération Guy Parmelin devant les médias à Berne. Il s’agit de «construire ensemble une politique agricole moderne et ambitieuse».

Jusqu’à présent, le focus était principalement sur la production. C’est la première fois que l’accent est mis sur toute la chaîne d’approvisionnement, des producteurs aux consommateurs, en passant par les entreprises de transformation et la grande distribution, a détaillé le ministre de l’agriculture. «Il faut que tout le monde prenne ses responsabilités.»

Du côté des agriculteurs, leur liberté d’action entrepreneuriale sera étendue. Les paiements directs dépendront davantage de résultats concrets, alors qu’ils sont actuellement subordonnés au respect de règles de protection de l’environnement et du bien-être animal. Cette protection ne sera pas affaiblie, a toutefois estimé Guy Parmelin.

Par ailleurs, la charge administrative sera réduite, grâce à la numérisation et à un service central de transmission des données. «Au fil des années, le système des paiements directs est devenu très complexe», a concédé le ministre. A l’avenir, «les exploitants doivent pouvoir se concentrer sur leur travail et passer moins de temps au bureau».

Observation du marché

Un deuxième axe concerne le bon fonctionnement des marchés. Il s’agit d’accroître le poids des agriculteurs et de garantir la valeur ajoutée de leur production. Pour cela, l’observation du marché doit être optimisée, et des mesures d’entraide développées.

Par exemple, la marge brute de certains groupes de produits sera mesurée et communiquée. Cet axe correspond aux résultats d’un rapport adopté aussi mercredi par le gouvernement et réalisé à la demande du Parlement. Dans ce domaine, la hausse du prix du lait voulue par les Chambres dynamisera la création de valeur dans l’agriculture et améliorera la situation économique et sociale des exploitants, note le Conseil fédéral.

Mais, selon Guy Parmelin, les difficultés actuelles dans le secteur laitier ne sont pas directement influencées par la politique agricole. Et de citer une conjonction de facteurs, comme le quasi-arrêt des exportations de fromage vers les Etats-Unis ou une plus grande production de lait grâce à une bonne année de fourrage.

Exigences de formation

Troisièmement, l’utilisation efficiente des ressources sera promue. Il faut mieux protéger les cultures, favoriser les insectes utiles et encourager le recours aux technologies durables. Il est également question de mieux promouvoir les cultures végétales destinées directement à l’alimentation humaine.

Le Conseil fédéral compte aussi investir dans la vulgarisation et augmenter les exigences en matière de formation. Le renforcement de la formation et des prestations de conseil aide à responsabiliser les agriculteurs, relève-t-il. Les domaines ciblés sont le climat, la biodiversité et l’optimisation de la durabilité.

Concrètement, pour bénéficier des paiements directs, il faudra à l’avenir être au minimum titulaire d’un CFC dans le domaine de l’agriculture, d’une formation professionnelle supérieure dans un métier agricole ou d’un brevet de paysanne/responsable de ménage agricole. L’attestation fédérale de formation professionnelle (AFP) ne suffira plus. Des exceptions resteront valables pour les régions de montagnes.

Sensibiliser les consommateurs

Enfin, la PA30+ prévoit de promouvoir le développement durable des filières de l’agroalimentaire. Des conventions d’objectifs sur une base volontaire avec les détaillants sont en discussion, dans les domaines des variétés robustes, du bien-être des animaux et des protéines végétales.

Les détaillants sont pour l’instant «sceptiques», a indiqué Guy Parmelin. Il les invite à s’asseoir à la table des négociations pour trouver des «solutions communes». Toute la chaîne doit amener sa pierre à l’édifice, sinon le Parlement est prêt à aller plus loin, ce qui serait une ingérence dans la formation des prix, a-t-il mis en garde.

Ce dernier volet de la PA30+ prévoit encore de sensibiliser les consommateurs à une alimentation équilibrée et de renforcer les prescriptions en matière d’étiquetage pour les produits d’origine animale importés. «On ne dit pas qu’il faut manger moins de viande, mais on peut manger de la viande de qualité», a commenté le ministre.

Critiques

Un projet détaillé sera élaboré et mis en consultation d’ici le troisième trimestre. Le message devrait être transmis au Parlement fin 2027. En termes financiers, les chiffres exacts ne sont pas encore connus. Mais les besoins dépasseront le budget alloué, touché par le programme d’allègement 2027. Ils devront être compensés dans les paiements directs, selon l’Office fédéral de l’agriculture.

Le Conseil fédéral transforme la PA30+ en un programme d’austérité, critique dans un communiqué l’Union suisse des paysans (USP), dénonçant des coupes budgétaires «inopportunes». L’USP salue toutefois l’abandon de taxes incitatives visant à réduire l’utilisation de composés organiques volatils.

De son côté, Pro Natura critique cet abandon, notamment pour les engrais et les pesticides. Plus globalement, l’organisation environnementale estime que le projet ne protège pas assez la nature.

Lire aussi La bataille des idées pour réformer les paiements directs est lancée

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