Les saunas en plein air ne finissent pas de fleurir au cœur de l'hiver

Tout comme la baignade en eau froide, les saunas en plein air ont connu un grand essor sur les rives des lacs romands, ces dernières années. Deux pratiques liées, mais qui ne s'appréhendent pas de la même manière.
14 février 2026 Horace Perret
© Steam on the Water
© Cecile Photo/Les Rives Zen

Pour celles et ceux qui n’ont pas la chance de pratiquer les sports d’hiver, la saison froide peut paraître longue. Le sauna en plein air offre un moyen de vivre une expérience dépaysante. À l’initiative de quelques passionnés s’est développée, ces dernières années, une offre de saunas éphémères qui a convaincu un public très varié.

Étudiants, sportifs, familles et personnes âgées, ils sont nombreux à avoir testé les différentes structures – tonneaux, roulottes, radeaux flottants, cabanons – qui parsèment les rives du Léman ou des lacs de Neuchâtel, de Gruyère ou de Bienne. «Cocons de chaleur» pour les frileux, expérience qui permet de se ressourcer pour les autres ou simplement moyen de passer un bon moment entre amis, tout le monde y trouve son compte.

Lien direct avec la nature

Le sauna en plein air a deux atouts majeurs par rapport à sa version à l’intérieur. Il permet d’être dans un cadre naturel, souvent exceptionnel et sous-exploité en hiver, et de pouvoir se «refroidir» directement dans le lac entre deux sessions. Ce lien direct avec l’eau froide, le sauna en plein air le partage avec la baignade en eau froide, une pratique qui a elle aussi connu un spectaculaire essor ces dernières années. Les deux ont profité de la pandémie de Covid pour se développer, la fermeture des piscines et des thermes ayant poussé les adeptes à trouver des alternatives.

C’est aussi à ce moment que les gens ont commencé à chercher des moyens naturels pour améliorer leur santé, relève Henri Baussand, qui gère deux saunas éphémères du côté de Genève (Hermance et Bellevue). Les deux pratiques se retrouvent d’ailleurs souvent sur les mêmes plages, note Beryl Sepulveda, l’une des fondatrices des Bains des Rives à Lausanne, qui se sont installés dans l’enceinte de la piscine de Bellerive: «Les habitués de la baignade en eau froide sont souvent des puristes, ils ne vont pas forcément faire un sauna, mais de temps en temps ils s’octroient quand même ce luxe. On a d’autres personnes qui sont attirées par la baignade en eau froide, mais trop frileuses pour le faire et qui sont venues une fois qu’on a ouvert le sauna.»

Les bienfaits du chaud

Passionné de sauna depuis un séjour en Finlande, Stéphane Renevey a créé en 2022 un sauna-roulotte – Frisauna – qui a pris ses quartiers sur une plage du lac de Gruyère pour la vue imprenable qu’elle offre sur les Préalpes. En parallèle, il a lancé les Givrés de la Gruyère, qui propose des initiations et baignades en eau froide dans des lieux pittoresques.

Pour l’expert, il est primordial de différencier les deux pratiques. «À Frisauna, je mets l’accent sur les bienfaits du chaud: meilleure circulation sanguine, détente musculaire, effet détox, etc. Si le sauna nécessite des phases de rafraîchissement, qui peuvent passer par une trempette dans le lac, la baignade en eau froide ne doit pas être suivie par un sauna, le corps devant apprendre à se réchauffer tout seul.»

Rituels finlandais et allemands

Si l’on peut pratiquer le sauna en mode libre, de nombreuses structures proposent des rituels en provenance des pays qui ont une forte culture de sauna. Comme la Finlande, son berceau originel, où il est fortement connecté à la nature. «On le pratique depuis des millénaires et il a été récemment reconnu comme patrimoine culturel immatériel de l’Unesco», nous explique Hanna Mattinen qui guide des cérémonies finlandaises dans les saunas d’Henri Baussand à Hermance et Bellevue.

C’est un rituel basé sur l’union du feu, de la terre, de la pierre, de l’air et de l’eau. «Le löyly qui incarne l’esprit du sauna est à la fois la vapeur et la chaleur qui se créent quand on jette de l’eau sur les pierres brûlantes du poêle. On utilise également des branches (vasta) avec lesquelles on se frappe le corps pour améliorer la circulation sanguine», précise la jeune femme.

Plus proche de nous, la culture allemande du sauna, l’Aufguss, consiste en des rituels guidés par un maître de sauna et accompagnés parfois de musique et d’eau parfumée, explique Stéphane Renevey. Sa formule, «Bier Aufguss», en est une version plus festive. «En alliant la chaleur du sauna aux arômes maltés et délicats de la bière, avec des musiques entraînantes, j’ai voulu proposer une ambiance insolite qui favorise les rencontres», explique le maître des lieux.

Expérience hors du temps

Steam on the Water, une coopérative qui gère deux saunas en plein air sur la Riviera vaudoise, s’inscrit également dans cette tradition de l’Aufguss. «C’était naturel pour nous, car l’un des membres de notre équipe est allemand», explique Carole Mury, l’une des fondatrices. «Nos sessions sont organisées sous forme de cérémonies dans lesquelles un maître de sauna intervient. Après une explication pour mettre les gens dans l’ambiance, il s’occupe de verser délicatement de l’eau mélangée à des huiles essentielles sur les pierres chaudes et de répartir la vapeur», poursuit-elle.

S’il existe presque autant de formules que de lieux – saunas à la pleine lune, saunas apéros, saunas soupe, etc. – il est un point qui fait l’unanimité: les effets du sauna vont au-delà du corps. Face au stress et aux multiples sollicitations auxquelles nous sommes confrontés, il offre une expérience en dehors du temps qui permet de se retrouver, explique Hanna Mattinen. «Grâce au sauna, je peux fermer la porte aux soucis et quand je la rouvre, j’ai beaucoup lâché de choses, je suis une autre personne», conclut Carole Mury.

Avec ou sans maillot?

Voici l’une des questions que l’on est amené à se poser lorsqu’on fréquente des saunas. Les pratiques varient en fonction des sensibilités culturelles. «En Suisse alémanique, c’est Textil-frei: on ne porte pas de maillot dans le sauna, explique Carole Mury. Mais nous, à Steam on the Water, on a choisi la liberté de choix, tout en recommandant de venir avec quelque chose de léger.»

De nombreux saunas misent sur la tolérance réciproque comme à Etana (La Neuveville), aux Bains des Rives, aux P’tits baigneurs (Boudry) ou aux Bains des Trois Jetées (Nyon). À Hermance, en revanche, le maillot est recommandé, même si en Finlande le sauna se pratique souvent nu, relève Hanna Mattinen.

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