Suspendu entre ciel et terre, le gui laisse entrevoir la lumière

Avec le sapin – qui se trouve souvent être un épicéa, en réalité – et le houx, le gui est une des plantes-symboles du passage d'une année à l'autre. Normal: c'est en hiver que ce végétal si particulier se fait remarquer.
20 janvier 2026 Isabelle Erne
Les grives (en avalant ses fruits) et la fauvette à tête noire (en les décortiquant) disséminent le gui, les mésanges (en digérant les graines) limitent son expansion.
© Adobe Stock
Les grives (en avalant ses fruits) et la fauvette à tête noire (en les décortiquant) disséminent le gui, les mésanges (en digérant les graines) limitent son expansion.
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Les grives (en avalant ses fruits) et la fauvette à tête noire (en les décortiquant) disséminent le gui, les mésanges (en digérant les graines) limitent son expansion.
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Les grives (en avalant ses fruits) et la fauvette à tête noire (en les décortiquant) disséminent le gui, les mésanges (en digérant les graines) limitent son expansion.
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Étrange plante que le gui, sans contact avec la terre, qui arbore en hiver une livrée vert doré tout à fait solaire et des fruits d’un blanc de lune… Au nombre des particularités de ce curieux buisson aérien, pourvu d’un suçoir à la place de racines, ses étroites feuilles rangées deux par deux n’ont ni dessus ni dessous – et de même, le gui pousse comme il s’est semé: vers le bas, sur le côté ou vers le haut.

Mais pas sur n’importe quel hôte: même si bon nombre d’arbres et d’arbustes de nos contrées sont susceptibles de l’accueillir, il préfère, selon ses sous-espèces, les pins, le sapin blanc, ou une large palette de feuillus incluant les pommiers, peupliers, aubépines, sorbiers, tilleuls, érables et robiniers – rarement les chênes en revanche, et, semble-t-il, jamais le hêtre.

Parasite… mais partiellement

On dit le gui parasite, et c’est vrai dans le sens où ce drôle de buisson est incapable de vivre sans l’aide de son arbre-hôte. Cependant, il ne dépend de celui-ci que pour l’eau et les sels minéraux: pourvus de chlorophylle, les rameaux et les feuilles du gui lui permettent d’effectuer la photosynthèse et de produire de la sève élaborée. Il n’est donc qu’à moitié parasite.

D’autres plantes de chez nous sont aussi des hémiparasites, les rhinanthes par exemple; mais leur situation est un peu différente, ces annuelles étant capables, en l’absence de graminées-hôtes, de se débrouiller seules. La lathrée et les orobanches, elles, sont totalement dépendantes d’autres plantes, souvent bien précises – l’orobanche à odeur d’œillet, fréquente en Romandie, prospère ainsi au détriment des gaillets – tandis que la néottie, une orchidée brun miel, parasite des champignons.

Au gui l’an neuf, vraiment?

C’est, dit-on couramment, à sa cueillette par les druides – à la serpe d’or, comme le sait tout lecteur d’Astérix! – et à la distribution du gui, plante protectrice, à la population, que ferait référence l’expression «Au gui l’an neuf».

Mais pour l’ethnologue breton François Postic, on aurait simplement francisé un terme aguilaneu (eginan en Bretagne) désignant les étrennes dans une large moitié ouest de la France. S’il y a bien une idée de germe, ou de pointe, dans egin, le mot ne désigne aucune plante en particulier; du reste, relève le spécialiste, si en Bretagne les plantes sont très présentes pour les célébrations du mois de mai, de la Saint-Jean ou de la Toussaint, «pour Noël et le Nouvel An, je n’ai pas relevé des traditions qui aillent dans ce sens».

Entre deux mondes

S’ils ne sont pas parents en botanique, gui et houx cousinent dans notre imaginaire: l’un et l’autre restent verts l’hiver, sont dioïques et mûrissent leurs fruits à la mauvaise saison. Ce qui les rend particulièrement précieux pour grives, fauvettes et mésanges, mais leur a aussi assuré un rôle important dans la mythologie. Éthéré, poussant à mi-chemin entre terre et ciel, le gui a toujours été paré de mille vertus, assurant la prospérité et la fécondité, d’où les coutumes de s’embrasser sous le gui ou de l’accrocher à la porte de la maison, entre solstice et nouvelle année.

Plus prosaïquement, il reste utilisé aujourd’hui notamment pour traiter l’hypertension et prévenir l’athérosclérose, mais aussi comme traitement de soutien en cas de cancer.

De la glu et du fumier

Dzi, évi, glu ou encore lion dans nos patois, le «gui» français provient du nom que les Romains donnaient à cette plante, viscum – et qu’on retrouve, avec son «v» initial, en italien (vischio), en portugais (visco) ou en roumain (vâsc). Le Mistel allemand comme le mistletoe anglais feraient quant à eux référence aux déjections, contenant les graines de la plante, que les grives laissent sur les branches du futur arbre-hôte…

Par analogie, «gui» ne s’applique pas qu’à notre Viscum album et à ses cousins – une septantaine d’espèces, réparties entre l’Afrique, l’Asie et l’Australasie –, mais aussi à d’autres genres (hémi) parasites, d’aspect proche, mais que la génétique fait parfois classer aujourd’hui dans des familles botaniques différentes: le gui des chênes (Loranthus europaeus), le gui du genévrier (Arceuthobium oxycedri) ou encore le gui américain (Phoradendron leucarpum).

Comment le cultiver?

C’est peut-être la caractéristique la plus étonnante de cette plante: dépourvu de racines, le gui ne se cultive pas! Certes, le commerce en propose, mais il s’agit toujours de boules ou de brins coupés, destinés à la décoration. Il est néanmoins possible d’obtenir des plants en déposant des graines collantes dans un creux de l’écorce, sur la branche d’un arbre: contrairement à ce qu’on a longtemps cru, elles ne doivent pas impérativement passer par le tractus digestif d’un oiseau pour pouvoir germer. Mais quel jardinier aurait l’idée de traiter ainsi ses pommiers, ses aubépines ou ses chênes? L’image du parasite néfaste, qui affaiblit son arbre-hôte et le condamne à moyen terme, se superpose par trop à celle du précieux gui des druides…

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