Le castor, ingénieux bâtisseur et ambassadeur de la biodiversité

Une étude a récemment mis au jour l'influence positive du castor sur les populations de chauves-souris. Les aménagements que crée le rongeur permettent le développement de forêts diversifiées.
2 janvier 2026 Margaux Mauran 
© Adobe Stock

Mammifère pouvant peser entre 25 et 30 kg, le castor évolue près d’étendues d’eau (lacs, étangs, rivières). Souvent immergé, il se protège de ses prédateurs. Les jeunes peuvent aussi être chassés par des rapaces tels que le hibou grand-duc. Décrit comme un «ingénieur des écosystèmes», le castor façonne son environnement: si la profondeur de l’eau n’est pas suffisante, il crée des barrages. Cela lui permet aussi d’immerger l’entrée de son logis. Sa queue, plate, lui sert à se diriger. Lorsqu’il la fait claquer sur l’eau, c’est pour signaler à ses congénères qu’il perçoit une menace. Au crépuscule, près de zones aquatiques, il est possible d’observer le castor faire des allers-retours entre son habitat et les lieux où il s’approvisionne en boue, en branches ou même en tiges de maïs, pour mener à bien ses constructions.

Une clé de voûte

Les milieux créés par les castors doivent être protégés. Biologiste au service conseil national castor, bureau de conseil et de coordination pour les questions relatives aux castors à l’Office fédéral de l’environnement, Cécile Auberson explique: «À travers son activité, le castor crée de nouvelles niches écologiques au sein desquelles vivent des espèces qui dépendent de son activité pour se développer. On peut affirmer que le castor est une espèce clé de voûte.» Ainsi, la convention-programme conclue entre les cantons et la Confédération pour la période 2025-2028 à propos de l’environnement encadre la mise en réserves de zones forestières travaillées par les castors. La partie sur la biodiversité en forêt mentionne par exemple le fait que «lorsque cela est possible et judicieux, les activités du castor peuvent être protégées et encouragées en créant une réserve forestière».

S’abriter pour l’hiver

Entre novembre et mars, les castors hivernent: ils réduisent leurs déplacements et passent l’essentiel du temps dans leur abri: soit une hutte, constituée de branches sur des berges plates ou dont le sol est trop solide pour creuser, soit un terrier, si une pente est présente et que le sol se révèle suffisamment meuble. Véritable nid, l’intérieur du gîte peut être composé d’une ou plusieurs chambres tapissées d’une laine de bois que le castor produit en dépiautant des branches avec ses dents. Un conduit est creusé entre le plafond de la chambre et la surface, c’est une cheminée qui permet l’aération du logis. Au cœur de l’hiver, il est parfois possible d’observer une auréole gelée à son extrémité: elle émane de la respiration du castor. Pour cela, il est utile d’avoir repéré le terrier au préalable grâce aux traces laissées par les animaux.

L’allié des chauves-souris

Publiée cet automne, une étude de l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage WSL s’intéresse à l’apparition de chauves-souris dans les zones aménagées par les castors. Les pipistrelles y trouvent plus facilement des insectes, comme les moustiques, pour se nourrir. C’est aussi le cas du murin de Daubenton, qui vole près de la surface des cours d’eau pour attraper ses proies en vol. L’évaluation par l’équipe de recherche de la fréquentation du lieu par les chauves-souris a été réalisée grâce l’analyse des ultrasons émis par ces chiroptères. Il a entre autres été découvert que l’activité des chauves-souris est dans ces zones 2,3 fois plus importante que dans des zones similaires dites de «contrôles» où le castor n’est pas présent.

De nouveaux habitats

Les zones au sein desquelles les castors sont présents contiennent davantage de bois mort: en augmentant localement le niveau d’eau de certains étangs ou cours d’eau, certains arbres voient leur partie inférieure être submergée. Encore sur pied puis une fois au sol, ces arbres servent alors d’habitat à de nombreuses espèces. Plus précisément, l’affaiblissement de l’arbre provoque l’apparition de fissures et le décollement de portions d’écorce. Ce sont dans ces interstices que les animaux installent leurs gîtes. Les pics, eux, en profitent pour y forer leurs loges. Lorsque les arbres finissent à terre, ils laissent mieux la lumière pénétrer dans la forêt. Grâce à ces trouées, un rajeunissement de la végétation a lieu et des espèces variées se développent.

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