Au Landeron, dans le sillage d'une brocante géante, on fourmille d'idées pour dynamiser la vie de la cité

Il existe des coins où les habitants s'engagent avec force pour le terroir, la biodiversité et le vivre-ensemble. Cette année, «Terre&Nature» vous emmène dans ces villages romands porteurs d'initiatives et d'espoir. Pour ce troisième volet, cap sur Le Landeron (NE).
Marjorie Spart
© Albin Christen

En sortant du train, Le Landeron nous fait bon accueil. Côté sud, les maisons s’étendent jusqu’au lac et au canal de la Thielle. Au nord, une fois franchie la barrière autoroutière, le village s’élève sur les coteaux du pied du Jura où s’entremêlent villas cossues et parcelles de vignes.

Dans la cité, un faible trafic s’écoule entre de larges trottoirs, où les piétons se sentent les bienvenus. Et en ce bon matin, la rue du Centre s’avère plutôt animée. Il faut dire qu’elle héberge un point névralgique: la boulangerie Conrad. «Où on y fait les meilleurs croissants français de la région», glisse un badaud, avec un clin d’œil gourmand.

Actions citoyennes

C’est en face de l’enseigne que nous attend Nicole Stampfli. Biologiste et ornithologue passionnée, elle est la présidente de l’association Le Landeron Après Demain, «une initiative née en 2016, dans la foulée du film Demain de Cyril Dion, et qui a pour mission de mener des projets de développement durables ou des actions citoyennes», précise-t-elle.

La jeune retraitée nous emmène dans un tour du village, pour montrer ce que l’association a concrètement accompli. Première halte devant une armoire colorée. «Nous avons installé six boîtes à livres où chacun peut déposer ou prendre des bouquins.» En route vers les rives. À côté de l’incontournable piscine municipale et ses toboggans géants, Nicole Stampfli explique que l’association est à l’origine du nettoyage des berges par des bénévoles, une activité assurée aujourd’hui par les écoles.

«Comme de très nombreux mégots jonchaient le sol, nous avons fait installer des cendriers», se réjouit-elle. Un aménagement bienvenu dans cette zone verte de détente qui accueille familles, promeneurs et nombre d’oiseaux d’eau qui profitent de la baie renaturée. Une table de pique-nique permettant d’inclure une chaise roulante fait aussi la fierté de la Landeronnaise. «Mais les activités régulières de l’association consistent en la gestion des livres vagabonds, l’organisation de quatre Repair Cafés par an, de conférences sur la durabilité et des journées d’actions pour reconnaître et éliminer les néophytes.»

Bio Express

Gentilé

Les Landeronnais.

Sobriquet

Les Ranoilles (ou les grenouilles). Le nom fait référence aux marécages et aux eaux stagnantes sur lesquelles la cité a été fondée.

Noms de famille les plus répandus

Les familles bourgeoises se nomment Frochaux, Muriset, Perroset ou Ruedin. Mais le patronyme le plus répandu est celui de la famille Gutaj, originaire du Kosovo, qui compte 50 membres.

Date importante

Le dernier week-end de septembre se tient la brocante, qui attire plusieurs dizaines de milliers de personnes.

Pépites à chiner

Notre tour se poursuit près de la Thielle, longeant quelques champs, pour entrer dans le vieux bourg par le sud. C’est bien là, dans cette enceinte aux anciennes maisons collées, que palpite le cœur de la cité puisqu’il accueille de nombreuses manifestations: le marché artisanal, celui de l’avent, un vide-grenier, les soirées jazz, les Médiévales et, bien sûr, la brocante.

«Cette dernière est la plus grande à ciel ouvert de toute la Suisse, s’enorgueillit Yves Jakob, président de l’association de la Vieille ville, organisatrice de plusieurs événements. Chaque dernier week-end de septembre, des dizaines de milliers de personnes viennent chiner dans les 120 stands.»

Si entre 1974 et nos jours la quête d’antiquités s’est plutôt transformée en recherche d’objets de deuxième main, la brocante attire toujours la foule. Et fait rayonner Le Landeron dans tout le pays.

Pionnière dans les parchets

Au sortir du vieux bourg, direction la cave de Chantal Ritter Cochand, première vigneronne-encaveuse du canton de Neuchâtel. Elle nous accueille dans la maison familiale au centre-ville. «Imaginez, à l’époque, mon grand-père vigneron et maraîcher cultivait des champs juste derrière la maison.» Alors que le bâti est plutôt dense au cœur du village – et qu’un nouveau quartier pouvant accueillir 500 personnes est en train de sortir de terre –, il est en effet difficile de l’envisager avec des cultures et des vaches qui paissaient jusqu’au bord du lac…

Chantal Ritter Cochand a travaillé avec son mari Yves Cochand jusqu’à 5,3 hectares de vignes, soit une surface dix fois plus grande que celle de son aïeul. En 1984, après un été passé à l’alpage, la jeune femme ne se voyait plus travailler derrière un bureau. «On a eu l’idée avec Yves de reprendre ces vignes familiales, dont s’occupaient d’autres vignerons. Pour pouvoir entrer à Changins (VD), je devais effectuer un stage chez un vigneron. Beaucoup m’ont claqué la porte au nez, disant que ce métier n’était pas pour les femmes!»

Chaque dernier week-end de septembre, des dizaines de milliers de personnes viennent chiner dans les 120 stands.

À force de détermination, elle trouve une place et se forme avec succès. En 1987, le couple reprend officiellement le domaine. En près de quarante ans de travail de la terre, la vigneronne a connu toutes les évolutions: «À Changins, on nous apprenait à traiter chimiquement les vignes. Puis j’ai travaillé en culture intégrée, avant de passer en bio, mais sans labellisation. Et j’ai vu revenir la vie dans les vignes: des lièvres, des oiseaux nicheurs, des insectes attirés par les fleurs. C’est merveilleux de pouvoir aider la nature.»

Le Landeron ne compte plus que cinq caves. «L’époque où foisonnaient les vignerons du dimanche est révolue. Plus personne ne peut faire ce métier comme loisir.» Le travail de la vigne est exigeant et les défis nombreux. «Il faut s’adapter aux changements climatiques, mais aussi aux changements dans les habitudes de consommation de vin.» Celle qui prendra bientôt sa retraite adore ce métier «où on fait tout de A à Z, de la plantation de la vigne à la vente du vin. Et dans lequel on profite d’être dehors.»

En chiffres

4655 habitants (fin 2024).

1325: année de fondation du Landeron.

1499: date de la conclusion d’une alliance perpétuelle avec la ville de Soleure.

1081: superficie de la Commune dont 360 hectares de forêts et 67 hectares de vignes.

437 mètres, l’altitude à laquelle se situe la localité.

Havre animalier

Une autre Landeronnaise aime passer du temps dehors: Sarah Quiquerez, la cogérante du domaine de Bel-Air, situé sur les hauteurs du village, assurément le meilleur point de vue sur Le Landeron – l’horizon s’étend jusqu’aux Alpes. Sur les terres acquises par son arrière-grand-père, Sarah Quiquerez a créé un petit havre pour toutes sortes d’animaux: yaks, alpagas, wallabies, émeus, daims ou encore capybaras. «J’ai toujours aimé les animaux, particulièrement les animaux sauvages. Alors quand j’ai repris le domaine, je me suis séparée des vaches laitières et j’ai commencé d’accueillir des animaux dont on ne voulait plus ailleurs», explique celle qui s’occupe aussi de 33 hectares de cultures céréalières et de fourrage bio.

Débordante d’idées pour animer et faire vivre son domaine, elle a ouvert ses portes au public: elle crée chaque année un labyrinthe dans le maïs, organise des ateliers avec les animaux et cuisine des plats du terroir dans un restaurant au style western. «Je ne suis pas du genre à me reposer», rigole-t-elle. La preuve? Pour son 50e anniversaire, en lieu et place d’une fête entre amis, elle a mis sur pied la première édition des Médiévales du Landeron: un festival faisant revivre le Moyen Âge et qui attire des milliers de personnes «en costumes», tous les deux ans.

Depuis quatre ans, Dylan travaille aux côtés de sa mère Sarah au domaine de Bel-Air et en reprend actuellement les rênes. Et lui aussi déborde d’idées. «Je suis en train de créer le premier insectarium de Suisse. Si tout va bien, je pourrai l’ouvrir cette année», se réjouit-il. Quant à Sarah, qui approche de la retraite, elle se dit ravie de se débarrasser des tâches administratives. «Mais c’est clair que je m’occuperai toujours de mes animaux.»

Un 700e dûment fêté

On le voit, le Landeron est une petite localité qui bouge et les personnes n’hésitent pas à s’engager. Un constat particulièrement vrai en 2025, année du 700e anniversaire de la cité. Pour marquer le coup, un comité a lancé un appel à projets. «Sur 83 propositions reçues, nous en avons réalisé 20 tout au long de l’année», explique Tobias Britz, coprésident des festivités du 700e anniversaire.

Parmi elles, il y a eu la plantation de 700 chênes dans la forêt, un pique-nique géant réunissant 1000 personnes, un livre sur l’histoire du Landeron, un concours d’embarcation ou encore une course populaire. Et surtout quatre jours de fête couronnée d’un spectacle de théâtre, de concerts et d’autres animations.

Le plus réjouissant? «Toute la population a voulu s’impliquer: de l’EMS aux écoles. En tout, plus de 400 bénévoles ont donné de leur temps pour l’un ou l’autre projet. C’était une vraie réussite», se réjouit Tobias Britz pour qui faire partie d’un village signifie «vivre des choses ensemble, créer des liens dans la population et de beaux souvenirs». Une mission parfaitement réussie.

Un peu d'histoire

Le Landeron a été fondé en 1325 par le comte de Neuchâtel, désireux de marquer sa présence face à l’Évêché de Bâle tout proche. Il fit construire une place forte sur un îlot du marais, profitant ainsi des voies de communication fluviales. La ville, alors franchisée, était prospère et possédait sa propre armée. Au XVe siècle, elle conclut une alliance perpétuelle avec la ville de Soleure. Cette dernière offrit protection au Landeron en échange de soldats. Ces liens étroits avec Soleure permirent au Landeron de résister à la Réforme. Ce qui en fait, aujourd’hui encore, une des rares cités catholiques du canton de Neuchâtel. La présence soleuroise est toujours bien réelle au Landeron: grâce à un domaine viticole, propriété soleuroise.

+ D’infos Prochain volet le 16 avril.

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