Le nouveau CFC d'agriculteur mise sur la spécialisation
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Les enjeux
Dès cette année, le CFC compte deux ans de tronc commun, puis une orientation en troisième année.
Le cursus s’adapte à la complexité croissante du métier.
Un jour d’école l’été, deux en hiver: écoles et exploitations adaptent leur rythme.
Vendredi passé, à Grangeneuve (FR), la journée d’accueil de l’école d’agriculture fribourgeoise s’ouvrait sous le préau. Parmi les élèves qui déposent tour à tour leur téléphone dans une boîte, Simon Bodenmüller, de Villaz-Saint-Pierre, et Matteo Krebs, de Prez-vers-Noréaz, entament leur apprentissage d’agriculteur aux côtés de 58 autres Romands.
Ces apprentis forment la première volée d’un certificat fédéral de capacité (CFC) entièrement repensé. À Agrilogie (VD), l’école d’agriculture vaudoise, 73 élèves ont fait leur rentrée dès le 17 août. Au total, plus de 3000 jeunes, dont 700 en Suisse romande, préparent actuellement un CFC d’agriculteur. Les volées précédentes achèveront, elles, leur formation sous l’ancien système.
D’un extrême à l’autre
Pilotée par la profession au sein d’AgriAliForm, la faîtière des métiers de la terre, la réforme a été mûrie durant six ans avant sa validation par la Confédération au printemps 2025. C’est la première refonte d’ampleur depuis 2008. À l’origine, un constat simple: d’un bout à l’autre du pays, les fermes se ressemblent de moins en moins.
«Il existe tant des exploitations qui engagent des chefs de culture ou de secteur que des exploitations plus petites et très diversifiées», observe Carine Théraulaz, présidente de la faîtière. Comment préparer, avec un seul et même diplôme, le futur responsable d’un grand domaine et l’exploitant appelé à tout faire?
La fin du parcours unique
Le nouveau cursus s’ouvre donc sur deux ans de tronc commun, avant une troisième année consacrée à une seule orientation parmi six: grandes cultures, production bovine, production porcine, aviculture, production végétale biologique ou économie alpestre et agriculture de montagne. Une année supplémentaire, facultative, permettra d’acquérir une seconde orientation et d’obtenir un deuxième CFC.
La réforme redessine au passage les métiers voisins. Le CFC d’aviculteur disparaît comme titre autonome et devient une orientation, tandis que viticulteur et caviste fusionnent dans une formation commune de viniculteur. Le rythme change aussi: un jour de cours par semaine l’été, deux en hiver, au lieu d’une troisième année passée à la ferme l’été et à plein temps en classe l’hiver.
Enseignants inquiets
En mars 2024 déjà, la doctorante en sciences de l’environnement Mathilde Vandaele relayait dans une chronique du Courrier l’inquiétude d’enseignants: une formation resserrée sur une seule production affaiblirait la capacité des fermes à encaisser les chocs du climat ou du marché. Christophe Unger, directeur d’Agrilogie, ne balaie pas le doute: «Je me pose les mêmes questions.»
Le niveau d’expertise attendu d’un exploitant ne cesse de monter, à mesure qu’avancent la recherche, les technologies et les réglementations, constate André Stettler, responsable de la section formation à Grangeneuve. Le cursus en témoigne. Les ateliers de menuiserie et de maçonnerie disparaissent: l’agriculteur d’hier devait savoir tout faire, celui de demain appellera un maçon ou un menuisier.
La branche assume
La branche, elle, assume. La réforme s’est construite avec le terrain, à partir des activités du métier recensées auprès des professionnels, souligne Serge Chobaz, responsable de domaine à la Haute école fédérale en formation professionnelle (HEFP), qui accompagne les écoles dans cette transition. Lui n’y voit pas une spécialisation, mais «une bonne alternative à l’approche purement spécialiste ou purement généraliste».
Une année supplémentaire, facultative, permettra d’acquérir une seconde orientation et d’obtenir un deuxième CFC.
Jusqu’ici, cumuler deux CFC exigeait deux apprentissages successifs; une seule année supplémentaire y suffira désormais. «La formation ne s’arrête pas après trois ans», répond Carine Théraulaz d’AgriAliForm. La pratique, complète-t-elle, s’acquiert toujours au gré des productions de la ferme formatrice.
Production bovine et grande cultures très demandées
Dès la troisième année, la ferme formatrice devra correspondre à l’orientation retenue. Passionné par les animaux et les machines, Simon Bodenmüller choisira la production bovine. Matteo Krebs, lui, se formera dans une ferme voisine qui, comme l’exploitation familiale, combine élevage et grandes cultures.
Ce choix déterminera aussi le lieu des cours. Toutes les orientations ne seront pas enseignées partout. La production bovine et les grandes cultures, les plus demandées, seront largement proposées. Agrilogie proposera notamment le bio et la montagne; Grangeneuve, la production porcine. L’aviculture, qui ne compte que 13 apprentis dans le pays, restera centralisée à l’Aviforum de Zollikofen (BE). Cinq des six orientations resteront néanmoins accessibles sans quitter la Suisse romande.
À Grangeneuve, qui accueille au total le plus grand nombre d’apprentis agriculteurs de Suisse romande, les inscriptions francophones de première année ont progressé, passant de 50 à 58. «La réforme n’a donc pas eu l’effet négatif sur les inscriptions que certains pouvaient craindre», relève André Stettler.
Rendez-vous en 2029
Les premiers diplômés «nouvelle formule» sortiront en 2029. Sous le préau, la question de l’année supplémentaire se pose déjà. Matteo Krebs prévoit déjà d’enchaîner deux orientations pour correspondre à son exploitation d’élevage et de grandes cultures. Simon Bodenmüller, lui, n’est pas sûr de prolonger.
À eux deux, ils reflètent le pari de la réforme: proposer à chaque apprenti un parcours adapté à la ferme où il se projette, tout en préparant les futurs agriculteurs à un métier dont les techniques, les connaissances et les exigences ne cessent d’évoluer.


