Un hôtel intimiste réveille le cœur du village de Grengiols
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Comment faire en sorte que les lumières d’un petit village de montagne ne s’éteignent pas, et maintenir une offre hospitalière sans tomber dans le pastiche touristique? Des pistes de réponse se trouvent à Grengiols (VS). Nichée dans le Parc naturel de la Vallée de Binn, cette commune de 440 habitants oppose une riposte architecturale poétique à l’exode rural et aux lits froids.
Sous l’impulsion de la fondation «Stiftung Dorf am Bettlihorn» et du Parc, l’hôtel POORT A POORT («porte à porte» en dialecte local) a ouvert ses portes en septembre 2024. L’idée de base du projet: transformer des locaux abandonnés en infrastructure hôtelière et réanimer la vie sociale au cœur du village.
Bâtiments emblématiques
L’idée germe lors d’un colloque national consacré à l’avenir des noyaux villageois. La préservation du patrimoine architectural faisant partie des priorités des parcs suisses, le Parc naturel de la Vallée de Binn, accompagnant l’aventure depuis 2017, privilégie la réaffectation du bâti vernaculaire vacant plutôt que de couler du béton pour bâtir un complexe uniforme. La fondation acquiert trois étages dans des bâtiments emblématiques de la place centrale, la Bettlihorn et la Grängjerstuba, reconstruits après l’incendie qui ravagea la localité en 1799.
En charge du projet architectural, l’Atelier Summermatter Ritz, basé à Brig (VS), a voulu rendre visibles les strates du temps et dialoguer avec l’existant. Le principal défi était structurel: consolider les soubassements en maçonnerie, fragilisés par deux siècles de modifications chaotiques. L’ingénierie s’est faite discrète, en insérant une nouvelle structure porteuse en bois brut pour stabiliser l’enveloppe séculaire.
Dans la plus pure tradition valaisanne
Dans la pure tradition valaisanne, deux anciens poêles en pierre ollaire encore en fonction ont été conservés. «Nous avons autant que possible gardé les traces du passé, détaille David Ritz. Comme par exemple un pan de mur noirci par l’ancien poêle à bois de la cuisine que l’on peut observer dans le corridor des nouvelles chambres d’hôtel.»
À l’intérieur, l’atmosphère cultive un minimalisme alpin presque monacal. Dans les espaces, le contraste est flagrant entre la patine sombre, quasi noire, des madriers d’époque et la réinterprétation du lambris en bois clair qui capte la lumière changeante des sommets à travers les fenêtres. Le mobilier choisi par l’architecte reflète l’artisanat régional: chaque chambre propose un lit et un fauteuil à bascule façonnés à la main en mélèze des forêts alentour par un menuisier de la vallée. L’offre actuelle se concentre sur trois chambres doubles, mais quatre autres devraient d’ici quelques années agrandir la constellation hôtelière.
Fondation engagée
Ce projet a été rendu possible grâce à la fondation «Stiftung Dorf am Bettlihorn», présidée par Beat Ritz. Pour l’institution, l’architecture n’est pas un but en soi, mais un ciment de cohésion sociale. En parvenant à réunir les fonds pour sauver ces bâtisses en ruine, la fondation a créé de l’emploi local, soutenu les artisans de la vallée et offert aux 440 habitants un nouveau lieu de rencontre partagé.
Le bistrot retrouve sa fonction
Au rez-de-chaussée, l’ancien bistrot du village a retrouvé sa vocation première: créer du lien social. Il favorise la mixité entre résidents et visiteurs autour des tables. «J’observe souvent des discussions naître entre les habitants qui viennent boire un apéritif et notre clientèle de passage, principalement composée de Suisses et d’Européens», relève Rahel Ackermann, gérante de l’hôtel depuis 2025.
Selon elle, les clients de POORT A POORT apprécient le calme ambiant, loin de l’agitation des stations touristiques: «Ils viennent pour la nature et se ressourcer loin des écrans: nos chambres n’ont d’ailleurs pas de télévision.» Côté cuisine, la gérante a opté pour des repas en bocaux, réchauffés à la demande, ce qui lui permet de se passer de chef et d’éviter le risque de gaspillage alimentaire.
Spécialités locales à l’honneur
L’occasion de faire découvrir les spécialités locales, en travaillant directement avec les producteurs. «On propose par exemple le choléra, un gâteau salé avec pommes de terre, pommes et oignons, poivrons, fromage à raclette, mais aussi un très réconfortant ragoût de bœuf», laisse-t-elle imaginer.
En rallumant les fenêtres de ces bâtiments longtemps inexploités, POORT A POORT prouve que la haute qualité architecturale est indissociable de la durabilité sociale. Une démonstration qu’en valorisant soigneusement un patrimoine bâti, on peut parfois dynamiser toute une communauté.
+D’infos Dans le cadre d’un partenariat, nous consacrons plusieurs sujets aux Parcs suisses tout au long de 2026. Découvrez leur programme «culture du bâti» sur parks.swiss/fr
En chiffres
1,8 million, la somme investie en francs suisses
10 mois, la durée du chantier
2024, la date d’inauguration de l’hôtel
3 chambres doubles
1 restaurant de 40 places
177 francs en moyenne par nuitée


