Minute par minute dans un bloc opératoire dernier cri dédié à la faune sauvage
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Sur la table d’opération du centre Erminea, le patient se montre peu coopératif. Il faut dire que l’embout qui permet d’administrer l’anesthésie n’est pas spécifiquement adapté au bec du jeune cygne blessé au cou.
Dans cet hôpital qui soigne la faune sauvage, «on doit souvent trouver des stratagèmes pour que le matériel puisse convenir à tous nos patients petits ou grands, à bec ou à gueule», précise la vétérinaire Mélanie Lacombe-Mermillod. Deux stagiaires doivent d’ailleurs l’aider à maintenir le grand oiseau blanc.
Cruels hameçons
Délicatement retenu, le long cou finit par perdre de sa vigueur; l’opération peut commencer. La vétérinaire retire le bandage hydrophile apposé la veille à l’arrivée du patient. Elle déplume la zone et la désinfecte. Cette fois, le cygne ne sursaute pas, elles ont trouvé la bonne parade. Et tant mieux, car un coup de patte ou d’aile peut s’avérer très dangereux.
Dans un coin de la salle, Eric Bataillard, ami du centre Erminea depuis longtemps, est venu prendre des nouvelles de son dernier protégé. C’est lui qui leur a amené le cygne. «Deux femmes l’ont trouvé avec un hameçon planté à la hauteur du bec, qu’elles ont pu enlever facilement, et deux ardillons plantés dans le cou. Le garde-faune s’est chargé de les retirer et, au vu de la blessure, m’a autorisé à l’amener ici. Si celle-ci avait été plus légère, il l’aurait relâché tout de suite», raconte celui qui joue les ambulanciers bénévoles à chaque fois qu’il le peut.
Limiter les manipulations
«Avec les animaux sauvages, il faut toujours mettre dans la balance le stress lié aux manipulations humaines, délétère pour la cicatrisation, et les bénéfices d’une opération», ajoute Mélanie Lacombe-Mermillod, qui s’apprête à recoudre la plaie avec des fils résorbables. La chirurgienne s’applique à réaliser des points simples, c’est-à-dire non reliés entre eux, car la cicatrice, autour de l’œsophage, sera forcément sous tension à chaque fois que l’oiseau avalera un gros bol alimentaire. Pendant toute la procédure, la stagiaire Léa, le stéthoscope glissé sous la poitrine, surveille le rythme cardiaque du volatile.
Il s’agit du septième oiseau en cinq jours dont le centre doit s’occuper, tous victimes d’hameçons perdus ou abandonnés dans les lacs. Certains s’enroulent dans des lignes de pêche en nageant, d’autres, comme les cormorans et goélands, ingèrent un poisson qui avait lui-même avalé un hameçon. Heureusement, le centre dispose d’un plateau technique complet, comprenant notamment chirurgie, radiographie, échographie et endoscopie, pour les prendre en charge.
Vingt mille dossiers ouverts
L’hôpital situé à Chavornay a officiellement inauguré en juin dernier de nouveaux locaux, passant de 150 m2 à 600 m2. Cet agrandissement a coûté deux millions, presque exclusivement financés par du mécénat et les dons des membres de l’association du même nom. Il était devenu nécessaire pour répondre à la hausse de la demande et améliorer la prise en charge des patients.
Ces derniers vont de l’écureuil juvénile aux cervidés en passant par les milans et les chats sylvestres. «Certains gardes-faunes sont prêts à rouler plusieurs heures pour amener un animal en détresse, sûrs de trouver quelqu’un pour le réceptionner et prodiguer les soins adaptés», précise Mélanie Lacombe-Mermillod. La vétérinaire souligne que le centre, qui fonctionne 24 heures sur 24, a déjà ouvert plus de 20 000 dossiers depuis son inauguration en 2018.
Tumeur ou infection?
Sur la table, le cygne rouvre lentement les yeux. Avant qu’il ne retrouve toute sa force, il est remis dans son box. Dès qu’il pourra se nourrir seul, il sera relâché là où il a ses habitudes et ses congénères: un animal qui va bien achève de cicatriser plus rapidement en liberté. À peine la table nettoyée que les vétérinaires s’attaquent à un gabarit bien différent: un hérisson, surnommé Nikki. Mélanie tâte ses pattes, l’allonge à plat ventre et réalise une radio. «Une zone de l’os est rongée au niveau de la cheville. C’est une ostéolyse distale du tibia», constate-t-elle.
Si le traitement anti-inflammatoire qui lui a été prescrit fonctionne, on saura qu’il s’agissait d’une infection provoquée par la morsure d’un autre animal. Sinon, cela signifie que le mammifère souffre d’une tumeur osseuse et il faudra amputer. Mais pas de panique: «Un hérisson à trois pattes s’en sort très bien dans la nature», glisse la vétérinaire. Le cas de Nikki réglé, elle file prendre des nouvelles d’un petit renard percuté par un véhicule, puis vérifier que les jeunes écureuils de la nurserie ont bien été nourris.

