«Partir en vacances dans une maison historique nous apprend à ralentir»

Depuis 20 ans, la fondation Vacances au cœur du Patrimoine rénove des bâtiments anciens pour les louer. Une offre touristique à contre-courant qui allie préservation du bâti, durabilité et soutien à l'économie locale. Le point avec sa directrice, Christine Matthey.
10 juillet 2025 Oriane Grandjean
© Studio Gataric

Les enjeux

Créée en 2005, la fondation Vacances au cœur du Patrimoine transforme des bâtiments historiques en logements de vacances.

L’offre rencontre un grand succès: le nombre de nuitées est passé de 1265 en 2008 à 41 374 en 2024.

Cette approche inspirée de la Grande-Bretagne vise à sensibiliser le public à la valeur du patrimoine bâti.

Passer ses vacances dans une maison historique, c’est un peu comme dormir au musée?

Pas exactement! À la différence d’un musée, nous ne réaménageons pas une maison pour la rendre strictement identique à ce qu’elle était à l’époque. Nous mettons certes en valeur sa substance architecturale en essayant de la garder visible, mais nos maisons sont toujours équipées d’une cuisine, de toilettes et de mobilier modernes. Ce n’est pas un musée, mais une expérience.

Comment est née la fondation Vacances au cœur du Patrimoine?

Le projet est inspiré d’une approche similaire qui a vu le jour dans les années 1960 en Grande-Bretagne. En 2005, à l’occasion des 100 ans de Patrimoine Suisse, le comité central a repris ce concept. Les maisons historiques ne sont parfois plus très adaptées à la vie actuelle. Mais pour une semaine, les détails un peu inconfortables donnent tout son sel à l’aventure: dans une maison chauffée au bois, on réapprend à fermer les portes ou à enfiler un pull.

L’activité est-elle suffisamment rentable pour financer la fondation?

La grande majorité de nos gains provient de la location: elle finance l’entretien au quotidien des maisons et tous les frais annexes. Nous comptons en revanche sur des dons pour assurer les investissements qui doivent souvent être consentis lorsque nous récupérons une maison. Nous avons quelques partenaires solides, comme l’Aide suisse à la montagne ou l’Office fédéral de la culture, sans oublier Patrimoine suisse.

L’offre compte 68 maisons. La fondation en est-elle propriétaire?

Non, nous n’en possédons que douze. Au début de l’aventure, nous pensions n’avoir que des maisons en propriété propre. Mais très vite, nous avons pu allier nos forces à des collectivités ou des privés pour élargir l’offre.

Bon nombre des maisons sont situées hors des zones les plus touristiques… Est-ce un frein pour les vacanciers?

Au contraire, c’est une perspective qui les attire, et qui est à rebours des offres touristiques traditionnelles: chez nous, les gens choisissent d’abord une maison, qui va les amener à découvrir une région. Et cela a un impact direct sur l’économie locale. Prenez le village de Valendas, dans les Grisons: une association a été créée pour redynamiser le village au moment où nous rénovions la Türalihus, une maison bourgeoise du XVe siècle. Une série de lieux ont été réhabilités, et cela a marqué un tournant dans l’histoire du village, qui connaît un nouvel élan. Partout où nous proposons des maisons, nous nous inscrivons dans une dynamique de création de valeur et de durabilité. Cela permet d’ouvrir de nouvelles voies touristiques, afin d’éviter les problématiques que rencontrent les sites les plus prisés. En plus de donner du travail aux artisans locaux, la présence de touristes s’accompagne d’un ruissellement global pour le village.

Les détails un peu inconfortables donnent tout son sel à l’aventure: dans une maison chauffée au bois, on réapprend à enfiler un pull

Il n’empêche que cette offre peut surprendre la clientèle. Comment s’est bâtie la vôtre?

Dans un premier temps via le réseau de Patrimoine Suisse. Ensuite, le bouche à oreille a été décisif, tandis que le covid a été un facteur démultiplicateur, puisque les gens devaient rester en Suisse. Notre clientèle est plutôt fidèle: certains se sont lancés dans un tour de Suisse de nos maisons. Ils viennent régulièrement découvrir une maison, une région et une époque architecturale.

Les Romands ne constituent que 7% de votre clientèle. Comment expliquer cette faible représentation?

C’est le public alémanique qui nous a découverts en premier. L’ancrage historique explique aussi cette différence, puisque nous sommes basés à Zurich. Cela dit, la part de Romands augmente peu à peu.

On imagine que rénover une maison historique en faisant cohabiter préservation du patrimoine, normes énergétiques et confort doit être un vrai casse-tête…

Il faut parfois être créatif, en effet. C’est un défi pour les architectes. Mais le jeu en vaut la chandelle, en particulier lorsque l’on pense à l’énergie grise: détruire une maison et la reconstruire à neuf représente un coût énergétique énorme. Cette approche des vacances s’inscrit par ailleurs dans l’idée d’un ralentissement du quotidien, ce qui va souvent de pair avec une consommation énergétique raisonnable.

À l’heure où la fondation fête ses 20 ans, comment voyez-vous la suite de l’aventure?

Nous espérons encore grandir un peu: il reste divers courants architecturaux qui ne sont pas représentés dans notre offre. Nous devons avant tout nous caler sur le rythme de la croissance de notre clientèle, mais il y a encore du potentiel. Des vacances porteuses de sens, locales et culturelles, c’est une approche qui est dans l’air du temps.

+ d’infos à l’occasion des 20 ans de la fondation Vacances au cœur du Patrimoine, Terre&Nature vous propose une série en 4 volets à la découverte de maisons emblématiques. vacancesaucoeurdupatrimoine.ch

Christine Matthey

Bio express

Licenciée en histoire, elle a travaillé dans la politique culturelle et linguistique au sein de Pro Helvetia et du Forum Helveticum. Après avoir fait partie du comité central de Patrimoine suisse, elle reprend la direction de la fondation Vacances au cœur du Patrimoine il y a un peu plus de trois ans. Elle en est la première directrice francophone, et vit à Küsnacht (ZH).

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