Les glaciers auront-ils bientôt leur petite laine?
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Sur les glaciers suisses, les bâches font partie du paysage estival. Utilisées depuis une vingtaine d’années par certaines stations touristiques, elles permettent de limiter localement la fonte de la neige et de la glace.
Mais ces géotextiles sont principalement composés de polyester ou de polypropylène et peuvent libérer des fibres synthétiques avec l’usure, le vent et les précipitations.
La laine face à des débouchés limités
C’est ce paradoxe qui a donné naissance à Keep It Wool. Le projet de Summit Foundation s’inspire de l’exposition «Glaciers alpins sous couverts», présentée à Vevey l’an dernier, qui questionnait l’impact environnemental de ces bâches. La réflexion s’est aussi portée sur la laine de mouton, ressource naturelle suisse dont les débouchés restent limités.
Jusqu’à 70% de la laine produite en Suisse serait aujourd’hui incinérée ou compostée. «On s’est dit que si on avait une matière naturelle dont on ne sait pas quoi faire, pourquoi ne pas l’utiliser?», résume Timothée Steiner, chef de projet et collaborateur scientifique à Summit Foundation.
Du projet à l’expérimentation grandeur nature
Développée avec le Centre interdisciplinaire de recherche sur la montagne de l’Université de Lausanne (Unil) et quatre étudiants, l’idée est devenue une expérimentation grandeur nature. Le 22 juin, deux prototypes fabriqués par Fisolan ont été installés au Glacier 3000. Chacun couvre 100 m², avec des densités de 400 et 750 g/m². Une bâche synthétique installée à proximité a servi de comparaison.
Pendant tout l’été, les installations ont été contrôlées toutes les deux semaines. Résistance, comportement sur la glace et capacité à limiter la fonte ont été observés. «On s’est rendu assez vite compte que cela fonctionnait bien», souligne Timothée Steiner. Les premières observations montrent des écarts limités avec le géotextile synthétique, suggérant une efficacité comparable, voire supérieure selon les conditions.
Une nouvelle expérimentation l’an prochain
Retirées le 14 septembre, les bâches vont désormais être analysées. Une nouvelle expérimentation est envisagée l’an prochain et Glacier 3000 souhaite poursuivre l’expérience. Plusieurs acteurs de la filière lainière et d’autres stations suisses ont également manifesté leur intérêt.
Keep It Wool ne prétend pas résoudre le problème de la fonte des glaciers. Le projet cherche plutôt à questionner les pratiques et à montrer qu’une matière locale et sous-valorisée peut être testée là où des matériaux synthétiques sont utilisés. «Le but d’un projet comme Keep it Wool, c’est de sensibiliser et de faire réfléchir sur ce qu’on fait autour de la fonte des glaciers et donner l’impulsion pour que soient mises en place des pratiques plus cohérentes en matière de développement durable», conclut Timothée Steiner.



