Quinze ans de succès pour les cleantech romandes, et tout reste à faire
Les enjeux
La plateforme CleantechAlps a été créée il y a quinze ans par les cantons de Suisse occidentale et le SECO.
Elle soutient le développement de start-up actives dans les technologies vertes.
Malgré son succès, le contexte se durcit pour ce secteur.
Dans le domaine des technologies propres, il y a les entreprises qui jouent les porte-drapeaux de l’innovation helvétique. Et il y a tout l’écosystème qui, dans l’ombre, soutient cet univers en fédérant ses acteurs, en menant un travail d’information auprès des pouvoirs publics, en mettant en contact inventeurs et investisseurs. Depuis quinze ans, la plateforme CleantechAlps est un pilier romand de ce monde méconnu du grand public.
Un bon timing
Retour en arrière. Nous sommes en 2010, la nouvelle Loi sur l’énergie est en discussion, les technologies propres sont en plein développement mais les acteurs du milieu marchent en ordre dispersé. Le terme même de «cleantech», qui désigne les technologies et services utilisant les ressources naturelles et les matières premières dans une optique d’efficience et de durabilité, est encore peu usité – dans les sphères spécialisées, on parle alors de «green tech».
Lorsque le Conseil fédéral publie son «Masterplan cleantech», dont l’objectif est «d’unir les forces et de tirer parti des synergies entre les acteurs», les cantons de Suisse occidentale s’allient pour donner naissance à CleantechAlps. Financée à parts égales par les cantons et par le Secrétariat d’État à l’économie (SECO), cette plateforme poursuit un objectif clair: positionner la région comme un acteur clé dans le domaine des technologies propres, en lui donnant de la visibilité et en accélérant le déploiement de l’innovation sur le terrain.
«C’était le bon moment, estime Éric Plan, secrétaire général de CleantechAlps, qui s’est notamment inspiré des incubateurs qu’il a pu observer aux États-Unis. La Suisse, qui en était encore aux balbutiements, a pu se positionner rapidement. Cela a été un gros travail de terrain pour rencontrer les acteurs, comprendre leurs besoins, les mettre en relation. Une telle approche ne peut se faire qu’avec le soutien des pouvoirs publics, parce qu’elle n’est rentable que sur le très long terme.»
Bilan positif
Quinze ans plus tard, le bilan parle de lui-même: le nombre de start-up helvétiques actives dans le domaine des cleantech a été multiplié par dix, il en naît une nouvelle chaque semaine tandis que le domaine progresse sans cesse dans le classement des jeunes pousses les plus prometteuses du pays et se place depuis deux ans sur la première marche du podium en matière de levées de fonds. Certaines entreprises romandes, à l’instar de Depoly, active dans l’upcycling du PET, ou d’Ecorobotix, qui a développé un robot éliminant les mauvaises herbes de manière ciblée, ont attiré des dizaines de millions de francs d’investissements. «Cela a été une vraie lame de fond, raconte Éric Plan. On est loin des critiques des débuts, qui parlaient d’effet de mode. Il aura fallu du temps pour y arriver, mais le résultat est là.»
Une satisfaction partagée à l’échelle de la Confédération: «On peut tirer un bilan globalement positif de cette initiative qui a permis d’affiner la compréhension de ce que sont les cleantech, soit un domaine transversal qui concerne toutes les branches de l’économie, analyse Daniel Zürcher, chef de la section Innovation, division Économie et Innovation de l’Office fédéral de l’environnement. Cette approche intégrale des cleantech est désormais bien ancrée dans les esprits.»
L’avenir est en jeu
Il faut dire que l’enjeu va au-delà du soutien à une branche économique: «Ce n’est rien de moins que le tournant énergétique qui est en jeu, estime la professeure de l’UNINE et de l’Institut fédéral WSL Martine Rebetez. Et cela ne se fait pas en un claquement de doigts. La Suisse est reconnue pour sa vitalité lorsqu’il s’agit de développer de nouvelles technologies, mais lorsqu’il s’agit de passer à phase industrielle et de faire face à la concurrence internationale, c’est souvent plus difficile. C’est là qu’une plateforme comme CleantechAlps est importante.»
Alors, pari gagné? Tout n’est pas si simple: après une forte croissance des investissements dans les cleantech, le marché international se caractérise aujourd’hui par sa frilosité. «Paradoxalement, le climat est défavorable, confirme Éric Plan. Le retrait des États-Unis de nombreux programmes environnementaux remet tout en doute chez nombre de partenaires. Dans ce contexte, on doit travailler encore plus fort, et mettre en lumière les succès.»
C’est le tournant énergétique qui est en jeu. Et ça ne se fait pas en un claquement de doigts.
Après quinze ans, il reste du travail pour asseoir la réputation de la Suisse dans un domaine aussi prometteur que chahuté. «Il a l’avantage d’être enthousiasmant et de générer des emplois très qualifiés en Suisse, rappelle Martine Rebetez. Mais il doit aussi s’imposer face à l’offensive pétrolière pour préserver ses intérêts, face à la désinformation et à la méconnaissance.»
Pour CleantechAlps, l’avenir est tout tracé: il s’agit de tenir le cap, en continuant de fédérer et de constituer une référence de qualité, pour résister aux sirènes du greenwashing. Plus que jamais, le temps est aussi à la démonstration que la durabilité constitue un argument économique. «À l’heure où les crises énergétiques et économiques se succèdent, la résilience prend de la valeur, note Éric Plan. Ce qu’on doit montrer aux industries comme aux PME, c’est le coût de l’inaction: si on n’agit pas aujourd’hui, on sera en mauvaise posture demain.»
+ D’infos CleantechAlps ira à la rencontre du public lors du Salon des inventions de Genève (11-15 mars) et de l’événement BIOKET, à Fribourg (17-19 mars), cleantech-alps.com
