Les glaciers sont des attractions touristiques et en souffrent
La récente fascination pour les glaciers a le malheur d’accroître la pression sur des écosystèmes déjà fragilisés. Chaque année, les dix glaciers les plus visités au monde attirent 14 millions de personnes. Pour accueillir tous ces gens et rester rentable, les sites s’adaptent, pas toujours pour le meilleur.
A certains endroits, de nouvelles passerelles sont construites. Dans d’autres lieux, des bâches géotextiles sont posées sur les glaciers pour ralentir leur fonte et ainsi permettre le ski en été ou préserver les grottes de glace. Il existe même, parfois, des offres de randonnées héliportées autour des glaciers.
Toute cette activité liée au tourisme à des effets négatifs, comme l’augmentation de l’empreinte carbone ou la pollution aux microplastiques, qui ne font qu’aggraver la situation. Cet intérêt accru a lieu alors que les glaciers fondent à une vitesse inédite. Entre 2000 et 4000 glaciers pourraient disparaître d’ici à 2050.
Solutions superficielles
Emmanuel Salim, de l’Institut de géographie et de durabilité de l’Unil, est l’un des auteurs d’une étude publiée sur le sujet de ce «tourisme de la dernière chance». Pour lui, souvent, les solutions trouvées pour accueillir les touristes ne permettent ni de sensibiliser aux causes profondes de la disparition des glaciers ni de répondre aux enjeux de sécurité ou d’accès à l’eau pour les communautés locales.
Cette approche de court terme est particulièrement marquée «dans des régions telles que l’Alaska, le Groenland et l’Antarctique», relève le scientifique, cité dans le communiqué de l’Unil. Selon lui, «certains touristes passeront simplement à la prochaine destination populaire une fois les glaciers disparus».
Les glaciers ne génèrent pas seulement du «tourisme sombre». Ils deviennent, pour certains, des symboles culturels et politiques, des icônes des enjeux climatiques. Ils sont ainsi le théâtre d’actions citoyennes ou d’événements de sensibilisation, en Suisse, en France, au Népal ou en Islande.
Voir plus loin
Dans leur étude, les scientifiques soulignent la nécessité de lancer des recherches pour analyser les stratégies d’adaptation touristiques et culturelles mises en place autour des glaciers. Il faudrait, selon eux, prendre en compte les effets de ces politiques sur les écosystèmes et les communautés locales.
La réflexion doit également porter à beaucoup plus long terme. «Dans un monde où 60% des volumes de glace pourraient avoir disparu en 2100, nous devons aussi évaluer et anticiper la façon dont les zones post-glaciaires récentes pourront être gérées et protégées», conclut Emmanuel Salim. L’étude sur le tourisme glaciaire fait l’objet d’un article dans la revue spécialisée «Nature Climate Change».
Lire aussi L’art de préserver les glaciers sur papier glacé et Les dix glaciers suisses qui ont le plus fondu cette année


