Controverse autour d'une possible régulation du harle bièvre

Le harle bièvre est l'objet d'une initiative qui vise à assouplir sa protection. Comme le cormoran, l'oiseau se nourrit de poissons du lac et serait une menace pour certaines espèces vulnérables, ce que contestent vivement les milieux ornithologiques.
15 février 2026 Horace Perret
Le cas du harle bièvre ravive les tensions apparues avec le cormoran.
© Adobe Stock

Bien qu’il soit une espèce protégée sur le plan fédéral et figure sur la liste rouge des oiseaux nicheurs, le harle bièvre est la cible d’une initiative parlementaire qui vise à assouplir sa protection. Lancée par le conseiller aux États Fabio Regazzi (Centre), l’initiative entend autoriser sa régulation pour protéger certains poissons menacés.

L’initiant justifie sa demande par le nombre croissant de harles bièvres et leur appétit pour des espèces vulnérables comme les truites lacustres, les ombres communs ou les hotus. Si elle était avalisée, l’initiative pourrait autoriser les tirs sur cet oiseau.

Des réactions contrastées

Le texte suscite des réactions contrastées. Il est notamment soutenu par la Fédération suisse de pêche qui estime que les possibilités actuelles de tir à titre dérogatoire sont insuffisantes et trop lourdes à mettre en œuvre pour limiter les dégâts attribués au harle bièvre.

Interrogé à ce sujet, le président de l’Association suisse romande des pêcheurs professionnels, Jean-Philippe Arm, dit être conscient du problème, mais n’avoir pour l’instant enregistré aucune plainte de ses membres. «La population des harles a bien augmenté ces dernières années, c’est clair. Si on devait avoir des plaintes, on s’engagerait à trouver des solutions allant dans le sens de la régulation, comme on l’a fait pour les cormorans», explique-t-il. Il déplore d’ailleurs que les défenseurs de la nature soient plus prompts à protéger les oiseaux que les poissons, qui sont plus invisibles, au sens propre comme figuré.

L’initiative fait en revanche bondir les milieux ornithologiques. «Cela n’a aucun sens de tirer sur des harles bièvres, estime Lionel Maumary, biologiste, président du Cercle ornithologique de Lausanne et initiateur de l’Île aux oiseaux de Préverenges (VD). C’est une espèce rare, emblématique des lacs suisses, qui est sur liste rouge. Sa population ne compte que 600 à 800 couples dans le pays. Si le problème est la pression sur la faune piscicole, on devrait plutôt envisager d’arrêter la pêche.»

Le parallèle ne se justifie pas

Cette initiative fait courir le risque de raviver les tensions que le cormoran avait déjà fait apparaître. Pour rappel, l’oiseau avait presque totalement disparu des lacs helvétiques à la suite de son extermination comme oiseau nicheur. Il est revenu dans les années 1980 depuis le Danemark, où il était protégé, d’abord en hiver – sa population était alors supérieure à celle d’aujourd’hui – avant de s’établir toute l’année dès qu’il s’est senti en sécurité (soit à partir du moment où il a été protégé dans les années 2000).

Le cormoran mange de gros poissons en grands volumes, ce qui explique pourquoi on a permis qu’il puisse être tiré hors période de reproduction. Mais quand on compare les quantités de poissons pêchées par l’homme avec celles prélevées par le cormoran, ce qu’on est à même de faire très précisément, on constate que l’homme en extrait trois fois plus, souligne Lionel Maumary. Faire un parallèle entre les deux oiseaux ne se justifie pas, poursuit l’ornithologue. «Contrairement aux cormorans, les harles ne vivent pas en colonies, ils sont plus dispersés le long des lacs et des rivières.»

Responsabilité humaine

Il n’existe aucune preuve que les harles bièvre causent des dommages aux poissons, explique pour sa part Livio Rey, porte-parole de la Station ornithologique de Sempach. Selon lui, ce ne sont pas ces oiseaux qui constituent la principale menace pour les poissons, mais les problèmes environnementaux causés par l’homme: pollutions des cours d’eau, réchauffement climatique, prolifération d’espèces invasives comme les moules quagga.

«Ces dernières filtrent l’eau, ce qui la rend pauvre en nutriments et fait qu’il n’y a quasiment plus rien à manger dans le lac pour les poissons. Cette cause a beaucoup plus d’influence sur les populations de poissons que les prélèvements des oiseaux», pointe Lionel Maumary. S’il y en a un qui doit faire des efforts pour sauver les poissons, c’est bien l’homme, conclut l’ornithologue.

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