Les alpages à l'encre du souvenir
En bas à gauche de chaque dessin, la signature indique «2023», mais les paysages qui se dévoilent au fil des pages de l’ouvrage sobrement intitulé Chalets d’alpage en Gruyère ont plus de cinquante ans. Exhumant photographies et croquis de ses archives, Claude Genoud s’est replongé dans ses pérégrinations d’antan, de vallon en vallon, sur les alpages fribourgeois.
À la plume sépia, il a redessiné ces chalets qui lui ont si souvent servi de gîte, quand il ne dormait pas à la belle étoile. «À l’époque, les trintsâbyos étaient toujours ouverts, c’était une tradition», raconte l’octogénaire. Dans ces locaux de fabrication du fromage, l’hôte de passage trouvait de quoi faire un feu et passer la nuit. Hélas, des incivilités et incendies accidentels ont eu raison de la tradition, et désormais, serrures et cadenas gardent les portes closes.
Si l’esprit a changé, l’attachement populaire à ce patrimoine alpestre est intact et la volonté de le préserver réelle, en témoigne le soin apporté à sa restauration. Quelques-unes des bâtisses qui apparaissent dans les 120 dessins du livre ont disparu et d’autres ont connu d’importantes transformations, mais l’ensemble a plutôt bien résisté au temps, relève Claude Genoud. Reste alors, pour qui feuillette son livre et a parcouru les mêmes pâturages, à écouter «cette petite musique intime, que doit défricher la mémoire», selon les mots de son ami, le poète vaudois Gil Pidoux.
+ D’infos Chalets d’alpage en Gruyère, Claude Genoud, Éditions Urogalle, 162 pp. En vente dans les librairies régionales.
Le Liti – 1575 m d’altitude. Vue sur le Vanil d’Arpille. Motélon, 3 juin 1969. Des tavillons aux frondaisons en passant par la pierre, le bois, la chaux, le crépi, tous les matériaux de construction des chalets d’alpage proviennent de la montagne.
Tissiniva – 1632 m d’altitude, au pied de Brenleire. Le 23 juin 1969.
Chalet des Poutes Paluds Dessus – 1450 m d’altitude. Motélon, 1969. Alors, les chalets restaient ouverts pour les hôtes de passage et tous les ustensiles étaient laissés sur place.
Le Liti – 1575 m d’altitude. Vue sur Brenleire et Folliéran. Motélon, le 8 juin 1969. Autodidacte, Claude Genoud maîtrise une dizaine de techniques différentes, dont la gravure et la lithographie.
Au chalet de Tsava – 1557 m d’altitude. Octobre 1969.
Vue sur le Vounetse – 1626 m d’altitude et les Dents-Vertes. Hiver 1969. L’artiste a choisi le sépia afin d’unifier les tonalités et d’assurer une continuité visuelle d’une saison à l’autre.
