Les agriculteurs de Moutier s'apprêtent à changer de canton sans révolution
En 2026, Moutier entrera dans le canton du Jura. Un changement qui ne va pas sans quelques questionnements pour les agriculteurs prévôtois. Après une séance d’information en juillet destinée à présenter les institutions jurassiennes et à recueillir les remarques, AgriJura a organisé une seconde rencontre le 8 décembre, qui a permis de développer plus en détail les thématiques liées à la branche.
La principale crainte a trait au système de traitement des données, passant de GELAN à ACORDA. «Les exploitations de la région comptent une variété de structures qui ont été longues à répertorier sur la plateforme, relève Andy Bachmann, producteur laitier à Moutier. Recommencer ce travail aurait été une charge administrative importante.» La migration entre les interfaces est toutefois automatique et ceux qui peinent à saisir les données dans le nouveau système pourront compter sur l’aide des vulgarisateurs lors du premier recensement.
Utilisation gratuite du centre de déchets carnés
Autre appréhension: les contrôles agricoles, qui répondent à des exigences fédérales. La manière dont ils sont menés peut quelque peu varier selon les organes qui en ont la charge. Enfin, les agriculteurs de la commune, cotisant désormais à la caisse des épizooties, pourront utiliser gratuitement le centre de déchets carnés, tandis que ceux des villages bernois voisins devront s’acquitter d’une taxe, comme ils le font à l’heure actuelle.
Les contrats des réseaux écologiques ou des projets de qualité du paysage seront repris tels quels par le Jura. «Dès 2028, ces programmes seront regroupés sous l’appellation «Biodiversité régionale et qualité du paysage», note le chef du Service jurassien de l’économie rurale, Jean-Paul Lachat. À leur échéance, les contrats prévôtois liés à la loi sur la protection de la nature seront adaptés aux pratiques jurassiennes qui présentent des différences minimes, par exemple sur les dates de fauche ou les milieux à conserver.»
Dans la continuité
Les crédits d’investissement continueront à être remboursés auprès de Berne, sauf en cas de modification des conditions d’octroi ou d’obtention d’un nouveau crédit. Concernant les aides à fonds perdu, aucune demande n’a été déposée en vue de 2026.
Ces deux contributions sont encadrées par l’ordonnance fédérale sur les améliorations structurelles, avec quelques variations selon les mesures adoptées par les cantons. «Berne est plus riche et souvent pionnière en matière d’écologie», estime Andy Bachmann. Un domaine où le jeune canton accorde néanmoins un soutien supplémentaire à l’élevage chevalin, mais l’activité reste souvent secondaire sur les exploitations prévôtoises.
Pour l’élevage bovin, les paysans prévôtois devront se déplacer au marché de bétail de Glovelier ou de Saignelégier pour bénéficier des subventions cantonales. «Nous avions nos habitudes à Tavannes, note Andy Bachmann. C’est un petit pincement au cœur.» Regret aussi pour le concours cantonal bovin, sans équivalent jurassien, d’autant que le syndicat d’élevage de Moutier aurait célébré ses 100 ans en 2026.
Attachement sentimental
Ce transfert touche donc aussi à l’émotionnel. «Le milieu agricole prévôtois n’était pas le plus favorable à ce rattachement, souligne François Monin, directeur d’AgriJura. La Chambre jurassienne d’agriculture tient à se montrer présente pour ces agriculteurs, réticents ou non, notamment en créant de façon transitoire une place dans le comité pour un représentant de Moutier.»
Le jeune éleveur de Moutier nuance: «Entre agriculteurs, il n’y a pas de crispation sur la question jurassienne, on a toujours su travailler ensemble. D’ailleurs, la Fondation rurale interjurassienne dispense déjà la formation, la vulgarisation et le conseil agricole pour le Jura et Jura bernois. Ce transfert demandera des ajustements, mais en réalité, la crainte qui domine en ce moment, c’est le prix du lait.»