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Rencontre
Véritable roi de la Saint-Nicolas, «Babalou» se prépare à défiler

Samedi 7 décembre, Fribourg vibrera au rythme du cortège de la Saint-Nicolas. Nous sommes allés, au Haras national d’Avenches (VD), à la rencontre de l’âne Babalou, qui porte le saint personnage depuis dix-huit ans.

Véritable roi de la Saint-Nicolas, «Babalou» se prépare à défiler

Il a de longues oreilles, le poil gris, des lignes noires sur l’échine et les jambes. Il s’appelle Babalou. Et, à 24 ans, c’est une vraie star! Son heure de gloire a lieu le premier week-end de décembre: depuis dix-huit ans, cet âne emmène en cortège saint Nicolas à travers les rues et les places de Fribourg. Tout comme Don Quichotte a sa Rossinante, Lucky Luke son Jolly Jumper et Zorro son Tornado, le saint évêque ne serait un peu orphelin sans son âne. Chacun des membres de ce duo a son rôle: l’un distribue biscômes et bons mots tandis que l’autre tend son museau pour recevoir les caresses des enfants. À quelques jours de l’événement, c’est au second que nous avons rendu visite au Haras national d’Avenches (VD) où il coule des jours heureux. «Babalou est né ici, souligne Samuel Schär, suppléant du responsable du groupe chevaux. Autant dire qu’il connaît les lieux!»

Une vraie bête de scène
Une paire d’oreilles grises attire d’emblée notre regard: Babalou lève la tête à notre approche. L’âne n’a pas pris la grosse tête pour autant. Tout au plus est-il un peu blasé, habitué qu’il est à être sous les feux de la rampe. Mais il ne rechigne jamais à s’approcher des visiteurs pour glaner une cajolerie. Il faut dire que le quadrupède s’est forgé une réputation dans la région. Le personnel du Haras ne s’étonne donc plus de voir des familles débarquer le week-end pour lui rendre visite. Issu de l’accouplement entre une ânesse détenue par l’institution fédérale d’Agroscope et un mâle italien, Babalou était destiné avant tout à une carrière d’étalon reproducteur. «Mais la demande est très faible. L’élevage d’ânes est quasi inexistant en Suisse, indique Samuel Schär. Il a principalement été utilisé pour produire des mulets.» Mais surtout, il a très vite montré son goût pour les apparitions publiques. Il faut le voir, impassible, fendre la foule massée dans les ruelles fribourgeoises pour comprendre qu’il mérite sa renommée. «Babalou adore cette sortie, confie Ruedi von Niederhäusern, responsable du groupe de recherche Élevage et détention de chevaux du Haras. On a commencé par le prendre pour participer à de petites Saint-Nicolas dans la région, afin de l’habituer peu à peu à la foule. Aujourd’hui, il donne vraiment l’impression d’avoir du plaisir à être au cœur de la fête.»
Mais le tempérament ne fait pas tout. Notre âne suit un entraînement intensif en prévision de la Saint-Nicolas: durant les trois mois qui précèdent le cortège, les apprentis du Haras le sellent et le montent, exactement comme un cheval, afin de le préparer à promener le vénérable personnage. L’opération est rendue d’autant plus délicate que le saint Nicolas d’un soir est désigné parmi les étudiants du collège Saint-Michel, et n’a généralement jamais monté à cheval… Pas de quoi inquiéter le placide équidé, tenu à la bride par l’un de ses soigneurs.

La relève se prépare
Voici justement Babalou qui sort de l’écurie. Surprise, il n’est pas seul. Derrière lui apparaît un deuxième animal à la robe plus sombre. C’est Balou, 8 ans, âne des Pyrénées et dauphin désigné du seigneur de la Saint-Nicolas. Car si la retraite n’est pas encore à l’ordre du jour – un âne peut facilement vivre jusqu’à 40 ans, soit une dizaine d’années de plus qu’un cheval –, il n’est jamais trop tôt pour commencer la formation d’un successeur. Déniché dans le sud de la France par les spécialistes du Haras, Balou ne remplace pas seulement son aîné pour le cortège de la Saint-­Nicolas, mais aussi en tant que reproducteur. Ce samedi, il vivra son premier cortège à Fribourg. Et si Babalou ne s’émeut pas face aux dizaines de milliers de spectateurs, aux costumes, aux torches enflammées et à la musique, reste à voir s’il en ira de même pour le jeune Balou. «Nous serons trois pour l’encadrer, signale Ruedi von Niederhäusern. Au moindre signe négatif, nous quitterons le défilé. Nous ne souhaitons pas le voir stressé. Mais comme il suivra son aîné, cela devrait bien se passer.»
Dans la cour d’honneur du Haras, les deux ânes enchaînent maintenant les voltes, les serpentines et les diagonales. En bord de piste, Ruedi von Niederhäusern et Samuel Schär suivent du regard leurs protégés qui progressent d’un pas calme. Comme s’ils étaient conscients de leur responsabilité, eux qui, le temps d’une soirée, sont à la fois des porteurs de tradition et de formidables ambassadeurs du monde équestre.

+ D’infos www.st-nicolas.ch, www.agroscope.admin.ch

Texte(s): Clément Grandjean
Photo(s): Clément Grandjean

L’âne, emblème de la modestie

Acolyte de saint Nicolas, l’âne peut se vanter de jouer un rôle central dans la tradition chrétienne. Mais cet animal a aussi une place de choix dans les contes et la littérature, des frères Grimm à Stevenson en passant par Apulée ou La Fontaine. Loin du cheval, monture des chevaliers et des nobles, il incarne les valeurs du petit peuple et du travail des champs, un statut modeste qui n’est pas étranger à la sympathie qu’il éveille. Ajoutez-y un caractère bien trempé et vous obtenez un personnage à part entière, qui traverse les époques. Vous en doutez? Pensez au bavard complice de Shrek dans la super­production du même nom.

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