Reportage
Une ancienne ferme revit grâce à son nouveau cœur vitré

Une fois par mois, nous vous emmenons à la découverte d’habitats exemplaires sur le plan énergétique. À Cottens (FR), un cube en verre, dissimulé dans une grange, accueille une famille depuis un an.

Une ancienne ferme revit grâce à son nouveau cœur vitré

De l’extérieur, on se dit que l’ouvrage a un charme particulier. Avec ses grands avant-toits, ses façades bardées de bois gris et son imposante toiture ondulée, cette ferme historique a un cachet indéniable. Elle s’avère encore bien plus surprenante lorsque l’on en a franchi le seuil. À l’intérieur de cette bâtisse, érigée au XVIIe siècle dans le village Cottens, se trouve un appartement moderne et épuré. Conçu en bois et en verre, il offre à ses habitants une vue imprenable sur la magnifique charpente d’origine.

Les 110 m2 habitables sont contenus dans un cube vitré de 15 m sur 15, dissimulé au sein de cette enveloppe de choix. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on ne s’y sent pas à l’étroit, les locataires bénéficiant en tout temps d’une vue dégagée sur l’impressionnante hauteur sous plafond de la bâtisse. Dans cet appartement peu conventionnel, les ouvertures ne donnent pas sur l’extérieur, mais sur l’entrelacement régulier des chevrons, sans panne faîtière, ce qui rend l’ensemble atypique.

Baies vitrées intérieures
«Le volume de cette ancienne grange était trop important pour se muer en habitation dans sa totalité, explique Simon Durand, l’architecte à la base de cette rénovation, avant de détailler le concept. Choisir d’ériger une boîte à l’intérieur, déconnectée de l’extérieur, présentait plusieurs avantages, à commencer par le fait que cela était plus simple techniquement. Au premier regard, on peut penser que ce bâtiment est seulement long, or il est aussi très large. Ce pavé n’était à l’origine pas conçu dans le but de se transformer en logement.»

L’hiver, les locataires peuvent se calfeutrer dans le cube en triple vitrage, très efficient du point de vue énergétique. Ce cocon est chauffé par une chaudière à pellets. «Elle alimente des serpentins installés dans les murs recouverts de chaux. Ils diffusent une chaleur douce même dans la pièce principale, reposant sur une dalle massive en bois incompatible avec un chauffage au sol. On l’a finalement placée au plafond, ce qui permet de tempérer la pièce par le haut.» Les grandes baies vitrées ne sont pas exposées directement au soleil, de manière à éviter le risque de surchauffe en plein été. L’apport de lumière est quant à lui assuré par des tuiles transparentes, se mêlant à celles en terre cuite. Seul le pignon, à l’extrémité du tube vitré, donne sur le pont de grange et la campagne environnante.

Espace modulable
Lorsqu’arrive la belle saison, la superficie du logement peut alors doubler. Grâce à un système de grandes baies vitrées coulissantes à levage, l’appartement s’ouvre sur deux terrasses non chauffées entourant le cube d’habitation. «Elles en sont le prolongement, le sol délimitant ces deux espaces étant parfaitement lisse, poursuit Simon Durand. Cela est rendu possible par le fait que les fondations existaient déjà avant la rénovation des lieux. Les locataires peuvent alors profiter de l’espace ombragé sous les avant-toits de la ferme.»

Un soin particulier a été mis sur l’esthétisme épuré de l’appartement composé de trois chambres, d’une salle de bains et d’un tube central comprenant la cuisine et le salon, alors que l’aspect des façades de ce bâtiment agricole classé est resté intact. Aucun panneau solaire n’a pour l’heure été installé, afin de ne pas dénaturer la ferme. «Son enveloppe est performante et sa toiture d’origine bien ventilée, ce qui permet d’empêcher des pics de chaleur, ajoute Simon Durand. Cette réalisation est un exemple de transformation prouvant qu’il existe d’autres manières de vivre, en disposant d’espaces intermédiaires non habitables à l’année.»

Texte(s): Céline Duruz
Photo(s): Laurence Kubski/Alan Hasoo

En chiffres

  • 15 m sur 15, la taille du cube qui a été bâti à l’intérieur de la ferme fribourgeoise à Cottens.
  • 3 chambres, une salle de bains et une pièce centrale, comprenant un salon et la cuisine, composent l’habitation.
  • 1000 m3, le volume total de l’édifice historique. Seul l’espace vitré de 397 m3 est chauffé.
  • 705’000 francs, le budget des travaux qui se sont terminés en août 2022.

L’architecte

Simon Durand est à la tête de son propre bureau à Lausanne. Il s’intéresse particulièrement au patrimoine ordinaire des cités devant être réhabilité. Après avoir travaillé en France, il a notamment œuvré en tant qu’assistant à l’EPFL et à l’ETHZ. Le projet de Cottens(FR), qui vient de recevoir une distinction romande d’architecture, est sa première réalisation en Suisse.

+ d’infos www.simondurand.ch