Un robot de traite mobile part à la conquête de l’alpage du Pragelpass

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Un robot de traite mobile part à la conquête de l’alpage du Pragelpass

Première mondiale au Muotathal! Au col du Pragel, entre Schwytz et Glaris, la famille Betschart alpe à la belle saison son troupeau... ainsi qu’un robot de traite mobile! Reportage.

Un robot de traite mobile part à la conquête de l’alpage du Pragelpass

C’est probablement le dernier endroit de Suisse où l’on s’attend à trouver un robot de traite. Aux confins du canton de Schwytz, après avoir remonté l’étroite vallée de la Muota, il faut grimper plus de vingt minutes sur une route tantôt aérienne, tantôt enfoncée dans la paroi rocheuse avant de parvenir au col du Pragel, frontière avec le canton de Glaris. Ici, à 1500 mètres d’altitude, le car postal ne passe pas. Les bétaillères non plus. La quinzaine d’exploitations de la vallée qui se partagent les immenses pâturages du col depuis des centaines d’années, montent donc leur bétail à pied. Pour la famille ­Betschart, l’inalpe prend depuis trois ans une dimension particulière, puisque en plus de leurs 35 laitières, ils alpent aussi leur robot mobile, spécialement conçu pour suivre la famille dans ses migrations saisonnières.

Un conteneur«tout-en-un»

«La première fois que je suis monté avec, on m’a pris pour un fou», raconte Beat, 43 ans. «Un fou et un fainéant, renchérit Karin, son épouse. Les habitants du Muotathal ne sont pas réputés pour leur ouverture d’esprit!» En 2000, Beat et son père décident d’agrandir petit à petit le troupeau de vingt vaches laitières, pour améliorer leur situation financière dans un contexte de prix du lait baissier. «Le problème, c’est que la salle de traite avait été mal conçue, et traire mes 35 vaches me prenait 2 h 30.» L’idée du robot séduit alors le Schwytzois. «Un robot, oui, mais que je puisse facilement monter dans nos différents alpages!» Pas question pour Beat Betschart de maintenir à chaque étage des systèmes de traite différents, coûteux à entretenir. «J’avais lu un article sur un robot monté sur roues qu’un producteur de Nouvelle-Zélande déplaçait dans les pâturages et j’ai approché deux constructeurs de robots pour leur soumettre mon idée.» C’est Lely qui prendra le risque de construire un tel engin pour l’alpage en 2014, une première mondiale.
Le robot, un A3 Next, est donc intégré dans un conteneur en inox monté sur un essieu porteur actionné par le système hydraulique du tracteur. L’intérieur du caisson comprend le robot, le compresseur pour l’entraînement pneumatique du bras, le système de vide, les pompes et produits de nettoyage, le boiler d’eau chaude, ainsi qu’un minibureau avec ordinateur. Le tout est posé à même le sol, à côté du bâtiment, et alimenté en courant de 380 volts par une génératrice qui se met en route dès qu’un animal approche du robot.

Huit heures d’intervalle de traite

Dès le mois de mai, les six tonnes de l’engin sont acheminées de la ferme à l’alpage avec un tracteur. «Septante chevaux suffisent», assure le producteur. Les vaches retrouvent aisément leurs repères même si le nombre de traites est réduit à deux par jour. Car contrairement à la période hivernale, les vaches ne transitent plus à l’envi une fois à l’alpage. «Durant la journée, nous les conduisons sur un pâturage situé à vingt minutes à pied d’ici. Nous les ramenons vers le robot en milieu d’après-midi.» La nuit, les vaches sont relâchées dans un pâturage situé au-dessus de la ferme. «Maintenir un intervalle de traite de huit heures était aussi une demande de notre fromager, pour des questions de qualité du lait», précise encore le Schwytzois. Diminuer le nombre de traites ne pose pas de problème aux vaches, qui, à la belle saison, sont en fin de lactation.
Pour Beat, le principal défi fut plutôt d’ordre électrique. «On a dû rajouter des batteries, afin de fournir une fréquence parfaitement stable au robot, pour son bon fonctionnement.» Il a également investi dans quatre antennes 4G, afin de permettre les mises à jour des logiciels et le transfert des données.
«Notre qualité de vie a radicalement changé», apprécie Karin, qui ne reviendrait en arrière pour rien au monde. «Au vu des heures de travail qu’exige l’alpage et des difficultés à trouver du personnel, on aurait probablement fini par abandonner la production laitière, et donc l’exploitation du chalet», complète le Schwytzois. L’exploitant, qui envisage par ailleurs d’équiper les toits de ses bâtiments agricoles de panneaux solaires pour disposer de sa propre énergie, a dû investir quelque 250 000 francs pour cet engin révolutionnaire. «On aurait presque dû payer autant pour refaire la salle de traite de la ferme, relativise Beat. En outre, les frais d’entretien et de révision des trois systèmes de traite ont disparu. Et la productivité de nos vaches a augmenté de 2 à 3 litres par jour pendant l’hiver.»

Texte(s): Claire Muller
Photo(s): Claire Muller / DR

En chiffres

Le domaine Betschart, c’est:

  • 18 hectares en zone montagne, situés dans le village de Muotathal.
  • 41 vaches jerseys, brunes et holsteins produisant une moyenne de 7500 kg de lait par an.
  • 300 000 kg de lait produits chaque année, livrés à Mooh de novembre à mai, en fromagerie d’alpage de juin à octobre, pour la fabrication de Mütschli, d’Alpkäse, de Bergkäse, de mozzarella et de yaourts.
  • 2 alpages, situés à 1200 et 1500 mètres d’altitude.

Le robot mobile, une piste pour l’herbage

Il existe actuellement trois robots de traite mobile Lely en Suisse. Mis à part celui des Betschart, un Astronaut A3 – le plus compact des robots Lely – a également été installé récemment dans le Diemtigtal (BE). Le troisième est un robot de réserve qui sera, selon toute vraisemblance, visible lors du premier Salon des herbages, qui se déroulera à Grange-Verney (VD), le 7 septembre prochain. Pour Didier Peguiron, qui coordonne l’événement pour ProConseil, la piste du robot mobile est clairement à explorer pour valoriser au mieux les pâturages et coller à la pousse de l’herbe: «Que ce soit à l’alpage, ou en plaine, un système de traite mobile permet de coller au développement de la végétation. Le robot diminue la charge de travail, des plus importantes en montagne.»
+ d’infos www.progres-herbe.orgwww.lely.ch