Elevage
Transhumer entre parcelles pour optimiser le rendement des prairies 

Des herbages de qualité sont la clé d’une autonomie fourragère. Le pâturage tournant dynamique, bien qu’exigeant sur le plan technique, est une option qui remporte de plus en plus de succès auprès des exploitants.

Transhumer entre parcelles pour optimiser le rendement des prairies 

Dans les exploitations laitières, la mise à la pâture comme source alimentaire complémentaire constitue la pratique traditionnelle. Mais, ces dernières années, l’intérêt pour les herbages s’est encore accru et leur gestion est devenue plus pointue. Économique, écologique, répondant aux exigences de bien-être animal et aux attentes des consommateurs, ce système a en effet tout pour plaire. «Il existe différentes manières de le pratiquer, observe Pascal Rufer, responsable de la production animale à Proconseil.

Actuellement, le pâturage tournant dynamique est le procédé qui permet de tirer le meilleur rendement d’une prairie. Cette méthode rigoureuse, qui implique un suivi systématique, trouve de plus en plus d’adeptes.» La technique vise à mettre la pression sur une petite parcelle, durant un temps très court. L’intérêt est multiple: le gaspillage d’herbe et les zones de refus sont limités, alors que la productivité est meilleure. «La composition botanique de nos prairies s’est également nettement améliorée», note Frédéric Conus, de Siviriez (FR), l’un des précurseurs du pâturage tournant dynamique en Suisse.

L’éleveur fribourgeois, qui possède une trentaine de laitières, a subdivisé son terrain en un nombre quasiment équivalent de parcs, où ses bêtes pâturent pendant un à deux jours au maximum avant de changer. «Le rendement est meilleur qu’avec le pâturage sur gazon court que nous pratiquions auparavant, constate de son côté Jacky Schläfli, de Champvent (VD). En été, nos prairies souffraient du sec. Ce changement de méthode s’est révélé positif sur la pousse de l’herbe.»

 

Observation et feeling

La principale contrainte du pâturage tournant dynamique est d’ordre structurel: il faut en effet disposer d’une zone de pâture suffisamment étendue, proportionnelle au nombre de bêtes et attenante aux bâtiments du domaine. Des échanges de parcelles avec des voisins peuvent constituer la solution pour y parvenir. «Beaucoup d’éleveurs imaginent à tort que mettre davantage ses vaches au pré revient à se simplifier le travail, relève Frédéric Conus. Un tel système exige au contraire beaucoup de doigté pour déterminer le moment exact où l’herbage est à son stade optimal. Il est plus facile de gérer l’alimentation à la crèche en allant faucher!»

Si l’installation de clôtures et d’abreuvoirs en nombre plus important peut également freiner au départ, l’investissement consenti est rapidement amorti: les coûts de production sont en effet réduits, grâce à l’économie de frais de mécanisation. «Je suis persuadé que ce mode de pâturage va se développer davantage à l’avenir, se réjouit Pascal Rufer. Certes, ce système est plus dépendant des aléas climatiques et demande une capacité d’adaptation. Mais il permet de profiter pleinement du potentiel de ses prairies.»

 

Réorganiser ses parcelles

La surface disponible doit être entièrement recomposée et divisée en un nombre de parcs beaucoup plus important qu’en pâture classique. Un parcellaire suffisamment grand et non morcelé est indispensable. On compte en moyenne 1 are par vache et par jour. Cette mise en place demande une certaine réflexion, afin de prévoir au mieux les cheminements d’accès pour faciliter le déplacement des vaches entre la salle de traite et les prés. L’accès à l’eau ne doit pas être oublié. L’astuce est de placer les abreuvoirs de telle sorte qu’ils alimentent deux parcelles.

 

Déterminer le stade optimal

Une des clés de la réussite est d’évaluer avec précision le moment d’entrée idéal dans la pâture. On estime que celui-ci est atteint lorsque les graminées sont au stade de trois feuilles, soit approximativement à une hauteur de 10 cm. En effet, cet indice foliaire garantit une ingestion et une digestibilité optimales. Si l’herbe est plus haute, la qualité nutritive s’en ressent négativement. Le développement racinaire est en outre suffisant pour garantir une bonne résistance à la sécheresse. Plutôt que d’estimer à l’œil, utiliser l’herbomètre permet de gagner en exactitude.

 

Un tournus fréquent

La durée de présence des animaux sur chaque parcelle est extrêmement courte: un à deux jours au maximum. Ainsi, l’ingestion d’herbe est maximisée, sans formation de zones de refus. La mesure de sortie est toute aussi importante que celle d’entrée: en dessous de 5 cm, on risque le surpâturage, avec un système racinaire qui souffre. L’objectif est de garantir la qualité de la prairie sur le long terme, grâce à une gestion optimale de la rotation entre les parcs. Le temps de repos, de l’ordre de trois à quatre semaines, doit être adapté en fonction du temps de repousse de l’herbe.

 

S’adapter à la prairie

D’une année à l’autre, on ne peut pas forcément appliquer telle quelle la même recette de gestion de ses pâtures: le facteur météorologique, extrêmement variable, joue en effet un rôle déterminant dans la pousse de l’herbe. Il est donc important de passer très régulièrement du temps pour observer ses prairies. Si une parcelle présente plus de refus ou offre moins de rendement, il faudra adapter en conséquence sa pratique. La quantité disponible doit correspondre aux besoins du bétail; en fonction de la quantité d’herbe, on peut utiliser certains parcs pour la fauche.

 

Pâturer le plus possible

Dans notre pays, on peut espérer pâturer d’avril à octobre, voire jusqu’à novembre. Comme l’herbe sur pied représente l’aliment le plus économique avec un coût inférieur de moitié à celui de la fauche, il faut maximiser la durée où elle fournit l’essentiel de la ration;
les coûts de production seront ainsi moindres. Des conditions météorologiques pluvieuses ou au contraire une canicule ne représentent pas forcément un obstacle. Une vache peut en effet ingérer jusqu’à 50% de sa ration journalière en quatre heures: des sorties moins longues seront alors tout aussi profitables.

Texte(s): Véronique Curchod
Photo(s): Claire Muller