Les saint-bernards ont gravi le col pour rejoindre leur résidence d’été

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Les saint-bernards ont gravi le col pour rejoindre leur résidence d’été

Un petit troupeau de ces chiens emblématiques a rallié le chenil de l’hospice du Grand-Saint-Bernard, où ils resteront tout l’été. Nous avons suivi cette inalpe organisée pour la première fois par la Fondation Barry.

Les saint-bernards ont gravi le col pour rejoindre leur résidence d’été

Il y avait beaucoup d’animation, samedi matin, à la station de ski désaffectée du Super-Saint-Bernard. Les propriétaires de saint-bernard s’étaient donné rendez-vous pour célébrer un grand événement: la montée des chiens de la plaine à l’hospice du col éponyme. Soixante personnes, des fans de la race, mais aussi des propriétaires de chiens venus de toute la Suisse, ont répondu à l’invitation de la Fondation Barry, organisant cette inalpe pour la première fois. «C’est un jour important pour les chiens, mais aussi pour leurs gardiens, explique Viviane Lyoth, responsable de la communication pour la fondation. Ils montent aujourd’hui et resteront au col pendant quatre mois, veillant sur les chiens jour et nuit. C’est une fête, mais aussi un moment stressant.»
En tout, 27 chiens ont gravi les derniers 13 km jusqu’au col, avalant 800 m de dénivelé. Pour marquer le coup, les saint-bernards, fidèles à la tradition, portaient leurs plus beaux accessoires: un tonnelet en bois (vide), des fleurs et des sacoches rouges à croix blanche de sauveteur de montagne. Dans leur rôle de mascottes aboyant (fort) et bavant (beaucoup), ils sont irrésistibles. Il n’en fallait pas plus pour que des motards allemands s’arrêtent pour immortaliser la scène. Les solides toutous se prêtent au jeu, tentant déjà de se débarrasser de leur attirail, avec succès. C’est dans leur plus simple appareil qu’ils se lanceront finalement dans l’ascension avec un plaisir non dissimulé.
L’inalpe commence à 11 h par groupes pour éviter les tensions entre les animaux, en longeant les lacets de la route. Cet étonnant cortège amuse les automobilistes, ravis de voir autant de saint-bernards réunis d’un coup. La troupe avance tranquillement, guettée par les marmottes sifflant le long du chemin.

Heureux en montagne
Chaque fois qu’ils traversent un torrent, les chiens en profitent pour boire, n’hésitant pas à sauter dans l’eau pour s’y rafraîchir. Pour beaucoup de saint-­bernards, il s’agit de la première vraie sortie en montagne. Certains n’ont pas l’habitude de gravir de telles pentes ou encore de traverser des névés. Pourtant, à les voir se rouler dans la neige, on se dit que leur place est vraiment ici, en montagne. «C’est instinctif, confirme Alessandra Bonetto, d’Aoste (I), propriétaire d’Arturo. J’ai acheté mon chien à Florence, il n’avait jamais vu la neige. Il s’est tout de suite senti à l’aise à la montagne.»
Le dénivelé s’accentue, il faut garder le rythme, les chiens sont sur nos talons, se frayant un chemin gentiment avec de petits coups de tête. «Ils sont très attachants, cherchent toujours le contact, commente Viviane Lyoth. Quand ils s’asseyent vers vous, c’est toujours sur vos pieds!» Sous la deuxième cheminée du tunnel du Grand-Saint-Bernard, la troupe fait une pause. Les propriétaires de chiens privés en profitent pour tester leur animal en le soumettant aux exercices du Barry Grand Tour, une épreuve facultative proposée le long du tracé de l’inalpe. «On peut leur donner des conseils, note Viviane Lyoth. La Fondation Barry est une grande famille, on est là pour aider les maîtres de nos chiens.»
Depuis 2005, la fondation gère le chenil autrefois placé sous la responsabilité des chanoines de l’hospice, assurant ainsi l’élevage et la promotion de cet emblème helvétique. À la fois sportif et flemmard, sa cote de popularité est toujours aussi élevée auprès du public. Passionné, un couple n’a pas hésité à fermer son restaurant fribourgeois et à se lever à 4 h 30 pour prendre part à cette inalpe avec ses trois fidèles compagnons. «Le saint-bernard est le chien national, il appartient en quelque sorte à tout le monde», note Viviane Lyoth. Son côté pataud le rend sympathique, mais le saint-bernard reste un chien puissant. L’une des missions de la Valaisanne Déborah Dini, 19 ans, gardienne du chenil du col pour la deuxième fois, est de veiller à ce que tout se passe bien, même avec des touristes parfois un peu trop affectueux. «Ce ne sont pas des peluches. On doit connaître nos chiens parfaitement pour éviter les problèmes, mais aussi la montagne, où on se balade trois heures par jour, pour éviter les coulées ou que les chiens courent sur le lac gelé. Au col, on est souvent surpris par la neige!»

Arrivée sous la neige
Après deux heures de marche, les chiens commencent à sérieusement tirer la langue, mais rien ne les arrête, ni les rochers ni les névés. La neige, encore bien présente à la mi-juin, modifie le tracé de l’inalpe, obligeant les marcheurs à rejoindre la route pour les derniers kilomètres. Tout à coup, la température baisse, le ciel s’assombrit. La vue de l’hospice ravit les marcheurs, qui franchiront le panneau du col sous la neige, à 14 h, accueillis par l’un des cinq chanoines de l’hospice, bravant le froid pour assister à leur arrivée. «On est toujours très heureux de voir les saint-­bernards dans leur lieu habituel», se réjouit Jean-Michel Lonfat, qui vit ici depuis trois ans. Les chiens, mouillés et épuisés par la montée, se reposent, étalés de tout leur long sur le parking. Ils sont rapidement amenés dans leur niche pour une sieste réparatrice, alors que leurs maîtres se retrouvent autour d’un caquelon de fondue. Ils rejoindront ensuite la plaine en voiture, certains sans leur chien. Cet été, treize saint-bernards passeront en effet la belle saison dans le chenil de l’hospice du col. Ils ne redescendront à Martigny que le 1er octobre, lors de leur désalpe.

Texte(s): Céline Duruz
Photo(s): Eric Bernier

Une tradition qui dure

Depuis onze ans, la Fondation Barry, basée à Martigny (VS) et portant le nom du plus célèbre chien d’avalanche de la race saint-bernard, gère le chenil sur le col du même nom. Il était tenu jusque-là par les chanoines de l’hospice. Il s’agit du plus vieil élevage du chien national suisse, race ancienne de plus de 300 ans. Il a récemment été distingué comme étant le meilleur élevage du monde. En moyenne, une vingtaine de chiots avec pedigree naissent dans l’institution par an.