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Reportage outre-sarine
Robustes, féconds et résistants à la chaleur: les zébus séduisent

À Wünnewil (FR), Hansruedi Lobsiger élève depuis quinze ans des zébus nélores.

Robustes, féconds et résistants à la chaleur: les zébus séduisent

Dans les pâturages de Wünnewil (FR), Elena ne passe pas inaperçue. Sa robe blanche, sa haute stature, sa tête fine aux oreilles tombantes, son cou pendant, mais surtout son imposante bosse située au garot détonnent clairement du reste du troupeau limousin. De l’autre côté de la clôture, Hansruedi Lobsiger l’observe avec fierté. Voilà une quinzaine d’années que le Singinois a adopté quelques zébus dans son troupeau de vaches mères. Il fait figure de pionnier européen en matière d’élevage de cette race particulièrement résistante aux maladies et à la chaleur.

Parés contre la canicule
C’est en 2003 qu’il accueille sur son domaine, un peu par hasard, quelques spécimens provenant directement du Brésil. Il s’agit de nélores, des zébus de haute taille obtenus par croisement au XIXe siècle (voir encadré). Les quatre premiers ont donné naissance à un petit troupeau, dont vit en partie aujourd’hui Hansruedi Lobsiger. «À l’époque, la Confédération a autorisé l’élevage de nélores en Suisse suite à l’été caniculaire. Il s’agissait d’évaluer si, dans le contexte de réchauffement climatique, cette piste était intéressante à exploiter.» Car la chaleur, les zébus nélores connaissent. Ils ont tous les atouts morphologiques pour supporter les températures caniculaires, à commencer par une robe blanche dont les poils restent courts toute l’année. «L’hiver, ils développent une couche de graisse pour lutter contre le froid», précise l’éleveur. Autre avantage de taille, leur fanon, cet appendice de peau pendante sous le cou et le poitrail. «Cela leur permet d’augmenter leur surface de peau et donc de mieux évacuer la chaleur», explique encore Hansruedi Lobsiger, qui, après être passé pour un hurluberlu, a petit à petit réussi, à force d’arguments, à convaincre ses voisins et collègues d’adopter également les zébus. Mais cette fois, dans le cadre de croisements. Ainsi, à quelques encablures au nord de Wünnewil, à Neuenegg (BE), juste de l’autre côté de la Singine, on retrouve Peter, l’un des sept taureaux d’Hansruedi Lobsiger, actuellement en pension chez Petra Freiburghaus. «Peter est calme, affectueux, c’est très agréable de travailler avec lui, explique l’agricultrice qui, pour la deuxième année consécutive, a loué un zébu à son voisin fribourgeois. L’an dernier, il a fécondé avec succès toutes mes vaches en deux mois.»

Même au-delà des 40°C
Les veaux issus de ce croisement donnent entière satisfaction à la jeune éleveuse. «Ils affichent une croissance relativement élevée et se commercialisent bien. Ils sont classifiés entre T+4/3 et H2», détaille-t-elle. Autre avantage à ses yeux, la bonne résistance aux maladies. «Aucune pneumonie à déclarer l’hiver passé.  ’ailleurs, le vétérinaire n’a jamais vu mes zébus, à part pour satisfaire sa curiosité!» Croisés, les veaux perdent la traditionnelle bosse des zébus mais conservent une robe claire, un fanon, ainsi que les caractères robustes et résistants à la chaleur. «Les taureaux nélores restent féconds lorsque la température excède les 40 degrés, alors que les autres deviennent stériles à partir de 35 degrés», précise Hansruedi Lobsiger, dont les sept mâles sont actuellement tous loués à des éleveurs de vaches mères, aux quatre coins de la Suisse. Et réchauffement climatique oblige, l’éleveur confie qu’il reçoit toujours plus de téléphones de collègues intéressés à effectuer des croisements avec ses zébus. «C’était jusqu’à présent une niche, mais qui pourrait bien s’avérer un excellent filon, surtout si les étés caniculaires se répètent», analyse Svenja Strasser, responsable du herdbook pour l’association Vache mère Suisse. En termes d’alimentation, les zébus nélores sont relativement peu exigeants. «Ils sont rustiques et peuvent pâturer même en zone aride. Ils assimilent efficacement les fourrages grossiers, affirme le septuagénaire, qui remet petit à petit les clefs de son domaine à son fils. Je ne leur donne jamais d’ensilage de maïs ou d’autres concentrés, ils deviendraient beaucoup trop gras». Alors que l’éleveur s’approche à nouveau du pâturage, Elena relève la tête, bien avant ses congénères. «L’instinct maternel est très prononcé chez les zébus et il est parfois difficile d’approcher les veaux. Mais à vrai dire, je vois ça comme une qualité!»

Texte(s): claire muller
Photo(s): claire muller

Bon à savoir

Les bovins exotiques de Hansruedi Lobsiger n’ont plus grand chose à voir avec les zébus d’Inde. Ils sont en réalité issus de croisements effectués par des éleveurs brésiliens au XIXe siècle. Le nom nélore fait référence au district de Nellore, situé au sud-est de l’Inde, d’où sont originaires les premiers animaux exportés vers le continent sud-américain. «C’est aujourd’hui la race à viande la plus répandue au Brésil. On la trouve également en Uruguay, en Argentine et aux USA», précise Hansruedi Lobsiger. Quant à leur fameuse bosse, elle n’a rien d’un stock de graisse servant à compenser d’éventuelles privations. «Il s’agit en réalité d’une excroissance musculaire», poursuit l’éleveur fribourgeois. Particulièrement développée chez les taureaux, elle est un mets de choix au Brésil.

En chiffres

Le domaine Lobsiger

  • 35 vaches mères limousines.
  • 20 hectares de surface fourragère.
  • 7 zébus mâles non castrés destinés à la reproduction, loués dans différents élevages bovins allaitants de la région.
  • 3 zébus femelles.
  • 15 veaux croisés par année.

+ d’infos www.lobsigerbeef.ch

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