Une ferme se mue en refuge pour les animaux sauvages délaissés

Agriculture Animaux
Agriculture
Une ferme se mue en refuge pour les animaux sauvages délaissés

Sur les hauts du Landeron (NE), Sarah Quiquerez gère à la fois une exploitation et un refuge pour plus de 200 bêtes. Elle les a recueillies dans toute la Suisse. Elle consacre son temps à prendre autant soin de ses brebis que de ses aras ou de ses capybaras.

Une ferme se mue en refuge pour les animaux sauvages délaissés

Si on ne la trouve pas sur son tracteur ou en train de couler une dalle en béton, peut-être qu’on la verra nourrir ses brebis ou donner quelques cacahuètes à son porc-épic. Au Landeron, Sarah Quiquerez gère une ferme particulière. En plus de cultiver avec l’aide d’un ami paysan du blé, du maïs et des pommes de terre sur le domaine de 32 hectares qu’elle a repris en 2002 – reconverti en bio depuis trois ans – elle s’occupe de près de 200 animaux, sauvages pour la plupart, de 28 espèces différentes. «Petite, avoir un parc animalier était un rêve, explique l’agricultrice, quatrième génération à reprendre les rênes de l’exploitation. J’ai donc commencé à recueillir des animaux. Aujourd’hui, on m’appelle pour en placer de nouveaux.»
La semaine, elle s’occupe de ses cultures, comptant sur l’aide de ses deux apprenties gardiennes d’animaux sauvages pour prendre soin de ses étranges pensionnaires. Les mercredis, jeudis après-midi ainsi que quelques samedis par année, l’enclos des alpagas se mue en parking provisoire pour le zoo de Bel-Air s’ouvrant alors au public.

Refuge très demandé
Quand Sarah Quiquerez n’est pas caissière à l’entrée de sa ferme, elle fait des crêpes pour les visiteurs, surveillant du coin de l’œil que les animaux soient bien traités. Elle est partout, veillant au confort de tous. «Je gère un zoo, un terme que je n’aime pas mais qui est utilisé vu le nombre d’espèces dont je m’occupe, précise-t-elle. Ici l’animal n’est pas exposé pour le visiteur, il est chez lui pour le reste de sa vie.» Apparemment, l’air du Landeron convient particulièrement bien aux derniers arrivants, cinq placides capybaras. Ce sont des représentants des plus gros rongeurs du monde, plongeant dans l’eau pour contrer les attaques de pumas ou d’anacondas.
Autant dire qu’ici, ils sont plutôt peinards, broutant l’herbe, croquant des carottes, se régalant de branches de noisetier ou des fruits du domaine, sous le regard curieux de leurs voisins, deux chevaux de trait. Sarah Quiquerez est allée les chercher à Rappers­wil (SG), dans le zoo des Knie, avec son van servant à transporter ses équidés. Mais elle ne prévoit pas de les domestiquer. «Un lien va se créer au fil du temps, mais ce sont des animaux sauvages, ils doivent le rester. Je ne suis pas pour garder des animaux en cage, alors j’essaie de leur donner le plus d’espace possible.»

Domaine modulable
Au total, l’agricultrice, également titulaire d’un diplôme de gardienne d’animaux sauvages, s’occupe d’une trentaine d’espèces différentes, du guanaco à l’ara en passant par des reptiles, sans toutefois négliger ses nombreux moutons, qui se baladent parfois librement sur l’exploitation. Sarah Quiquerez n’avait pourtant pas prévu d’en accueillir autant. Au départ, elle acceptait les animaux pour éviter qu’ils ne se retrouvent dans la nature, voire euthanasiés dans certains cas. Puis elle a accepté les bêtes sauvages, ce que d’autres refuges refusent, n’accueillant souvent que des chiens ou des chats. «Il y a peu de centres d’accueil pour ces animaux en Suisse, note-t-elle. Du coup d’autres zoos mais aussi des particuliers viennent vers moi lorsqu’ils n’arrivent plus à s’occuper des leurs. Je ne leur demande pas d’explication, ce qui compte pour moi est le bien-être des bêtes.»
Elle ne cesse donc de modifier son domaine. À chaque arrivage, elle l’adapte aux besoins de ses protégés, créant des cachettes, des monticules, des mares. Plusieurs hectares, sur lesquels aucun pesticide n’a été utilisé ces quinze dernières années, leur sont dédiés. Cette fois, c’est 650 m2 de terre qu’elle a sacrifiés pour le bien des capybaras, pour lesquels elle a creusé deux étangs, intérieur et extérieur. «Les biotopes sont construits selon les besoins spécifiques à chacun, détaille la propriétaire des lieux. Dans ma ferme, les animaux sont rois. Ils resteront avec moi jusqu’à la fin.» Son action lui coûte cependant beaucoup, son zoo ne subsistant uniquement que par la débrouillardise et par des dons, en nature parfois. Elle peut notamment compter sur le pain sec des Landeronnais pour ravir les papilles de ses pensionnaires et sur l’herbe de ses prés pour en sustenter d’autres.

Les moyens viennent à manquer
Cette année, pour la première fois de sa vie, Sarah Quiquerez a dû refuser d’accueillir des singes par manque de moyens. Son domaine agricole lui permet de tourner, sans qu’elle ne cesse toutefois d’innover. «Pendant dix ans, j’ai eu une exploitation de brebis laitières. Je vendais une partie de mon lait, en transformais une autre en fromages. Mais quand mon aide est parti à la retraite, j’ai décidé d’arrêter. Et heureusement: mon acheteur m’a annoncé quelques semaines plus tard qu’il n’aurait plus pris mon lait.» Du coup, elle a transformé son laboratoire en cuisine pour le restaurant accueillant les visiteurs, élaborant même des recettes à base d’insectes.
Elle ne s’est pas débarrassée de ses brebis pour autant. Aujourd’hui, une vingtaine de races différentes paissent dans des prés à perte de vue, à côté des chèvres et des yaks. «Quand on ne fait pas des cultures intensives, il faut trouver une alternative à chaque fois. On pense par exemple se mettre à la permaculture.» Pour se passer de vendre des agneaux pour la viande, ce qu’elle de plus en plus de mal à faire, elle planche sur un concept de nuitées insolites, près des animaux, dans cette ferme décidément hors du commun.

+ D’infos www.brebis.ch.

Texte(s): Céline Duruz
Photo(s): Matthieu Spohn

Trois pensionnaires étonnants

Les capybaras
Ce sont les petits nouveaux du parc animalier de Bel-Air. Venus du zoo de Rapperswil, ces cinq représentants des plus grands rongeurs du monde (certains pouvant dépasser les 60 kilos) ont des pattes palmées, quatre grandes incisives, mais sont plutôt zen. Ils se contentent de siffler, un peu comme un cochon d’Inde, lorsqu’on les importune.

 

 

Les yaks
On ne s’attend pas à tomber nez à nez avec le magnifique ruminant originaire du Tibet sur les hauts du Landeron. Et pourtant! Ces animaux sont nés en Suisse et l’agricultrice en prend soin depuis cinq ans. Ils sont un peu imprévisibles, il faut donc rester prudent en leur compagnie. Ils préfèrent d’ailleurs paître au milieu des moutons, loin des visiteurs.

 

 

Les écureuils de Chine
Ils font partie des animaux les plus adorables du domaine, même si on a de la peine à les suivre, tant ils se déplacent vite. Hyperactifs, les écureuils de Chine sont reconnaissables aux raies égayant leur dos. Sarah Quiquerez les a récupérés d’un autre parc zoologique, qui n’arrivait plus à les garder tant il en avait, il y a environ cinq ans.