Plus de légumes avec moins d’énergie

Agriculture Les pros de la terre
Du côté alémanique
Plus de légumes avec moins d’énergie

La question des économies d’énergie est au centre des préoccupations des maraîchers. À Ried bei Kerzers (FR), l’exploitation de Bruno Gutknecht fait figure d’exemple en la matière.

Plus de légumes avec moins d’énergie

Dans l’immense serre règne un calme total. Seul le souffle d’un système de ventilation agite les feuilles des plants de tomates, tandis qu’un léger bourdonnement se fait entendre au-dessus de nos têtes: centimètre par centimètre, une toile translucide se déplie. «Tout est automatisé via des sondes qui captent la température, explique Bruno Gutknecht, le maître des lieux. Les deux voiles tendus au-dessus des cultures suffisent à réaliser d’importantes économies d’énergie.»
L’une des toiles permet de protéger les plantes du soleil, l’autre de conserver la chaleur dans la serre. On l’appelle «Energietuch», ou écran thermique. Ajoutez à cela un toit de verre qui s’ouvre de manière autonome pour ajuster le climat interne et vous obtenez une serre à la pointe de la technologie.
Il faut bien cela pour faire pousser des tomates, des concombres, des aubergines et des poivrons toute l’année, ou presque. En effet, cultiver des légumes aussi exigeants en termes de température a longtemps impliqué d’importantes dépenses énergétiques: chauffage, électricité et matériaux non recyclables peuvent peser lourd sur le bilan écologique d’une exploitation. Et sur ses dépenses par la même occasion. Mais de nouveaux équipements et une réflexion de fond permettent de limiter l’impact énergétique.

Technologie au top

«Nous avons commencé par le chauffage, raconte Bruno Gutknecht. En 2008, nous avons remplacé notre chaudière à mazout par un système au gaz naturel. Bien sûr, sa combustion produit aussi du CO2, mais il est récupéré grâce à un filtre et ramené vers les plantes. Elles ont besoin de dioxyde de carbone, alors autant profiter de celui que l’on a sous la main.» La prochaine étape? Un chauffage au bois collectif, en partenariat avec la commune et trois autres voisins maraîchers, afin d’atteindre un bilan neutre en CO2. Ont suivi les écrans thermiques qui, à peine mis en place – il reste une serre à équiper l’an prochain –, ont permis à l’exploitant de voir sa consommation énergétique divisée par deux.

Soutien professionnel

Depuis 2008, Gutknecht Gemüse collabore avec l’Agence de l’énergie pour l’économie (AEnEC), qui épaule entrepreneurs et industriels dans un processus d’optimisation énergétique. Les conseils techniques de ces experts permettent notamment aux maraîchers d’améliorer l’efficience énergétique de leur exploitation. Il faut dire que les enjeux financiers sont de taille: «Depuis l’installation des panneaux photovoltaïques sur le toit de la halle, notre facture d’électricité a été réduite à un tiers, précise Bruno Gutknecht. Il est difficile d’évaluer exactement en combien de temps l’investissement sera amorti, mais ce sera sans doute le cas dans quinze à vingt ans.» C’est bien simple: tous les toits qui ne sont pas en verre sont couverts de panneaux photovoltaïques. Leur production équivaut aux besoins annuels de l’exploitation maraîchère mais, sans moyen de stocker le courant, le surplus estival est vendu et il manque quelques kilowatts en hiver. Par ailleurs, adhérer à l’AEnEC permet aux entrepreneurs de se voir rembourser une partie, voire la totalité de la taxe sur le CO2.
Bruno Gutknecht ne regrette pas ses investissements: «Il faut rester à la pointe en permanence, assure-t-il. Pour des raisons économiques, mais aussi parce que cela fait partie des attentes de nos clients.» La prochaine étape sera sans doute l’installation de verre isolant sur les serres de l’exploitation. Dans le Seeland, les tomates poussent toujours mieux mais en utilisant toujours moins d’énergie.

 

Texte(s): Clément Grandjean
Photo(s): Clément Grandjean

En chiffres

  • 48000 m2 de serres.
  • 3300 m2 de panneaux photovoltaïques.
  • 20 à 25 employés en fonction de la saison.
  • Plus de 30 variétés de légumes.
  • 16 à 18 degrés, la température moyenne dans les serres.
  • 1 marché à la ferme.

+ d’infos Gutknecht Gemüse, Biberenweg 1, 3216 Ried bei Kerzers www.gutknecht-gemuese.ch/fr

Savoir s’inspirer de l’étranger

Les besoins en énergie représentent en moyenne 20% des charges d’une exploitation maraîchère sous serre. En ajoutant à cela la hausse des prix du mazout et du gaz naturel, on comprend aisément que l’optimisation de la gestion énergétique suscite l’intérêt. Dans ce domaine, la Hollande est souvent citée en exemple, du fait de ses gigantesques surfaces de serres maraîchères et horticoles. Les fabricants de serres améliorent l’isolation de leurs installations, des logiciels permettent d’adapter le chauffage aux prévisions météo tandis que les substrats biodégradables deviennent la norme. Au rang des expériences menées à l’étranger, on utilise aussi l’eau tiédie par les circuits de refroidissement des centrales nucléaires. Les producteurs suisses et la station de recherche Agroscope observent d’un œil attentif les progrès dans le domaine. À Genève, par exemple, on mise sur la géothermie pour chauffer les serres: les premiers forages, menés dans le cadre du programme GEothermie 2020, sont prometteurs.