Le hache-paille fournit un excellent mulch à mettre entre les légumes

Jardin
Un Jardin en permaculture 6/12
Le hache-paille fournit un excellent mulch à mettre entre les légumes

Chaque mois, notre collaboratrice Aino Adriaens nous fait part de ses expériences en permaculture. En juin, les buttes sont rechargées régulièrement avec un mulch coupé au hache-paille, ancien outil agricole remis au goût du jour par les permaculteurs.

Le hache-paille fournit un excellent mulch à mettre entre les légumes

Nos garçons en ont marre de manger de la salade et du cresson. Et j’avoue humblement que pour l’instant, je n’ai guère d’autres productions maison à leur mettre sous la dent, car bon nombre de légumes sont en grève de croissance. Les brocolis ont la taille d’un bouton de rose, tandis que les choux rouges et les courgettes semblent s’être figés au stade cinq feuilles pour le reste de la saison. Apparemment, les coups de froid et les pluies battantes ne font de bien à personne, sauf peut-être aux canards qui pataugent allègrement dans un poulailler transformé en bourbier. Mais je garde espoir: les céleris sont splendides, les haricots grimpent lentement et les tomates plantées hors de la serre ne sont pas encore malades.

Cinq canards et peu de limaces
Un miracle aussi: nous n’avons quasi pas de limaces ou si peu. Il est probable que la canicule de l’an dernier et l’aménagement des buttes cet hiver ont réduit drastiquement leur population. C’est tant mieux, car question canards, nous sommes armés mais pas encore aguerris. Pataplouf a maintenant
2 semaines. Devant nos échecs successifs en matière d’incubation artificielle, une amie nous l’a offert en même temps que quatre autres coureurs indiens plus âgés. Ces derniers sont à tel point sauvages que je ne suis pas près de les lâcher au potager. Le petit dernier, en revanche, ne nous quitte pas d’une semelle. Son éducation est en cours, mais pour l’instant il préfère encore les mouches aux gastéropodes.
Vu que les limaces sont peu à craindre, nous commençons à pailler plus sérieusement nos plantations. Couvrir le sol est en effet la façon la plus naturelle de le nourrir tout en le protégeant de la sécheresse et en limitant la croissance des herbes indésirables. Avec le temps, il paraît que l’installation de prédateurs comme les carabes sous les paillis devrait aussi permettre de limiter la prolifération des limaces. Quoi qu’il en soit, la paille bio dont nous avions recouvert les buttes en mars s’est déjà bien décomposée. Nous les rechargeons maintenant avec tous les déchets verts qui nous tombent sous la main: feuilles de rhubarbe, iris fanés, orties, herbes fauchées…

Tiges hachées menu
Pour les répartir plus facilement entre les légumes, nous mettons à contribution un vieil outil absolument génial, le hache-paille, découvert au centre Pro Natura de Champ-Pittet, à Yverdon (VD), et à la ferme permacole du Bec-Hellouin, en Normandie. Une petite annonce dans Terre&Nature m’a permis de mettre la main sur l’objet convoité dans la grange de Joseph Corminbœuf, à Domdidier (FR), tandis que notre fils Gaël en a déniché un second exemplaire par hasard dans une ferme voisine, alors qu’il cherchait des chouettes effraies. «On utilisait le hache-paille en hiver pour faire du fouétre, un fourrage de paille hachée que l’on mélangeait ensuite avec de la betterave fourragère: ça nourrissait bien les vaches quand il fallait économiser le foin», se souvient Joseph Corminbœuf. À l’époque, la roue munie de lames tranchantes pouvait être couplée à la force d’un moteur, mais mon mari Christian a restauré sa manivelle pour l’activer à l’huile de coude. Le geste est beau et travailler sans moteur est un plaisir dont nous ne pouvons plus nous passer (voir encadré). Dorénavant, le hache-paille aura une seconde vie au fond du verger, où il s’avère déjà diablement efficace pour hacher menu toutes les tiges coupées ou arrachées, vertes ou sèches, mais d’un diamètre inférieur à un centimètre. Si nous avions des thuyas ou des laurelles au jardin, leurs rameaux taillés subiraient le même sort, car selon les expériences menées par les jardiniers du centre Terre vivante, en Isère (F), le mulch de résineux ou de plantes toxiques ne contrarie pas la croissance des légumes.

Voleurs d’oignons
Dans la serre, la couverture de feuilles mortes est encore suffisante. En dessous, nous avons obtenu un terreau incroyablement riche en mycélium et en vers de terre, issu du mélange de la terre, des feuilles et du fumier de cheval. Les tomates ont belle allure, mais les fraises, les aubergines et les poivrons manquent comme tout le monde de chaleur. Pour profiter davantage de l’espace, j’ai semé du cresson, du basilic et des soucis en guise de couvre-sol. La mauvaise surprise est venue du côté des échalotes et des oignons plantés au bord des planches: une ligne complète a quasi disparu du jour au lendemain sans laisser de feuilles! J’ai cru rêver mais non, le forfait était signé non pas par un campagnol, mais par toute une famille que nous sommes maintenant en train de traquer avec des pièges assommoirs. On peut aimer la petite faune sauvage et s’appliquer à la favoriser, mais il y a quand même des limites à ne pas dépasser.

Texte(s): Aino Adriaens
Photo(s): Eric Bernier

L’huile de coude: une alternative au pétrole!

En permaculture, le sol fait l’objet des soins les plus attentifs. Les travaux de labour et d’aération sont confiés aux vers de terre, tandis que la fertilisation est assurée par des milliards de microorganismes nourris de mulch, d’extraits de plantes et d’engrais verts. Le jardinier ne chôme pas pour autant.
Il travaille en surface avec ses mains et une panoplie d’outils légers: griffe, sarcloret, houlette, binette… Par souci de cohérence et de protection de l’environnement, les permaculteurs cherchent à limiter le recours à la pétrochimie, et par conséquent évitent autant que possible les moteurs. La faux et la tondeuse mécanique sont remises au goût du jour de même que des outils increvables dénichés dans les granges et les brocantes. Les professionnels misent aussi sur la traction animale, en adaptant des mécanismes d’autrefois aux besoins actuels. Ils font également preuve d’une imagination débordante pour inventer les outils qui leur font défaut, par exemple la «campagnole» du Bec-Hellouin, une grelinette qui émiette la terre sans effort, ou encore le semoir Coleman, qui permet de semer en six rangs sur une planche étroite. Preuve que la transition énergétique qui est en marche génère aussi un grand élan d’innovation.