Nos potagers se sont mués en jardins de cocagne pour le plaisir des papilles

Jardin
Un jardin en permaculture 8/12
Nos potagers se sont mués en jardins de cocagne pour le plaisir des papilles

Chaque mois, notre collaboratrice Aino Adriaens nous fait part des expériences en permaculture faites dans son jardin. Août est le mois des récoltes et des premières conclusions. Si les buttes tiennent leurs promesses, les tours à patates, par contre, n’ont rien donné.

Nos potagers se sont mués en jardins de cocagne pour le plaisir des papilles

C’est fou ce qu’un jardin peut changer en quinze jours d’absence! À croire que plantes et animaux se donnent le mot pour fomenter une rébellion ou nous préparer une surprise. Mais quel plaisir de s’y précipiter à peine arrivés au bercail et de pousser des exclamations à la hauteur de sa métamorphose! Quelle jungle! Les tournesols ont pris l’ascenseur et, dans leurs massifs, les vivaces s’enlacent amoureusement par liserons interposés. Les buttes du potager ont disparu sous les salades, les courgettes et les endives. On se retient à peine de tirer une herbe par ici, de rattacher un plant de tomates par là ou d’empoigner le sécateur.
Côté basse-cour, une cacophonie nous accueille. Et parmi les musiciens, on reconnaît à peine le caneton Pataplouf, qui a triplé de volume à force de gâteries. On ne sait plus où donner du regard, mais d’un seul coup d’œil, on évalue déjà les travaux les plus urgents en se réjouissant de s’y mettre à fond le lendemain.

Buttes à point
La grêle du 24 juin n’est plus qu’un mauvais souvenir. Sur les buttes, les légumes ont maintenant belle allure et même les maïs déchiquetés ce jour-là sont devenus magnifiques. On s’attendait à une orgie de mauvaises herbes, mais non, les chiendents pieds-de-poule, l’égopode et les liserons sont restés plutôt sages. L’épaisse couche de mulch dont nous avons recouvert le sol avant de partir a tenu ses promesses. Ce qui nous frappe surtout, c’est que les buttes nous offrent une lecture nettement plus claire du potager qu’elle ne l’était auparavant. Les cheminements sont bien délimités, les cultures faciles à entretenir. Cinq à sept variétés de légumes et de fleurs se côtoient sur une même butte, mais chacun a bien su défendre sa place. Je n’ai d’ailleurs jamais réussi d’aussi belles salades, alors qu’elles poussent pourtant en biais sur les pentes.

Réserves d’eau et couleuvres
Notre sol très drainant nous avait habitués à manier l’arrosoir quasi quotidiennement en été, cette époque serait-elle révolue? Contrairement à ce qu’on craignait, les buttes n’ont pas accentué le drainage, mais semblent au contraire éviter que l’eau ne disparaisse illico au fin fond des abysses. Pris en sandwich entre une couche de bois et le mulch, le sol reste plus humide, ce qui se voit bien dès qu’on écarte les couvre-sol.
Apprendre à bien gérer l’eau est un des objectifs majeurs des permaculteurs. À défaut de disposer d’une source au jardin, nous avons multiplié les systèmes de récupération d’eau de pluie. Les vieux fûts en chêne, les tonneaux et les réservoirs en plastique nous offrent une autonomie d’environ 4200 litres, ce qui reste encore largement insuffisant en période de sécheresse. Nous avons aussi créé deux points d’eau au cœur des potagers, censés rafraîchir l’atmosphère en été. Quoi qu’il en soit, ils abreuvent nos abeilles, plaisent aux libellules et – trop génial comme diraient nos garçons – deux jeunes couleuvres y ont élu domicile! C’est une belle récompense car, comme elles sont sûrement nées dans l’un des composts, elles prouvent que le jardin se rapproche de plus en plus d’un écosystème naturel (voir encadré ci-dessous).

Mildiou et pucerons à l’assaut
Tout n’est pas rose pour autant! Du côté des tours à patates, c’est la misère totale. Plein d’optimisme, Christian a démonté les deux silos pour dénicher les tubercules, mais y a récolté guère plus que ce qu’il avait planté… Il semble que les plants ont manqué d’eau, car les paillis étaient complètement desséchés. Dans la serre aussi, c’est un peu la déprime. Les aubergines sont ridicules, les poivrons se comptent sur les doigts de la main et les tomates sont ravagées par le mildiou, alors que celles qui poussent dehors sur les bottes de paille ne sont même pas malades. Et depuis quelques jours, des centaines de pucerons s’en prennent au feuillage des melons et des concombres. Aux grands maux les grands remèdes. J’ai ressorti mes fioles et mes bouquins et empoigné le pulvérisateur. Suivant les conseils d’Éric Petiot, j’ai déjà aspergé mes tomates d’un savant mélange d’huiles essentielles. Et les pucerons peuvent trembler, car, demain matin, ils auront droit à une bonne giclée d’ail macéré en guise de réveil.

Texte(s): Aino Adriaens
Photo(s): Benoît Renevey

questions à...

Sylvain Dubey – Herpétologue au bureau d’études et conseils en environnement Hintermann et Weber à Montreux (VD)

« LES REPTILES SONT ENCORE SOUVENT TUES PAR IGNORANCE. ON PEUT APPRENDRE A LES RECONNAITRE ET A APPRECIER LEURS SERVICES »

Lors d’un cours donné au BioDiVerger, le verger permacole de Marcelin (VD), vous avez encouragé les jardiniers à attirer les reptiles au jardin. En quoi peuvent-ils leur être utiles?
Les lézards et les serpents se nourrissent de petites bêtes, insectes, mollusques ou petits rongeurs qui peuvent causer des dégâts au potager. Les accueillir au jardin est aussi une bonne façon d’apprendre à les connaître et à les protéger, car la plupart des reptiles sont menacés de disparition.

Quelles sont les espèces particulièrement recommandables?
Tous les lézards bien sûr et aussi l’orvet, qui est un lézard sans pattes et qui mange volontiers les limaces. Côté serpents, la coronelle lisse visitera volontiers les jardins en lisière de forêt et c’est un bon atout, car elle mange de tout, rongeurs compris.

Comment peut-on les favoriser?
Les reptiles n’aiment pas le gazon! Offrez-leur des structures où ils peuvent se cacher et se chauffer, comme des composts, des tas de bois et des cailloux. Un roncier est aussi ­bienvenu, car ils peuvent s’y mettre à l’abri des chats, qui sont leurs principaux ennemis.