Les paysans recourent à la récolte de fonds pour lancer leur projet agricole

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Les paysans recourent à la récolte de fonds pour lancer leur projet agricole

Le financement participatif a dépassé le seuil des 100 millions de francs récoltés en Suisse en 2016. Il séduit aussi le monde agricole. Plusieurs projets romands ont vu le jour grâce à la solidarité des internautes.

Les paysans recourent à la récolte de fonds pour lancer leur projet agricole

Pour le moment, rien n’arrête la bise glaciale qui fouette cette parcelle en herbe, au bas du village de Russy (FR). Mais dans un an sûrement, se dresseront là 160 poiriers à botzi et une immense pergola de kiwis et de kiwaïs bios. Deux poulaillers mobiles permettront aussi à des poulets de gambader dans le verger. C’est en tout cas le rêve d’Ivan et Salomé Thévoz. Pour le réaliser, ils comptent sur le soutien financier des internautes. Depuis le 20 janvier, leur projet est en ligne sur le site internet ­wemakeit.com. Cette plate-forme de financement participatif permet de récolter des fonds sans passer par les banques. Lancée en Suisse en 2012, elle est aujourd’hui l’une des plus importantes d’Europe, avec un taux de réussite de 63%. Grâce à 174 802 contributeurs, près de 3000 projets ont abouti, pour un montant total de 32,9 millions de francs.
Le couple ne vise quant à lui que 40 000 francs pour financer l’extension de son verger agroécologique. Si cette somme n’est pas atteinte début mars, les montants avancés seront remboursés aux contributeurs. «C’est un pari! Nous avons choisi un montant relativement conséquent, d’autant que le service offert par la plate-forme nous coûte 10%. Mais il correspond aux investissements nécessaires pour nos nouveaux projets.»

Faire appel aux consommateurs

Ivan Thévoz a un CFC d’agriculteur qu’il a complété par une formation d’arboriculteur et de maraîcher. Depuis 2014, il développe un projet d’agroécologie. Sur son domaine, il fait cohabiter des arbres fruitiers hautes tiges avec des cultures céréalières, maraîchères et des petits fruits: myrtilles, cassis, raisinets, framboises ou mûres, notamment. Le tout cultivé selon les principes biologiques. Il s’occupe également de travaux de taille et de plantation de fruitiers chez des particuliers et compte développer la vente directe de petits fruits dès ce printemps. Sa démarche de financement participatif est également un moyen de se tourner vers le consommateur. En échange d’un soutien financier, il offre des contreparties: trois kilos de pommes bios ou un arbre greffé, par exemple. «Il y a un an, nous avions lu un article sur cette forme de financement dans Terre&Nature. Cela nous a semblé intéressant. Nous avons pris contact avec une plate-forme similaire, lancée sur Fribourg, mais cela ne s’est finalement pas concrétisé. Avec wemakeit.com, notre dossier a été rapidement retenu et nous avons été bien conseillés. Nous avons réalisé une vidéo grâce à un copain qui dispose d’un drone, pour mettre toutes les chances de notre côté.»

Durant les 45 jours que dure la recherche de fonds sur internet, les Thévoz ne ménagent pas leurs efforts pour faire connaître leur projet sur les réseaux sociaux et par mail à leurs contacts. «En ce moment, on passe plus de temps derrière l’ordinateur qu’au verger!»

+ d’infos www.wemakeit.com/projects/verger-agroecologique

Texte(s): Marjorie Born
Photo(s): Thierry Porchet / Clément Grandjean

Des nouvelles de quatre projets romands présentés l’an dernier dans Terre&Nature

Ferme laitière à Collonges (VS)
43 189 francs collectés, 314 contributeurs. La famille Mottiez rêvait de valoriser le lait
de ses vaches à la ferme et d’ouvrir une fromagerie. Le projet de vente directe et de transformation est en cours. Retrouvez-les sur notre plate-forme www.terrenature.ch/lait

 

Chèvres de la Touvière (GE)
85% du financement a été trouvé. La ferme de la Touvière a cherché des fonds via son propre site en proposant de parrainer des chèvres, d’investir dans une «cheese bank» ou de s’abonner à un panier contractuel de fromage. Elle a un réseau fidèle.

 

 

Fromagerie Biolait (VD)
55 040 francs collectés, 231 contributeurs. Les fromages à tartiner «Mon Tendre», lancés par quatre agriculteurs du pied du Jura, sont désormais sur les étals. Les soutiens sont encore bienvenus pour assurer le développement des ventes et de la fromagerie.

 

 

L’Apothèque du Jorat (VD)
30 465 francs collectés, 276 contributeurs. La pépinière de plantes utiles créée par quatre jeunes à Poliez-Pittet a pu financer son déménagement sur un terrain plus vaste à Mézière ainsi que son aménagement en matériel horticole.

 

 

Financement 100% agricole

Les plates-formes de financement participatif se spécialisent. Il y en a qui sont dédiés au sport, aux événements culturels, aux projets humanitaires ou à l’immobilier. Nicolas Oppliger, jeune diplômé de la Haute École de gestion de Neuchâtel, rêve de lancer un site suisse dévolu aux domaines de l’alimentation et de l’agriculture et cherche actuellement des partenaires. «Fils et petit-fils d’agriculteur, je suis persuadé que de nombreux projets pourraient être lancés par ce biais et que ce système permettrait de créer une véritable communauté d’intérêts.» En France, les plates-formes vouées à l’agriculture se multiplient. On trouve notamment www.bluebees.fr ou www.miimosa.com. La plupart offrent plusieurs possibilités de financement des projets: un système de don avec contrepartie, des prêts participatifs ou des préventes. Le prêt vise à «orienter l’épargne populaire vers les projets agricoles et alimentaires». Il concerne généralement des montants relativement peu élevés n’excédant pas 2000 euros et propose aux contributeurs un intérêt compris entre 2 et 5%.

+ d’infos Liste des plates-formes sur www.swisscrowdfundingassociation.ch