Décryptage
Passer à la vache mère? Bonne idée, mais il faut bien s’y préparer

Avec désormais plus de 5500 producteurs, la filière allaitante connaît un succès croissant auprès des paysans suisses. Mais passer de la vache laitière à la vache mère nécessite une réflexion préalable.

Passer à la vache mère? Bonne idée, mais il faut bien s’y préparer

En vingt ans, le nombre de vaches mères a quintuplé en Suisse. Aujourd’hui, force est de constater que la tendance amorcée à la fin des années nonante ne faiblit pas. Le nombre de vaches allaitantes a encore augmenté de 8% entre 2016 et 2018, flirtant désormais avec les 130 000 têtes, tandis que celui des vaches laitières dégringole année après année.
Si nombre de producteurs laitiers choisissent de se reconvertir, c’est autant pour des raisons économiques que pour diminuer la charge de travail. «L’association Vache Mère Suisse n’a jamais été aussi consultée par des paysans souhaitant passer à ce mode de garde», rapporte Guy Humbert, membre du comité de l’association faîtière, qui compte désormais plus de 5500 adhérents.
Pas de quoi cependant menacer la filière d’une surproduction: «Seul un quart des laitières est remplacé par des vaches mères, relativise Guy Humbert, lui-même producteur à Marchissy (VD). Or les allaitantes, comme les laitières, ne font qu’un veau par an et produisent la même quantité de poids mort. On est encore bien loin d’inonder le marché!»

Un autre métier
Michel Bovet, lui, ne regrette pas son choix. L’agriculteur de Bavois (VD) a opté pour les vaches mères il y a six ans. Suite au départ de son frère du domaine, il se retrouve seul à la tête d’un troupeau de 55 montbéliardes et d’un domaine de 47 hectares. Mais pour ce passionné d’élevage, pas question d’abandonner le contact avec les vaches. En l’espace de quelques semaines, il décide de troquer son troupeau de laitières contre des vaches mères. Une trentaine de simmentals et leurs veaux font progressivement leur apparition dans son étable. «Le fait de pouvoir alper mes bêtes quatre mois de l’année m’a conforté dans mon choix», confie Michel Bovet. Si sa reconversion s’est bien passée tant d’un point de vue organisationnel qu’économique, l’agriculteur de Bavois met cependant en garde ses collègues. «Produire de la viande, c’est clairement un autre métier. Les vaches allaitantes demandent d’être pointu et nécessitent tout autant de surveillance que les laitières. On ne trait plus, certes, mais il ne faut pas relâcher l’attention portée aux bêtes. Le fameux «tour du soir» vaut vraiment la peine.» Et d’insister sur le côté critique des vêlages: «Les veaux sont désormais mon gagne-pain. Pas question d’avoir la moindre perte!» Malgré l’absence de deux traites quotidiennes et du nourrissage des veaux, il faut entretenir des contacts physiques avec ses animaux assure le producteur. «Mieux vaut par exemple pailler soi-même dans la stabulation qu’utiliser une pailleuse.»

«On gagne en souplesse»
D’un point de vue économique, Michel Bovet se félicite d’avoir réussi à maintenir son salaire. «Auparavant, le lait constituait 80% des revenus de l’exploitation, mais nous étions deux à y travailler… Désormais, je suis seul et mon revenu est constitué aux deux tiers de la vente de viande.»
Outre des économies en termes de coûts de production et de main-d’œuvre, le producteur du Nord vaudois relève surtout avoir gagné en souplesse et en qualité de vie. Il se dit également rassuré par les bonnes conditions de prise en charge de ses bêtes et la relative stabilité du marché. «Le fait d’avoir intégré les programmes de marque s’avère payant.»
Et d’après Vache Mère Suisse, les prévisions de marché sont plutôt bonnes pour les années à venir: «Les besoins en viande Natura Beef sont stables, ceux en SwissPrimBeef en légère hausse, par contre, nous avons un immense besoin en NaturaVeal, notamment pendant l’été et l’automne», assure Guy Humbert.

+ d’infos www.mutterkuh.ch

Texte(s): Claire Muller
Photo(s): Claire Muller

Bon à savoir

Calculer la rentabilité
«En production allaitante, les marges brutes sont inférieures à celles de la production laitière, que ce soit par vache ou par hectare de surface fourragère», met en garde Pascal Rufer, conseiller chez Prométerre. Les frais spécifiques et de structure sont quant à eux bien réduits. «Des factures de vétérinaire divisées par trois, celle d’électricité réduite au quart: mes coûts de production ont littéralement fondu», témoigne Michel Bovet. Attention cependant à bien préparer la transition du point de vue des liquidités: les vaches mères sont en effet plus chères à l’achat, de l’ordre de 4000 à 4500 francs.

Réorganiser le bâtiment
Construire un nouveau bâtiment consacré à la garde de vaches mères semble ambitieux – car long à amortir. Les stabulations de vaches laitières sont généralement adaptées. «Il y a finalement peu d’investissements à consentir lors de la transition, affirme Guy Humbert. Les silos sont là, les systèmes de récolte aussi. On peut même simplifier la mécanisation.» Michel Bovet a quant à lui choisi d’équiper sa stabulation de tapis en caoutchouc et de logettes flexibles. «J’ai surtout un stock de barrières amovibles que j’utilise à la moindre manutention du bétail. C’est un équipement essentiel pour la sécurité.»

Planifier l’alimentation
La question de la base fourragère à disposition est primordiale lors des premières réflexions. «Remplir les critères de la production de lait ou de viande basée sur les herbages (PLVH) est obligatoire pour les vaches et veaux jusqu’au sevrage», rappelle Guy ­Humbert. Pour le producteur de Marchissy, l’herbe doit s’imposer dans les pratiques des détenteurs de vaches mères: «elle correspond aux attentes sociétales et permet de produire de la viande bon marché.» Outre une bonne base fourragère, on peut également valoriser des prairies extensives ainsi que des dérobées de printemps.

Revoir la main-d’Œuvre
«On estime qu’une vache laitière en stabulation avec salle de traite demande 80 heures de travail annuel. Une vache mère ne nécessiterait plus que 35 heures en moyenne.» Avec la disparition de contraintes comme la traite et le nourrissage des veaux, le producteur de vaches mères gagne en souplesse. «Mais il ne faut pas négliger la surveillance, le paillage, l’affouragement, met en garde Michel Bovet. Même si on fait de sérieuses économies de main-d’œuvre, il ne faut pas croire qu’on peut prendre un emploi salarié à plein temps à côté. Ça ne fonctionnera pas!»

Bien choisir la race
Aussi critique qu’il puisse paraître, le choix de race ne doit pas précéder la réflexion organisationnelle et économique. «Il faut laisser de côté l’aspect émotionnel et d’abord évaluer conditions de production et besoins du marché, lance Pascal Rufer. Si on fait l’inverse, on peut le regretter…»
De son côté, Guy Humbert incite les nouveaux producteurs à opter pour la flexibilité, en choisissant une race qui permet de répondre aux opportunités du marché et de livrer des animaux dans différents canaux. «Une race laitière et pas trop tardive, en somme.»

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