Terroir
Originaire d’Amérique du Nord, l’aronia se plaît sous nos climats

À Montherod (VD), Cornelia et Matthieu Müller font partie des rares producteurs romands à cultiver cette petite baie noire aux grandes vertus. Rencontre dans leur verger à quelques jours de la récolte.

Originaire d’Amérique du Nord, l’aronia se plaît sous nos climats

Avec leur forme arrondie et leur belle robe noire, on les confondrait presque avec des cassis. C’est pourtant une petite baie venue de loin qui pousse dans ces vergers situés dans la commune de Montherod (VD). L’aronia y a trouvé sa place il y a une dizaine d’années, grâce aux efforts de Jean-Luc Tschabold, un cultivateur passionné et précurseur, qui fut le premier à planter ces fruits originaires d’Amérique du Nord en terre romande. Désormais à la retraite, celui-ci a transmis le flambeau il y a trois ans à Matthieu et Cornelia Müller, qui bichonnent aujourd’hui ces 7000 m2 de plantations.

Les deux trentenaires, dont la ferme se trouve à Bière, non loin de là, nous reçoivent à quelques jours de la récolte, prévue début septembre. «Cette année, nous sommes en retard, la faute à un manque d’ensoleillement cet été», signale Matthieu Müller. Le producteur et son épouse sont à la tête d’un cheptel de 600 moutons et d’une soixantaine de chèvres allaitantes. Un élevage qui permet de belles synergies avec la culture d’aronia.

La prairie alentour fournit le fourrage pour l’hiver, le troupeau y pâture aux entre-saisons et le fumier d’ovin constitue un excellent fertilisant pour leurs plantations. «Ces deux activités sont aussi complémentaires en termes de saisonnalité, car le gros du travail exigé par nos baies intervient principalement l’été, lorsque nos moutons sont à la montagne», complète Cornelia Müller.

 

Plante très résistante

Bien que l’aronia s’épanouisse pleinement sous nos latitudes, les producteurs demeurent encore plutôt rares chez nous. «En Suisse romande, nous sommes une petite dizaine à peine», confirme Matthieu Müller. Au printemps, cette rosacée entre en floraison en même temps que les cerisiers. Ses belles fleurs blanches en ombelles sont très peu sensibles au gel. Les derniers épisodes printaniers n’ont ainsi eu aucune incidence sur la production de cette année. Les premiers soins interviennent peu après, avec le désherbage.

Cultivateurs bios, Matthieu et Cornelia Müller n’utilisent pas d’herbicides. Ils effectuent cette tâche entre les rangs avec une machine et sous les arbustes à la main. «Cette année, nous avons aussi travaillé avec les poules d’un collègue viticulteur. Nous en avons lâché une cinquantaine et l’essai a été très concluant, car elles tondent et grattent le sol sous les arbres, là où les machines ne passent pas», racontent-ils.

Relativement robuste et très résistante aux maladies, notamment à l’oïdium et au mildiou, l’aronia ne connaît qu’un seul véritable ennemi: la drosophile suzukii. Pour protéger leurs cultures, Matthieu et Cornelia Müller ont donc investi dans des filets, qui offrent aussi l’avantage de créer un microclimat homogène. «Là où nous n’avons pas encore pu en installer, nous enduisons les fruits avec de l’argile qui masque la couleur noire des baies, car c’est elle qui attire les mouches», précise l’agriculteur.

 

Transformation au domaine

La cueillette intervient généralement fin août et s’effectue entièrement à la main. Une semaine à plein temps pour laquelle les Müller engagent une vingtaine de personnes. «Le rendement moyen est d’environ 5 tonnes, mais une bonne culture peut donner jusqu’à 8 tonnes à l’hectare.» Les baies récoltées, plutôt astringentes et très peu sucrées en bouche, ne se dégustent pas telles quelles, mais sont apprêtées sous différentes formes au domaine. «Une partie  est séchée, une autre transformée en jus. Le marc issu de l’extraction est ensuite moulu pour donner une poudre extrêmement riche en polyphénols, à consommer dans des yaourts ou des salades», explique Cornelia Müller.

Celle-ci fabrique aussi une liqueur ainsi qu’une petite gelée à tartiner. Des artisans de la région confectionnent également des bonbons et des gélules à partir de leurs baies. Leur clientèle est vaste et leurs préparations à l’aronia sont avant tout recherchées pour leurs propriétés intéressantes sur la santé (voir l’encadré ci-dessus). L’entier de leur production est écoulé en vente directe et dans leur boutique en ligne. «Nous sommes aussi distribués auprès d’une vingtaine de magasins bios de Suisse romande et des drogueries. De plus, quelques chocolatiers commencent à acheter nos baies séchées pour les intégrer à leurs créations.»

+ d’infos www.labiergerie.ch

Texte(s): Aurélie Jaquet
Photo(s): Olivier Evard

Multiples vertus

Originaire de la côte est du Canada et des États-Unis, l’aronia est une plante médicinale consommée par les Amérindiens depuis la nuit des temps. Riche en fibres et en vitamines A, B1, B2 et C, cette petite baie noire possède surtout des teneurs très élevées en polyphénols, une famille de molécules organiques aux forts pouvoirs antioxydants présents aussi dans les cassis, les airelles, les framboises ou les myrtilles. Si en Suisse la production d’aronia demeure rare, elle est très répandue en Europe de l’Est, notamment en Pologne.

Les producteurs: Cornelia et Matthieu Müller

Dans leur ferme de Bière (VD), au pied du Jura, Matthieu et Cornelia Müller, exploitent en agriculture biologique un domaine d’une quarantaine d’hectares, dont six à Montherod, où ils cultivent sur 7000 m2 leurs baies d’aronia. Une production qui vient compléter leur activité principale, celle de l’élevage de moutons et de chèvres allaitantes. Fils d’instituteur, Matthieu Müller, 35 ans, s’est formé comme ingénieur agronome, puis a travaillé au Service sanitaire pour petits ruminants et à Agridea. Cornelia Müller, 36 ans, est d’origine alémanique et a suivi une formation d’éducatrice spécialisée. Le couple a décidé de se lancer dans l’agriculture peu après son mariage. «Nous avons acheté nos deux premiers agneaux en 2009 et choisi, au fil du temps, de faire de ce hobby notre métier», expliquent-ils. Une reconversion rendue possible après avoir eu l’opportunité de reprendre le bâtiment qu’ils occupent actuellement à Bière, ancienne propriété de l’armée.