Michel Rochaix, la gouaille genevoise au service de la recherche à Changins

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Michel Rochaix, la gouaille genevoise au service de la recherche à Changins

Chaque mois, nous partons à la rencontre d’une personnalité qui a marqué le monde agricole romand ces cent vingt dernières années. Le Genevois Michel Rochaix a œuvré sans compter pour Agroscope.

Michel Rochaix, la gouaille genevoise au service de la recherche à Changins

Comment aurait réagi Michel Rochaix s’il avait dû affronter cette période de crise profonde que traversent actuellement la recherche agronomique helvétique et le site de Changins (VD) en particulier? «Sans doute aurait-il tapé du poing sur la table, comme il l’a si souvent fait», sourit le metteur en scène François Rochaix, son fils aîné. Michel Rochaix a dirigé la Station fédérale de recherche agronomique entre 1964 et 1980, faisant de Changins un haut lieu de l’expérimentation agronomique à la renommée internationale.

Notre homme naît en 1915 dans le Mandement genevois, dans une famille de viticulteurs. Son père, John-Marc Rochaix, agronome de formation et membre du Parti radical-démocratique, fait carrière dans la politique cantonale puis fédérale, comme conseiller national. En 1934, Michel Rochaix s’inscrit au Poly de Zurich. Il commencera sa carrière d’agronome sous les ordres d’un certain Friedrich Traugott Wahlen, en tant qu’expert fédéral du cadastre agricole.

Des Potasses à Expo 64

À 26 ans, il est nommé professeur de sciences à l’École d’agriculture de Marcelin (VD), puis œnologue cantonal. «Son activité d’enseignant et de conseiller fut une des périodes les plus lumineuses de sa carrière», lit-on dans la Revue suisse d’agronomie de 1975, où un article lui est consacré à l’occasion de ses 60 ans. Particulièrement au fait de la chimie et des techniques de fertilisation naissantes, il part pour Berne en 1947, avec femme et enfants, diriger l’entreprise Potasses SA. Au cours des années cinquante, il développe sur l’ensemble de la Suisse tout un réseau d’essais et tisse d’étroits liens avec les organisations agricoles, les praticiens et le monde politique. En parallèle, l’homme assume le secrétariat central de la Fédération romande des vignerons. «La viticulture est un domaine qui est toujours resté cher aux yeux de mon père», raconte François Rochaix. D’ailleurs, dans la maison de famille qu’il a construite à Mies (VD), où il résidera jusqu’à sa mort, Michel Rochaix soignait une vigne plantée de chardonnay, pinot et gamay. C’est d’ailleurs la seule de la commune. «Il répétait à l’envi que grâce à lui, Mies était la première commune viticole du canton de Vaud en venant de Genève…», confie Pierre-Henri Crausaz, collaborateur technique à Changins qui a travaillé sous les ordres de Michel Rochaix.
«Mon père aimait le risque, poursuit François Rochaix. Quand on lui propose de devenir responsable du secteur Terre et Forêts à l’Expo de 1964, il n’hésite pas une seconde.» Pourtant, l’expérience inquiète autant qu’elle fascine: «En se lançant dans cette création éphémère et synthétique de la Suisse agricole, il s’est embarqué dans une aventure à l’issue incertaine et nous avec!» Un choix de vie d’artiste en somme, que sa famille juge comme une véritable folie. «Mais le risque qu’il a pris s’est avéré payant», reconnaît François Rochaix. Immédiatement après l’Expo, son père est en effet nommé directeur des stations fédérales d’essais agricoles, d’abord à Lausanne, puis à Changins. «C’est lui qui négociera et convaincra Berne de l’importance de créer un centre de recherches englobant toutes les disciplines agricoles, viticoles et arboricoles, raconte Pierre-Henri Crausaz. Il a carrément réussi à faire venir le conseiller fédéral Schaffner à Changins pour lui présenter le site!» En 1974, la recherche pour la lutte intégrée bat son plein et le directeur de Changins pousse ses collaborateurs à s’impliquer dans des groupes de recherche internationaux. «Le problème de la sensibilité de la vigne à l’attaque de certains champignons semble lié aux techniques culturales. Il s’agit donc pour la recherche de placer la culture de la vigne au centre de toute préoccupation, et de comprendre les effets du milieu viticole sur la biologie du parasite…», explique-t-il dans un édito de la Revue suisse de viticulture.
À l’heure de prendre sa retraite, en 1980, Michel Rochaix peut enfin consacrer davantage de temps à sa vigne de Mies. Mais il ne cesse de participer à des congrès et des voyages d’experts. «Mon père se battait pour des causes auxquelles il croyait et n’avait pas peur de se mettre en danger, confie encore François Rochaix. À la fin de sa carrière, il a carrément menacé le Conseil fédéral de démissionner s’il effectuait une réduction de personnel à Changins!»

Texte(s): Claire Muller
Photo(s): Marcel G.