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Reportage outre-Sarine
L’homme qui gagne la confiance de ses taureaux grâce au chuchotage

À Unterengstringen (ZH), l’éleveur Armon Fliri pratique, depuis une quinzaine d’années, le chuchotage auprès de son troupeau d’angus et notamment de ses jeunes mâles. Avec succès!

L’homme qui gagne la confiance de ses taureaux grâce au chuchotage

Dans un enclos de dix mètres de diamètres, deux jeunes taureaux angus patientent, naseaux fumants dans l’air glacé du petit matin. Alors que leur éleveur pénètre dans le corral, ils dressent une oreille, puis filent, tête basse, dans la direction opposée. «Une attitude classique», observe Armon Fliri qui s’apprête à faire vivre à ses deux bêtes âgées de 9 mois leur première séance de chuchotage. Cette technique de dressage qui vise à établir un lien de confiance et de respect mutuel entre l’homme et l’animal, il la pratique depuis une quinzaine d’années sur le domaine de Sonnenberg, situé aux portes de Zurich.

Langage corporel
«J’ai découvert les théories de Monty Roberts, ce cavalier américain dont le savoir-faire a été popularisé par le film L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux, à travers ses écrits. Ça m’a tout de suite parlé.» À l’époque, le jeune paysan, originaire d’Engadine, cumule les expériences professionnelles d’abord comme responsable d’exploitation sur un alpage du col de l’Albula, puis dans un grand élevage d’angus à Murimoos (AG). «Que ce soit pour attraper du bétail au licol ou mener une vache sur un ring, la pratique était d’établir un lien de domination avec l’animal. J’ai commencé, comme beaucoup de mes collègues, à dresser mes bêtes en utilisant le relevage du tracteur, ce qui me posait un problème éthique. Le fait de s’imposer par la force ne me correspondait pas. Sans compter l’image désastreuse qu’on donne au grand public.» Après quelques essais concluants de chuchotage auprès de chevaux, Armon Fliri s’essaie aux bovins, avec succès. «Les méthodes sont similaires et fonctionnent même plus rapidement.»

Un animal libre de ses choix
Armon Fliri commence par observer le premier des deux taureaux. «Il faut d’abord faire connaissance avec l’animal. Est-il nerveux, craintif? Comment réagit-il quand je change de position?» L’éleveur se présente de profil, sans chercher le contact visuel, licol et bâton en main. Débute alors l’exercice de la «fuite contrôlé»: Armon Fliri se place légèrement derrière la bête, lui laissant le chemin de fuite libre, sans provoquer de panique. «Je lui fais petit à petit comprendre que j’attends quelque chose de lui, mais je lui laisse toujours la possibilité de s’écarter, il reste libre de ses choix.» Alors que, silencieusement, il se déplace dans l’enclos, levant parfois un bras, le taurillon trottine, à droite puis à gauche, avant de s’immobiliser. L’objectif de la conduite douce est atteint. «Il commence à comprendre que mes changements de gestuelle ont une signification.» Vient ensuite une série d’étapes (voir l’encadré ci-dessous) destinées à réduire la distance entre l’animal et lui afin d’établir un lien de confiance ainsi qu’une acceptation du licol et du bâton. Armon Fliri continue de donner des instructions au taureau, utilisant le langage corporel; il s’attache également à comprendre ses expressions. «La position des oreilles, de la tête, le fait qu’il commence à mâchonner ou qu’il urine sont des éléments de langage à comprendre.»
Au final, vingt minutes auront été nécessaires pour que le jeune animal de 420 kg change radicalement d’attitude et accepte d’être mené au licol avec docilité. Il faut bien dire qu’Armon Fliri, déconcertant de facilité et de décontraction, est un habitué des démonstrations. La demande pour les formations qu’il dispense aux quatre coins de la Suisse a d’ailleurs explosé. «L’avènement de l’élevage allaitant, la taille grandissante des troupeaux et la robotisation engendrent des contacts moins fréquents entre bovins et éleveurs, explique-t-il. Pourtant, comprendre le comportement des bovins, utiliser leurs caractéristiques pour gagner leur confiance et leur consentement en toute sécurité est essentiel.»

Texte(s): claire muller
Photo(s): claire muller

En chiffres

  • 34 hectares de surface agricole utile (SAU), dont 14 en céréales et en soja alimentaire, le reste en herbages.
  • 0,4 hectare de vignoble, pour une production annuelle de 3000 cols.
  • une trentaine de vaches mères angus
  • 17 chevaux en pension, 12 moutons

+ d’infos www.sonnenberg-buurehof.ch

Bon à savoir

Le licol pour entrer en contact
Une fois que la conduite douce est acquise, l’éleveur, toujours à distance, se sert du licol, qu’il lance sur le dos de l’animal, pour entrer en contact. Il le fait glisser délicatement sur le dos, puis le ventre, les jambes et l’encolure, tout en marchant parallèlement au taureau.

 

Réduire la peur du bâton
Armon Fliri réduit progressivement la distance et déplace ensuite avec précaution son bâton sur le dos de l’animal, puis sur toutes les parties du corps. Le percevant comme une prolongation du bras de l’éleveur, la bête comprend petit à petit qu’elle ne risque rien.

 

Faire accepter la main
Une fois que la bête accepte le rapprochement, l’éleveur peut enfin entrer en contact avec sa main, qu’il déplace également sur tout le corps du taurillon. Il prend cependant garde à rester positionné à hauteur de l’épaule, pour des questions de sécurité.

 

 

Conduire au licol et à la longe
Le licol enlace la tête de l’animal, la corde effleurant d’abord les oreilles, les yeux, la nuque. On fait ensuite comprendre au taureau l’utilité du licol, le conduisant à la longe. L’exercice sera reproduit cinq ou six fois avant que la bête soit menée sur un ring.

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