Élevage
Les tiques peuvent tuer une vache en un jour

Les arachnides sont porteurs de nombreux parasites. Ils peuvent notamment transmettre la babésiose au bétail, pathologie potentiellement fatale si elle n’est pas traitée à temps. Plusieurs cas ont eu lieu dans le Jura.

Les tiques peuvent tuer une vache en un jour

Difficile ne de pas penser au combat entre David et Goliath, tant leur taille diffère. Dans les pâturages, la menace ne vient pas toujours des plus grandes bêtes. Elle peut parfois être minuscule et se cacher dans les hautes herbes. C’est notamment le cas dans le Jura, où les tiques menacent des troupeaux de vaches allaitantes. Ces arachnides, dont se méfient à raison les randonneurs, sont en effet vecteurs de nombreux parasites comme celui de la babésiose – ou piroplasmose – pouvant entraîner la mort d’un chien, d’un ovin voire d’un bovin en vingt-quatre à quarante-huit heures.

Plusieurs cas ont été enregistrés dans la région du Clos du Doubs ces dernières décennies. Cette zone semblait être jusque-là la seule à être touchée par ce fléau, avant que des vaches ne succombent également de la babésiose dans des pâturages du Haut-Plateau d’Ajoie dernièrement. «Les tiques migrent en direction des Franches-Montagnes, où de tels cas ont été déclarés sur des bêtes paissant dans des prés à basse altitude, confirme Sabrina Neuhaus, vétérinaire dans le Jura depuis quinze ans. Plus les pâtures sont hautes en altitude, moins il y a de problèmes, puisque le froid les tue durant l’hiver.» «Les zones où elles sont présentes et potentiellement dangereuses pour les humains évoluent, on peut donc légitimement penser que c’est aussi le cas pour celles piquant le bétail, renchérit son collègue exerçant à Courgenay, Quentin Mazelier. On dispose toutefois pour l’heure de peu d’études sur la babésiose en Suisse.»

 

Saignements intérieurs

Lorsque les températures sont trop clémentes, les arachnides survivent à l’hiver, sortant de leur torpeur au printemps quand le bétail rejoint les prés. Si la tique est porteuse du parasite Babesia, sa morsure peut alors être fatale. «La babésiose cause une hémolyse, c’est-à-dire que les globules rouges des animaux touchés explosent. On trouve alors du sang dans leur urine et ils ont de la fièvre, poursuit la vétérinaire de Miécourt, qui n’avait pas connaissance de tels cas lorsqu’elle travaillait encore dans le canton de Fribourg. Si l’anémie est trop importante lorsque l’éleveur s’en rend compte, la vache peut mourir en un jour. On a encore beaucoup à apprendre sur cette maladie.»

Ce problème, bien connu en France voisine, touche désormais plusieurs secteurs du pays. En 2006 déjà, la Société des vétérinaires suisses informait ses membres au sujet de Babesia divergens, «connue depuis longtemps comme parasite des bovins en Suisse occidentale et méridionale. Des examens récents ont montré la présence autochtone de ce parasite en Suisse centrale et orientale également.» Aucune statistique n’existe cependant à l’échelle nationale, les cas ne devant pas être officiellement déclarés.

 

Salut de la nouvelle génération

Il existe toutefois des solutions pour tenter d’éviter que les tiques ne piquent le bétail. Certains éleveurs ont recours à un acaricide pour tenter de les repousser. Chaque mois, voire plus fréquemment en cas de précipitations, ils en couvrent leurs vaches, l’une après l’autre. Quand ils le peuvent, ils ôtent à la main les arachnides aperçus sur leurs bêtes avant qu’ils ne se gorgent de sang. C’est en effet lorsque les tiques se nourrissent qu’elles transmettent leur parasite. Mais cette opération, qui est réalisable bien que fastidieuse sur les vaches laitières, peut s’avérer carrément périlleuse lorsqu’il est question de bovins allaitants, moins habitués que ces dernières à être manipulés.

«Il est également possible d’injecter un médicament, le Carbesia, en usage thérapeutique ou préventif, poursuit Quentin Mazelier. Ce traitement engendre toutefois une interdiction de consommer le lait d’une vache traitée pendant une semaine et de sa viande pendant plus d’une centaine de jours. Il faut bien évaluer le coût et les conséquences qui découlent de son administration.» Reste une piste: miser sur l’immunité collective de son troupeau. «Une mère transmet ses anticorps à son veau. S’il est infecté à son tour, il en développera à son tour, ce qui lui permettra de survivre, poursuit Quentin Mazelier. Les éleveurs doivent donc penser à cela au moment de l’achat de nouvelles bêtes, par exemple en privilégiant les veaux issus d’exploitations voisines.»

Texte(s): Nicolas De Neve
Photo(s): Céline Duruz

Une autre zoonose transmissible

Les tiques sont également vectrices de la coxiellose ou fièvre Q, une maladie qui peut se transmettre au bétail comme aux humains. En 2019, Swissgenetics annonçait dans sa publication TORO que 10% des avortements des ruminants du pays découlaient d’une infection à cette bactérie. Les ovins sont particulièrement exposés, mais elle touche également les bovins. Lors de la perte de leur petit, les animaux – jusque-là asymptomatiques – excrètent énormément d’agents pathogènes. La prudence est donc de mise et des contrôles doivent être réalisés régulièrement afin de détecter la bactérie Coxiella burnetii. «La transformation de la viande ou d’autres produits animaux peut entraîner des infections par contact direct, confirme l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires. La transmission par le lait ou le fromage au lait cru est possible, mais joue un rôle plutôt secondaire.»