Der alémanique
Les minikiwis zurichois n’ont pas résisté au froid du printemps dernier

À Truttikon (ZH), voilà trente ans que la famille Keller s’est spécialisée dans la culture de minikiwis. Cette année, les gelées tardives auront cependant eu raison de la récolte, extrêmement faible.

Les minikiwis zurichois n’ont pas résisté au froid du printemps dernier

Protégée des courants, baignée par la Thur et le Rhin, la région du Weinland zurichois a des allures de pays de cocagne. L’ensoleillement exceptionnel, la douceur de l’air, les coteaux vallonnés culminant à 400mètres d’altitude à peine: tout est fait ici pour que les cultures spéciales – melons, tabac, asperges, etc. – prospèrent. Markus Keller l’avait bien compris il y a trente ans, quand il a proposé à ses parents qui souhaitaient stopper la production laitière de remplacer les vaches par… des minikiwis. À la fin des années huitante, l’ancien collaborateur de la station de recherche Agroscope Wädenswil plante alors plus de 600 arbres à minikiwis sur un peu moins d’un hectare dans son village natal de Truttikon. Et la démarche du pionnier fait tache d’huile: une dizaine d’arboriculteurs se lancent également, notamment sur les bords du lac de Constance où se concentre aujourd’hui le gros de la production helvétique de cette baie – aussi appelée kiwaï.

 

15 nuits de gel en 2021

«Le kiwaï résiste aux températures extrêmes l’hiver, bien plus que son cousin le kiwi, mais c’est une plante au débourrage précoce. À l’instar de la vigne, il peut sortir très tôt de sa dormance, parfois trop», glisse David Keller, le frère cadet de Markus, qui a repris la partie viticole et arboricole du domaine familial en 2006. Une particularité physiologique d’Actinidia arguta dont il a à nouveau fait la douloureuse expérience en cette année 2021 – ça avait déjà été le cas en 2017, se souvient-il: au printemps, la conjonction d’un hiver trop doux et de nuits glaciales au début du mois d’avril a littéralement réduit à néant les espoirs de récolte.

Dans la vaste parcelle située en bas d’un coteau de vigne, l’abondante végétation humide brille sous le soleil de septembre. Sous la canopée où s’enchevêtrent les lianes aux feuilles épaisses, David et son épouse Katja tâchent de repérer les quelques grappes précieuses qui ont malgré tout échappé aux affres de la météo. «Je m’attends à un total d’environ 200 kg cette année, contre 4 tonnes habituellement», pronostique David.

En avril, l’agriculteur, qui cultive en outre 2,5ha de vigne et travaille comme mécanicien sur machines forestières, a vite compris que la lutte serait vaine. «Dans notre région, nous avons décompté 15 nuits de gel consécutives, relate-t-il. Entre les frais de pompage, le coût de l’eau venue du réseau et l’achat de bougies, une nuit de lutte nous coûte 1000 francs. Jamais nous n’aurions pu nous permettre de tenir toute cette période!» Les jeunes pousses, qui mesuraient à peine quelques centimètres, ont immédiatement brûlé sous l’effet du froid – empêchant la floraison et donc la mise à fruit.

 

Cueillette au toucher

Malgré ce coup du sort, les Keller gardent le moral. Et sont déterminés à poursuivre leur culture si particulière. «Nous entretenons des rapports exceptionnels avec nos fidèles clients. Ce sont eux qui nous poussent à continuer», confie Katja. Pendant les deux mois que dure la cueillette, les Keller tiennent un stand sur les marchés de Schaffhouse, Winterthour et Zurich. Les habitués attendent la saison avec impatience et se ruent littéralement sur les barquettes. «On n’en a jamais assez!»

Car ce qui fait la réputation des minikiwis de Truttikon, en comparaison avec ceux achetés en grande surface, c’est leur maturité parfaite. «Quitte à parcourir les lignes plusieurs fois, nous prenons uniquement les baies mûres, pour que le goût et la sensation en bouche soient optimaux, précise Katja. C’est une étape gourmande en temps, en main-d’œuvre et en savoir-faire, car nous nous en remettons au toucher pour sélectionner chaque baie.» Cette année, les Keller n’auront pas besoin de leurs 2000 heures habituelles pour récolter leurs précieux fruits. «Mais le cœur y sera malgré tout!»

Texte(s): Claire Muller
Photo(s): Claire Muller

Le cousin du kiwi a plus d’un atout

À la différence de son cousin velu, le kiwaï, également appelé minikiwi ou kiwi de Sibérie, se consomme sans être pelé, ce qui le classe dans la catégorie des baies. Très sucré, il est de plus en plus apprécié pour ses vertus nutritionnelles, notamment sa richesse en vitamine C et en polyphénols. Venue d’Extrême-Orient, la plante est une liane volubile grimpante où poussent en grappes des fruits oblongs à la peau lisse et verte, d’environ 2,5 cm de long. «Les arbres alternent particulièrement fort, précise David Keller. L’étape de la taille hivernale est donc cruciale, a fortiori cette année, puisqu’ils n’ont quasiment pas porté de fruits.» Le minikiwi étant une plante dioïque, un huitième du verger est constitué d’individus mâles, judicieusement dispersés dans les rangs pour assurer la pollinisation. Si elle n’a pas véritablement été nécessaire cette année, l’irrigation est cependant indispensable à leur croissance. «Nous ne sommes pas certifiés bios, mais nous conduisons notre culture de minikiwis sans aucun intrant ni pesticide», assure enfin David Keller, qui rappelle que le minikiwi ne connaît aucun ennemi – à l’exception du gel tardif.