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Reportage
Les Jeunesses se mobilisent pour aider leur village

Un réseau d’entraide est né dans les campagnes grâce à des milliers de volontaires. Pour la Fédération vaudoise des jeunesses campagnardes, il marque le retour des valeurs de civisme et solidarité prônées lors de sa création.

Les Jeunesses se mobilisent pour aider leur village

Comme chaque semaine depuis plus d’un mois, Christiane Suter écrit soigneusement sa liste de course, puis la dépose dans sa boîte à lait, avec un sac et un peu d’argent. Âgée de 72 ans, cette habitante de Montblesson (VD) n’a plus besoin de se rendre au magasin pour faire ses commissions. Une dizaine de membres de la société de Jeunesse du village voisin de Vers-chez-les-Blanc (VD) se relaient pour l’aider depuis le début de la pandémie de coronavirus. «J’ai entendu parler d’eux par une amie. Ils me rendent bien service, même si parfois ils se trompent et je me retrouve avec des choux rouges à la place de choux blancs, plaisante-t-elle. À la fin du confinement, j’aimerais les rencontrer plus longuement pour pouvoir les remercier.»

Grâce à un système bien rodé et des mesures d’hygiène strictes, les contacts sont en effet très limités. Les jeunes volontaires se rendent au supermarché et à la boucherie par groupes de deux. Quelques heures plus tard, ils sonnent, déposent les produits devant la porte des familles et puis s’en vont. Actuellement, environ vingt ménages font appel à leurs services aux alentours de la localité. «On ne se croise pas toujours, mais nous recevons parfois des chocolats ou des petits mots, raconte Marylou Lienhard, présidente de la société. Certains ont même proposé de nous prêter leur minibus pour nous faciliter la tâche. L’ambiance est très chaleureuse!»

Organisation spontanée
Dans le canton de Vaud, cet élan de solidarité est sans précédent. Depuis quelques semaines, la quasi-totalité des Jeunesses  – soit plus de 200 sociétés – proposent leur aide pour effectuer des courses, promener des animaux, se rendre à la déchetterie ou à la pharmacie. «Tout a commencé avec un groupe qui a publié une annonce sur Facebook. En quelques jours, tous les autres ont repris. Le comité n’a rien imposé, c’est un bel exemple d’entraide spontanée», se félicite Lucie Theurillat, vice-présidente de la Fédération vaudoise des jeunesses campagnardes (FVJC). Grâce aux réseaux sociaux, à des affiches et à des tous-ménages distribués dans les villages, les bénévoles se sont rapidement fait connaître des habitants. Joignables grâce à un numéro de garde, ils se partagent ensuite les tâches via un groupe WhatsApp. «La plupart d’entre eux sont des étudiants ou des personnes qui télétravaillent. Ils sont heureux de pouvoir se rendre utiles.»

À une cinquantaine de kilomètres de là, la Jeunesse de Missy (VD) est aussi sur le front. Dans ce village de 400 habitants, la commune a décidé d’ajouter sa pierre à l’édifice en prêtant de l’argent aux bénévoles. «Ainsi, les personnes à risque n’ont pas besoin de sortir pour aller en retirer, ce qui évite tout risque de contamination. À chaque fois, nous demandons un double des tickets de caisse, ce qui permettra d’envoyer les factures à la fin de la crise», détaille le syndic, Olivier Thévoz. Un fonctionnement novateur, qui a été repris dans d’autres villages comme Étoy (VD), où près de huit livraisons sont effectuées chaque jour.

Inspirée par le mouvement, la Jeunesse de Noble-Contrée, qui rassemble les villages de Venthône, Veyras et Miège (VS), a profité de l’occasion pour valoriser ses commerces locaux. Chaque jour, les habitants peuvent directement appeler l’épicerie  villageoise pour passer commande. Une cinquantaine de personnes se chargent ensuite de les livrer. «Des jeunes de 14 ans se sont même portés volontaires. Il y a un vrai sens du devoir civique, fait remarquer Lionel Berclaz, vice-président de la société. À terme, nous espérons conserver une base de quelques bénévoles, afin de garantir une présence durable dans la région, dans les mauvais moments comme dans les bons.»

Soutenir la communauté

Les bons moments risquent toutefois d’être rares ces prochains mois. Les quatre girons 2020 de la FVJC – manifestations sportives pouvant rassembler jusqu’à 25 000 personnes en cinq jours –ont été reportés d’une année,tout comme le Rallye de Palézieux (VD), qui devait avoir lieu à la fin du mois de mai. Une première depuis la Seconde Guerre mondiale (voir l’encadré ci contre).«Nous craignons de perdre des sponsors, mais l’important est de garder notre motivation. Ce n’est que partie remise», assure Alain Chamot, président de l’organisation de la manifestation.

En attendant, les membres de la société du village ont mis en place un système de bons cadeaux pour favoriser les commerces locaux, une fois la crise terminée. Pour la vice-présidente de la FVJC, cette période est l’occasion de prouver que les Jeunesses ne se résument pas qu’à la fête et au sport. «Chaque année, les villageois accueillent chaleureusement nos événements, relève Lucie Theurillat. Il est temps de leur rendre la pareille et de rappeler pourquoi cette fédération a été créée: soutenir la communauté et renforcer les liens dans les campagnes.»

+ D’infos La liste des Jeunesses vaudoises mobilisées est disponible sur www.fvjc.ch

Texte(s): Lila Erard
Photo(s): François Wavre/Lundi 13

Des livraisons gratuites

En cette période de crise, les sociétés de Jeunesses sont loin d’être les seules à proposer leurs services. Des groupes de scouts se sont également portés volontaires, à Neuchâtel, Genève ou en Valais. De nombreux bouchers, traiteurs, boulangers et fromagers livrent désormais gratuitement les personnes à risque, telle la Boucherie Droux et Fils, à Estavayer-le-Lac (FR). Pour trouver en un clic les magasins qui offrent ce service autour de chez soi, consultez  les plateformes local-heroes.ch ou swissdelivery.ch, récemment mises en ligne.

Une fédération pour unir les campagnes

Présentes depuis le Moyen Âge dans le canton de Vaud, les sociétés de jeunesse se sont réunies au sein d’une Fédération vaudoise des jeunesses campagnardes (FVJC) en 1919, en pleine période d’exode rurale et d’abandon des campagnes par les jeunes. Son but: coordonner les forces agricoles, viticoles et montagnardes de la région, favoriser l’accomplissement des devoirs civiques de ses membres et le bon fonctionnement de la vie publique, d’où sa devise «Travail, Amitié, Progrès». Depuis, la «Fédé» vit chaque année au rythme de manifestations sportives telles que les girons, organisées par ses quelque 200 sociétés. «Jusqu’à cette année, ces événements n’avaient été annulés qu’une fois, en 1940, car la plupart des gens étaient mobilisés», raconte Gaëlle Brandt, présidente de la commission des archivesà la FVJC. Cette année, la situation est différente, car les membres peuvent jouer leur rôle premier qui est d’aider la population face à la crise sanitaire, observe-t-elle. «Ainsi, la Fédé se rapproche des buts qu’elle s’était fixés au départ, à savoir l’entraide dans les campagnes. Cela va sûrement modifier l’image parfois négative que certains ont de notre organisation. C’est une bonne chose.»

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