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Témoignage
Les exploitants contaminés s’organisent dans l’urgence

Continuer à assurer la bonne marche de l’exploitation quand on est atteint par le coronavirus demande de bonnes capacités d’adaptation. Et exige un gros effort pour concilier directives et charge de travail.

Les exploitants contaminés s’organisent dans l’urgence

Les agriculteurs ne sont pas épargnés par le Covid-19. Qu’ils aient quelques symptômes légers ou qu’ils soient cloués au lit avec une forte fièvre, la majorité des travaux de la ferme ne peuvent pas attendre. Se pose alors la question de qui va récolter les œufs, affourager le bétail, traire ou effectuer les semis… Or, les paysans ne sont pas tous égaux face aux possibilités de se réorganiser dans l’urgence, la structure de l’exploitation influençant la manière d’y faire face. Certains arrivent à parer aux tâches les plus pressantes avec l’aide de leurs employés ou apprentis, respectant une quarantaine stricte pour ne pas les contaminer. D’autres doivent continuer malgré tout par manque de personnel. «J’ai eu de la fièvre pendant une dizaine de jours, avec des maux de tête importants, témoigne un éleveur fribourgeois. En dépit de la fatigue, je ne pouvais tout simplement pas arrêter de travailler.»
L’Office fédéral de la santé publique recommande à toute personne qui a de la toux, des maux de gorge, un essoufflement et/ou de la fièvre ou des douleurs musculaires, ou ayant eu contact avec quelqu’un présentant ces symptômes, de se mettre en auto-isolement. Dans les faits toutefois, il est souvent difficile pour les agriculteurs de respecter ces directives, qui impliquent notamment de sortir le moins possible de sa chambre. «Une partie de la famille a dû rester alitée, explique une agricultrice vaudoise. Comme mon mari et moi-même avions des symptômes plus légers, nous avons pu continuer à gérer notre bétail laitier. Mais ce sous-effectif a engendré une surcharge de travail conséquente. Nous sommes épuisés.»

Aide sous condition
Les services de dépannage agricole mis en place par les cantons peuvent représenter une aide bienvenue, d’autant plus que les mesures d’isolement se prolongent au minimum une dizaine de jours. Malgré les précautions d’hygiène mises en place, certains dépanneurs redoutent cependant d’intervenir, par peur d’être contaminés et de mettre en danger des personnes à risque de leur entourage. «Des agriculteurs atteints nous ont contactés, afin de se renseigner sur les possibilités qui s’offrent à eux, note Lionel Gfeller, directeur de Terremploi à Lausanne (VD). Pour l’instant, nous arrivons à répondre positivement à la demande, mais si des dizaines d’exploitants venaient à être malades, cela poserait des problèmes de main-d’œuvre.»
Il n’est pas rare que plusieurs générations vivent sous le même toit, ce qui représente un défi supplémentaire pour protéger les aînés, une population à risque. Ceux-ci prennent souvent en charge certaines tâches, comme la livraison de lait à la laiterie. Pour les protéger, il faut veiller à limiter au maximum leurs contacts avec des personnes extérieures. «Mon père, âgé de 72 ans, travaille d’habitude avec moi sur l’exploitation, explique un paysan vaudois. Il s’occupe normalement de la traite du matin et de celle du soir. J’ai été diagnostiqué positif au Covid-19. Mon associé, qui a d’ordinaire un emploi à temps partiel à l’extérieur, a heureusement pu prendre le relais.»

Préserver les aînés
Le regard des autres n’est pas forcément facile à affronter non plus: dans les campagnes, les rumeurs vont vite et les personnes atteintes par le virus peuvent être stigmatisées lorsque la norme est l’autoquarantaine stricte dans sa chambre. Un agriculteur a ainsi vu la gendarmerie débarquer chez lui, suite à la dénonciation d’un voisin qui l’avait vu travailler dans ses champs… «Les gendarmes ont vérifié que je respectais les mesures d’hygiène et de distanciation sociale. J’avais également interdit l’entrée dans les écuries à toute personne étrangère.» La fin du confinement ne signifie pas nécessairement un retour à la normale pour les agriculteurs touchés. «Nos apprentis n’ont pas pu prendre leurs jours de congé habituels pendant la période d’isolement, car ils ne devaient pas quitter la ferme, explique une exploitante vaudoise. Nous leur permettons de rattraper ce retard maintenant, mais cela implique une surcharge de travail pour nous.»

Texte(s): Véronique Curchod
Photo(s): DR

Questions à...

Jonathan Fisch, Office fédéral de l’agriculture (OFAG)

Quelles sont les restrictions générales à appliquer?
Lorsque plusieurs personnes travaillent ensemble, les distances de sécurité mutuelle recommandées, ainsi que les mesures d’hygiène personnelle telles que le lavage régulier des mains, doivent pouvoir être respectées. L’organisation doit être adaptée de manière à éviter les regroupements de plus de cinq personnes. La vente directe de denrées alimentaires à la ferme peut être poursuivie.

Un agriculteur en quarantaine à cause du Covid-19 a-t-il le droit de travailler sur son exploitation?
D’une manière générale, lui et sa famille devraient rester à la maison en évitant dans la mesure du possible d’entrer en contact avec d’autres personnes et des animaux. Cette disposition vise à limiter la propagation du virus. Les soins au bétail doivent cependant être garantis. Idéalement, il faudrait faire appel à une personne extérieure pour l’affouragement et la traite. Si ce n’est pas possible, les contacts avec les animaux de rente doivent être limités au minimum. Le risque de transmission des animaux de rente aux hommes est considéré comme très faible. Ceux-ci ne jouent pas de rôle dans le développement de l’épidémie actuelle.

Peut-il alors continuer à commercialiser ses produits alimentaires?
Oui, cela est autorisé. Toutefois, il faut veiller à ce que les produits destinés à la commercialisation soient manipulés et livrés par une autre personne. Aucun cas de transmission du coronavirus à l’être humain via des aliments tels que le lait ou les légumes n’est connu. Il convient cependant de continuer à respecter les règles d’hygiène de base lors de leur manipulation.

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