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Reportage
Les experts sont au chevet des vignes gelées

Les gelées printanières ont causé d’importants dégâts aux cultures, notamment à la vigne. Dans les Côtes de l’Orbe (VD), les spécialistes visitent les parchets afin d’estimer les dommages.

Les experts sont au chevet des vignes gelées

Triste spectacle dans les Côtes de l’Orbe! Devant les parchets de vigne situés au pied du village d’Arnex-sur-Orbe (VD), le regard est attiré par des rameaux noircis, aux bourgeons pendants et aux minuscules grappes affaissées. Secoué par des rafales de bise, le pied du coteau a piètre allure. Comme dans le canton de Genève, le Vully et, dans une moindre mesure, le Valais, les vignes des Côtes de l’Orbe ont de la peine à se remettre de la vague de froid qui s’est abattue sur la Suisse romande ce printemps. La nuit du 5 au 6 mai a notamment été particulièrement froide, avec des températures au sol enregistrées à la station d’Arnex-sur-Orbe de -2,9°C. «Le 6 mai au matin, j’ai retrouvé mes collègues vignerons du village, après avoir constaté les dégâts dans le vignoble, raconte Pierre-Alain Ogay. On avait l’impression de revivre le scénario du printemps 2017.» Deux ans après les gelées dévastatrices de cette année-là et les récoltes catastrophiques qui se sont ensuivies, les vignerons d’Arnex, qui encavent pour la plupart, subissent encore pour certains les conséquences de ce terrible gel. Pierre-Alain Ogay n’avait vendangé que 250 grammes au mètre sur sa parcelle de gamay. «Financièrement, il nous a fallu avoir les reins solides ces deux dernières années.» Pour ne plus revivre pareille déconvenue, il a décidé de s’assurer contre le gel. «Face à des accidents climatiques de plus en plus nombreux, c’est un filet de sécurité que je juge désormais nécessaire.»

Décompte des bourgeons gelés
Le vigneron vaudois a annoncé les dégâts à Suisse Grêle le jour même. La semaine dernière, deux experts dépêchés par l’assurance sont venus inspecter son vignoble ainsi que celui de ses voisins. «Lors de la première visite qui a lieu dans les jours qui suivent la déclaration de sinistre, nous venons sur place constater les dégâts», expliquent Daniel Rossier et Jacques Félix, vignerons à Lavigny (VD) et Cortaillod (NE). Tablette en main, ils estiment dans chaque parcelle le nombre de bourgeons sur les rameaux – entre 8 et 12 –, puis déterminent celui touché par le gel. La tâche est délicate. Il s’agit en effet d’établir une moyenne sur des parcelles où le gel a frappé de façon très hétérogène. «Le bas des coteaux est sinistré, mais le haut ne semble pas avoir subi de dégâts», confirme Pierre-Alain Ogay. Ces données relatives aux bourg eons permettront d’établir un constat des dommages. «Elles nous servent uniquement à comprendre l’intensité du gel. Mais elles n’interviendront pas dans le calcul de l’indemnisation finale, relève Pierre Sauty, vigneron à Denens (VD) et responsable du groupe d’experts. Elles sont insuffisantes pour estimer un taux de perte.» D’ici un mois, Daniel Rossier et Jacques Félix reviendront donc dans les Côtes de l’Orbe. «La floraison sera passée et l’on distinguera clairement les grappes de raisin. On pourra ainsi mieux estimer le potentiel de récolte.» La troisième et dernière visite interviendra quelque temps avant les vendanges, afin de comptabiliser exactement le déficit en raisin imputable au gel et ainsi décider du montant de l’indemnisation.

Écouter les sinistrés
Tout en palpant la végétation de façon à déterminer sa vitalité, les deux experts prennent le temps d’écouter. «Les producteurs frappés par un tel coup du sort apprécient d’être soutenus par des personnes qui sont avant tout leurs collègues», signale Pierre Sauty. Pour ce dernier, l’expert a aussi la mission d’être à l’écoute des vignerons touchés. Pierre-Alain Ogay reste, quant à lui, philosophe. Par rapport à 2017, les dégâts semblent relativement limités cette année. «Pas sûr qu’il y ait 10% de perte et que l’assurance entre en matière pour me rembourser le manque à gagner. Mais je ne regrette pas pour autant de l’avoir contractée. C’est rassurant de savoir qu’on est couvert en cas de dommages.» Même son de cloche chez Frédéric Gauthey, gérant du domaine de l’Orme à Arnex-sur-Orbe, dont une partie des 5,5 hectares de vigne a été touchée par le gel: «Cette année, je n’ai pas hésité à prendre une assurance contre le gel, même si la franchise est de 25%. Quand on vinifie toute sa production, on prend des risques énormes. S’assurer, c’est être responsable!»

Texte(s): Claire Muller
Photo(s): Claire Muller

500 hectares assurés à Genève

Si 260 parcelles de vigne ont été visitées par les experts de Suisse Grêle dans le Nord vaudois et le Vully, plus de 600 ont également été annoncées auprès de Suisse Grêle dans le canton de Genève. «C’est notamment la Champagne et les villages de Soral, Laconex et Chancy qui ont été touchés, ainsi que le vignoble de Dardagny cette année», indique Florian Favre, de l’Office genevois de viticulture. En 2019, un bon tiers du vignoble genevois – 500 hectares – est assuré contre le gel, au lieu de seulement 80 hectares il y a deux ans.

La couverture gel séduit

Il n’existe sur le marché suisse qu’une seule assurance pour se prémunir du gel dans les cultures spéciales. Elle est proposée par Suisse Grêle. La coopérative basée à Zurich, qui détient par ailleurs le monopole de l’assurance pour les cultures agricoles dans le pays, propose une extension gel à l’assurance grêle depuis deux ans. «Suite aux épisodes répétés de sécheresse et de gel, la demande pour des couvertures contre les accidents climatiques est en augmentation ces dernières années», observe le directeur de Suisse Grêle, Pascal Forrer. Ainsi, si une assurance gel (pour vignes, fruits et baies) a été contractée par 150 exploitations en 2017, plus de 1100 producteurs se sont assurés cette année.
«Comme pour la grêle, les vignerons peuvent assurer un capital, explique l’expert Pierre Sauty. Ils décident eux-mêmes de la somme selon qu’ils encavent ou livrent leur raisin. Suisse Grêle entrera en matière pour les exploitations dont les pertes se situent entre 10 et 60% du quota que le producteur pouvait vendanger.» En 2019, la valeur des cultures assurées contre le gel représente 68,3 millions de francs. «Les producteurs sont beaucoup plus sensibles à la gestion des risques climatiques, poursuit Pierre Sauty. Comment les réduire est devenu pour eux une question centrale.»

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