Les crottes de chien dans les prés sont un vrai fléau pour les paysans

Agriculture Animaux
Reportage
Les crottes de chien dans les prés sont un vrai fléau pour les paysans

Laisser son chien faire ses besoins dans une prairie où paissent des vaches peut avoir de graves répercussions. Une seule déjection peut causer l’avortement d’un bovin. Des éleveurs en ont ras le bol, l’un d’eux l’a même affiché clairement sur les ­piquets de sa prairie.

Les crottes de chien dans les prés sont un vrai fléau pour les paysans

«Nous sommes contraints d’interdire l’accès des pâturages aux chiens.» Affiché en bordure de champ dans la commune vaudoise des Clées, le message interpelle le badaud. Et c’est bien le but. Depuis quelques semaines, l’agriculteur Sylvain Berthoud a décidé d’agir. L’éleveur de Bretonnières (VD) est remonté. «Cette année, trois de mes vaches ont avorté coup sur coup dans la même prairie. Une fois je veux bien, mais trois fois consécutives, c’est trop! Câline a perdu son veau ce printemps, puis Alaska cet été et enfin Capucine cet automne. J’ai heureusement réussi à sauver son veau, né prématurément à huit mois. Mais c’est un crève-cœur à chaque fois.»
Les drames se sont déroulés dans le pré qu’il possède dans le village du Nord vaudois, prisé par les chiens, ravis d’y faire leurs besoins. Si une crotte dérange sur un trottoir en ville ou agace sur une plage, elle peut avoir des conséquences autrement plus graves, voire mortelles, dans l’herbe fraîche. En cause? Un agent infectieux mortel pour les bovins, la néosporose, présent dans les selles de certains canidés.

Réaction de la commune
Cette épizootie, souvent asymptomatique chez nos compagnons à quatre pattes (voir l’encadré), cause des avortements chez les génisses et les vaches. Aucun traitement ni vaccin n’existe pour l’heure, les éleveurs ne pouvant que constater les dégâts lorsqu’ils viennent rendre visite à leur troupeau. Or un simple geste suffirait à éviter des souffrances inutiles. «Les promeneurs ne ramassent pas toujours les crottes de leur chien, regrette Sylvain Berthoud. Certains pensent que la nature leur appartient, mais ces champs sont à moi, c’est mon outil de travail. Cela reste des parcelles privées. J’ai donc dû me résoudre à leur en interdire l’accès pour éviter les drames.»
Sur ses affiches, il déclare être prêt à dénoncer les contrevenants pris en flagrant délit au juge de paix. «Je n’ai pas envie d’en arriver là, souligne-t-il. Avec cette pancarte, je veux surtout sensibiliser les marcheurs, leur expliquer ce qui s’est passé ici. Je ne suis pas contre les chiens, j’en ai moi-même un. Mais s’ils aiment voir les vaches dans les prés, il faut qu’ils fassent gaffe.» Prenant la situation au sérieux, la commune des Clées a écrit une lettre aux propriétaires, leur rappelant de toujours ramasser les besoins de leur animal, même en hiver. «On comprend bien qu’il n’est pas toujours facile de trouver où son chien a fait sa crotte dans une vaste prairie, souligne le vice-syndic, Gérard Conod. Mais il faut faire un effort. On a même installé des poubelles spéciales à cet effet il y a plusieurs années pour essayer d’endiguer le phénomène.»

Condamnations à la chaîne
Si la plupart des propriétaires se plient à cette tâche – certes déplaisante –, d’autres irréductibles refusent encore et toujours de le faire. «Le plus dur, en plus de perdre un veau, c’est que sa mère aussi est condamnée, poursuit Sylvain Berthoud. Elle ne donnera pas de lait et met beaucoup de temps à s’en remettre. Les coûts vétérinaires peuvent être importants. Ces vaches finissent souvent à la boucherie.» Il estime ainsi avoir perdu plus de 7000 francs cette année à cause de cette maladie, qui empoisonne aussi le quotidien d’autres éleveurs de la région. Le ton n’est pas toujours cordial en bordure des prés. Il monte parfois rapidement. «On se bat depuis des années pour que les gens promènent leur chien en laisse au moins jusqu’à la forêt, tonne l’un d’eux. C’est une question de respect!» Las, il se dit prêt à porter plainte au prochain cas, à défaut de pouvoir amender les contrevenants.
Le problème n’est en effet pas nouveau. Le rôle de Médor dans les contaminations a été prouvé il y a une dizaine d’années déjà et cette épizootie est présente dans le monde entier. Les chiens, mais apparemment pas les renards, peuvent devenir porteurs de la néosporose après avoir mangé de la viande ou des tissus crus, voire des placentas infectés. «Les chiens, mais aussi les dingos, les loups et les coyotes peuvent excréter dans leurs excréments des formes du parasite résistantes, appelées oocystes, détaille Walter Basso, docteur et professeur à l’Institut de parasitologie de Berne. Ces dernières peuvent contaminer l’environnement et infecter d’autres animaux.» Mais la première cause de contamination reste la transmission directe de la mère à son veau. Celle-ci est donc quasiment condamnée d’office, au grand dam des agriculteurs.

Texte(s): Céline Duruz
Photo(s): Thierry Porchet

Un agent infectieux mortel et intraitable

La néosporose ne se transmet pas aux bovins uniquement par le biais des chiens. D’autres carnivores jouent un rôle ailleurs sur la planète, mais apparemment pas les renards, selon l’Office fédéral vétérinaire (OSAV). Les chiens contaminés sont les hôtes finaux de cet agent infectieux, baptisé Neospora caninum, intransmissible à l’homme. Il peut provoquer des avortements et des lésions embryonnaires chez les vaches. Les symptômes de cette maladie sont une paralysie progressive des membres postérieurs, des troubles de la coordination, des tremblements, de la fièvre, une respiration difficile et de la diarrhée. Mais chez de nombreux animaux, dont les chiens, la maladie reste asymptomatique, souligne l’OSAV. Des cas de cette épizootie, dont le statut est à surveiller en Suisse, ont été constatés dans le monde entier. Tous les cas doivent être annoncés au vétérinaire cantonal.
+ D’infos www.blv.admin.ch

Questions à...

Giovanni Peduto, vétérinaire cantonal vaudois

  • Selon la banque de données de l’Office fédéral vétérinaire, 36 cas de néosporose ont été confirmés en Suisse cette année. Qu’en est-il du canton de Vaud?
    Six analyses ont été faites en 2017, mais toutes se sont révélées négatives. Je pense toutefois que les chiffres avancés, en tout cas au niveau cantonal, ne reflètent pas la réalité. Ils sont sous-estimés.
  • Comment expliquer cela?
    Les coûts des analyses peuvent décourager les éleveurs. Ils doivent les prendre entièrement à leur charge étant donné que la néosporose est une épizootie dite «à surveiller» et non pas «à éradiquer». Ils ne sont donc pas indemnisés. Il faut compter 42 francs pour dépister les anticorps dans le sérum de la mère, ce qui est moins prédictible, ou faire analyser le cerveau du veau à Berne, ce qui coûte environ 81 francs. Beaucoup d’éleveurs y renoncent. La collecte des données est donc partielle.
  • Que peut-on faire pour y remédier?
    C’est difficile. On connaît pour l’heure assez bien la transmission de cette maladie, verticale, c’est-à-dire que c’est la mère qui la transmet à son veau. Il n’existe ni traitement ni vaccination et il n’y a pour le moment pas de projet d’éradication de l’épizootie dans le pays.