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Point fort
Les agriculteurs s’organisent pour garantir l’arrosage de leurs cultures

La gestion de l’eau est devenue une question cruciale pour les producteurs du Plateau. Les projets de réseaux pour irriguer les champs se multiplient. Reportage à La Côte, où un tel système existe depuis 1981.

Les agriculteurs s’organisent pour garantir l’arrosage de leurs cultures
Les pluies de ces dernières semaines nous ont fait oublier que ce début d’année a été très sec. Pas une goutte d’eau n’est tombée à Genève pendant 43 jours ce printemps, du jamais vu depuis des décennies. Ce manque de précipitations, ponctuel mais récurrent, pousse les agriculteurs à trouver des solutions pour assurer l’arrosage de leurs cultures. «La gestion de l’eau est un défi dont l’importance va devenir de plus en plus grande, confirme Marco Meisser, directeur de MandaTerre, filiale de Prométerre spécialisée dans la protection des ressources naturelles. D’un bout à l’autre du Plateau, les producteurs se regroupent en syndicats ou en coopératives pour gérer l’or bleu essentiel à leur travail, en élaborant des projets de réseaux d’irrigation parfois gigantesques (voir l’encadré).

De l’eau au bout du champ
À La Côte, un tel outil existe depuis quarante ans. «En 1975, des agriculteurs se sont unis pour constituer le Syndicat d’arrosage de Nyon et environs (SANE), raconte Reynald Pasche, arboriculteur à Prangins (VD). Les sécheresses posaient déjà des problèmes à l’époque, surtout sur le coteau de Begnins, très séchard.» Le débit des ruisseaux étant trop faible pour permettre d’arroser les champs, les producteurs se sont tournés logiquement vers le lac Léman. «Un accord a été conclu en 1978 avec la société chargée de l’approvisionnement en eau potable dans la région. Elle pompe l’eau à 50 mètres de profondeur et à plus d’un kilomètre des rives», poursuit Reynald Pasche. Les premières cultures ont pu être irriguées en 1981. Cette pratique ne s’est jamais interrompue depuis lors. Plus de 500 prises ont été installées en bout de parcelles, fournissant de l’eau sous pression en tout temps grâce à l’action de neuf stations de remise en pression réparties sur le territoire. «Les agriculteurs doivent appeler la personne de service tôt le matin pour demander une permission d’arroser, détaille Reynald Pasche, actuel président du SANE. On a généralement besoin de le faire tous en même temps, il faut donc que l’on répartisse le débit.»

Petit à petit, le réseau de conduites souterraines s’est étoffé: long de 73 kilomètres, il dessert 18communes, permettant à quelque 200 propriétaires d’arroser 1730 hectares de Vinzel à La Rippe en passant par Givrins. Sa capacité de pompage maximale est de 17000 litres/minute, du printemps à l’automne. Ce sont ainsi 350000 m3 d’eau qui sont utilisés par an, en moyenne, dans la région. «Je me souviens que mon oncle a passé des heures à élaborer ce projet complexe, raconte Reynald Pasche. Je remercie ces visionnaires, je ne pense pas que l’on aurait eu la force d’en créer à l’heure actuelle.»

Un  outil vital à la région
Mis en place à l’origine pour irriguer le vignoble, ce réseau alimente aujourd’hui les vergers, les champs de salades et même de grandes cultures. Il ne peut toutefois pas être utilisé dans la lutte contre le gel. «La météo a bien changé ces dernières années, passant d’un extrême à l’autre, constate le maraîcher Laurent Zwygart, l’un de ses plus gros utilisateurs. Avoir de l’eau sous pression au bout du champ est un vrai luxe, c’est même essentiel lorsque l’on fait pousser des légumes.» Le maraîcher planifie d’ailleurs la rotation de ses cultures en fonction des moyens d’arrosage qu’il a à disposition sur ses parcelles. «Sans ce système, on garderait peut-être tous des moutons ici, rigole Reynald Pasche. Sa réalisation a permis de conserver la production et l’économie locale.»

Une modernisation continue
Aujourd’hui, le système a été informatisé et les conduites sont régulièrement changées afin de maintenir cet outil en bon état. La géolocalisation des prises sera bientôt mise en service et des alarmes et détections des fuites ont été programmées pour gérer la distribution de l’eau au mieux. Ce réseau, l’un des plus grands du pays, est devenu un modèle à suivre pour d’autres agriculteurs romands, venus voir comment il fonctionne.

Mais après une génération de bons et loyaux services, de nouvelles questions se posent, comme l’intégration de nouveaux bénéficiaires dans un réseau aux capacités limitées. «Comment peut-on les accepter sans péjorer le fonctionnement du système, la capacité de pompage maximale ne pouvant être dépassée? demande Marco Meisser. Ce sont des interrogations auxquelles le syndicat devra répondre.» Pour assurer sa survie, le SANE doit également continuer à vendre de l’eau, au risque de disparaître comme celui de Founex, à quelques kilomètres de là. Celui-ci a cessé son activité lorsque les villas ont remplacé les cultures, rendant son usage inutile.

Texte(s): Céline Duruz
Photo(s): François Wavre/Lundi13

Projets en gestation

Dans le Seeland
La communauté d’intérêts Pro Agricultura Seeland espère résoudre les problèmes de drainage et d’irrigation des champs grâce à la 3e correction des eaux du Jura. Le projet réunit 350 délégués de 230 communes des cantons de Vaud, Fribourg, Neuchâtel, Berne et Soleure. Le chantier, prévu d’ici 2050, est estimé à 1 milliard de francs.

Dans la région de Faoug (VD)
Un ambitieux projet est en gestation autour de Faoug. Il est à cheval sur trois cantons, ceux de Vaud, Fribourg et Berne, où se trouvent la majorité des terres et chargé du pilotage.

De Chevroux à Payerne (VD)
Un avant-projet a été déposé en mars 2019 pour irriguer les domaines sur les communes de Chevroux, Grandcour et Payerne avec de l’eau du lac de Neuchâtel. Une association est en
train de se constituer.

Autour de Granges-Marnand (VD)
Une nouvelle étude a été lancée pour trouver une solution pour irriguer les cultures sur territoire vaudois et fribourgeois par une autre source que la rivière la Broye.

D’Yvonand à Thierrens (VD)
L’eau du lac de Neuchâtel pourrait servir à arroser les cultures poussant entre les deux villages, dans un périmètre suivant le cours de la Menthue.

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