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Décryptage
Le suivi de troupeau, pour améliorer la rentabilité de l’exploitation

La médecine préventive, qui prend en compte l’ensemble du troupeau, aide à mieux maîtriser la reproduction de chaque vache, et par conséquent la production laitière. Elle commence à se développer chez nous.

Le suivi de troupeau, pour améliorer la rentabilité de l’exploitation
«Lorsqu’on n’est que deux pour gérer une soixantaine de vaches laitières, sans compter les grandes cultures, il n’est pas toujours évident de bien observer les chaleurs, note Jean-David Teuscher, de Mont-la-Ville (VD). J’avais donc des problèmes de fécondité dans mon troupeau, n’arrivant pas à maintenir le rythme d’un veau par vache et par année. D’autant plus que c’est un des points faibles de la holstein. Ces lactations plus longues avaient pour corollaire des pertes économiques liées à une production de lait plus faible.»Nombreuses sont les exploitations laitières à connaître des difficultés similaires. La plupart du temps, elles font alors appel au vétérinaire – au cas par cas. Pourtant, le suivi de troupeau, qui implique un contrôle systématique à intervalles réguliers de toutes les vaches, permet d’améliorer de manière significative la situation.

L’éleveur du pied du Jura a opté pour cette solution l’automne passé. Il en constate déjà les premiers effets bénéfiques. «Ces visites régulières m’obligent à suivre chaque bête de manière plus spécifique. Je sais précisément sur quelles vaches et à quel moment axer la vigilance, ce qui simplifie la gestion quotidienne. Et en cas de problème, je peux intervenir plus rapidement.»

Un partenariat gagnant
Les paramètres susceptibles de limiter les heures passées à la surveillance du troupeau sont légion: augmentation du nombre de têtes, baisse de la main-d’œuvre, mode de détention en stabulation libre, surcharge de travail… Dans ces conditions, il est souvent difficile de repérer quelles vaches sont en chaleur et doivent être inséminées, d’autant plus que certaines ne les expriment pas. Sans compter les raisons médicales d’une baisse de la fertilité – par exemple un cycle qui ne redémarre pas après le vêlage. «Je suis convaincue du bénéfice d’un suivi de troupeau pour l’éleveur, souligne Véronique Schneider, vétérinaire chez SOVET, à Senarclens (VD). Notre cabinet a fait le choix de se former intensivement en médecine préventive, notamment au Canada où cette pratique est ancrée dans les exploitations depuis des dizaines d’années. Nous la considérons comme un élément clé pour la rentabilité des exploitations laitières, mais aussi allaitantes.»

Examen post-partum pour vérifier l’absence d’endométrite, suivi des chaleurs jusqu’à l’insémination, examen de gestation à 28 jours puis un mois plus tard: chaque vache est surveillée attentivement jusqu’à ce qu’elle soit portante. «Si la fertilité est souvent au cœur des préoccupations de l’éleveur, nous devons néanmoins garder un regard global sur la situation, incluant l’alimentation, les bâtiments, la santé du pis, la santé des veaux et des génisses», note la vétérinaire vaudoise. Une boiterie influence ainsi négativement la fertilité. Idem pour une stabulation au sol glissant qui permet moins à la vache d’exprimer ses chaleurs.

Optimiser la gestion
Vérifier la ration fait également partie du suivi de troupeau. Les troubles de la fertilité ont en effet souvent pour origine des erreurs d’alimentation. «Après avoir pris connaissance d’une note d’état corporel un peu faible de mes vaches avant vêlage, j’ai amélioré la valeur énergétique de la ration à cette période charnière, explique Guy Desmeules, de La Praz (VD). La fertilité s’est améliorée depuis lors.» Pour que le succès soit au rendez-vous, l’exploitant doit avoir une certaine rigueur, en consacrant régulièrement du temps au suivi. Et en acceptant de remettre en cause certaines de ses pratiques.

Comme il est rare qu’un seul paramètre intervienne, les effets positifs ne sont pas toujours visibles tout de suite, mais à long terme. «Bien sûr, ce suivi engendre des frais, note Jean-David Teuscher. Mais nous avons calculé qu’en diminuant la période entre les vêlages, je pouvais espérer un gain en production laitière d’environ 15000 francs par année. Cet investissement est donc vite rentabilisé, d’autant plus que le coût par vache est raisonnable.» «Je suis surpris qu’il n’y ait pas plus d’exploitants qui y aient recours, car je suis persuadé que c’est nécessaire de nos jours pour être performant, ajoute Guy Desmeules. Il y a toujours des points à améliorer.»

Texte(s): Véronique Curchod
Photo(s): DR

Bon à savoir

Le déroulement du suivi de troupeau se discute entre l’éleveur et son vétérinaire en fonction des besoins de l’exploitation. Le rythme des visites est en général d’une fois tous les quinze jours, mais il peut être espacé à une fois par mois, voire moins. Selon les souhaits, on peut se limiter à la question de la fertilité ou étendre le suivi à la santé des onglons, de la mamelle et des veaux; de même, la prestation ne se limite pas aux vaches laitières, les vaches allaitantes pouvant aussi en bénéficier. Le suivi est en général facturé par le vétérinaire soit à l’heure, soit sous la forme d’un forfait par vache et par année.

Questions à...

Maria Welham Ruiters, vétérinaire au Service sanitaire bovin

Comment s’est développé le suivi de troupeau ces dernières années?
Depuis la création du Service sanitaire bovin en 1998, nous essayons de promouvoir la médecine de troupeau. Malheureusement, je suis obligée d’admettre que celle-ci peine à s’imposer en pratique! Selon les échos de collègues praticiens, seules 10% environ des exploitations suisses recourent à ce modèle. Prévenir plutôt que guérir n’est pas encore entré dans les mœurs; en comparaison, en Allemagne, certains cabinets se consacrent exclusivement à cette thématique. Pour l’heure, les exploitations suisses qui optent pour un suivi privilégient la question de la fertilité. Aborder de façon systématique la santé de la mamelle et des onglons est une pratique extrêmement rare.

Qu’est-ce qui freine sa mise en œuvre?
En tout cas pas le manque d’intérêt des vétérinaires, car les cours que nous proposons sont plébiscités. Mais il est parfois difficile pour eux de libérer suffisamment de plages horaires pour des examens réguliers. Du côté des éleveurs, la difficulté de chiffrer les économies réalisées en traitements et celle d’évaluer l’augmentation attendue de la productivité font que certains peinent peut-être à être convaincus. Il est plus facile de voir ce que le suivi de troupeau coûte que ce qu’il peut rapporter! J’espère que la nouvelle stratégie d’antibiorésistance suisse StAR ainsi que la politique agricole PA 22+, qui misent toutes deux sur la prévention, vont accélérer le processus. Le développement de nouveaux logiciels est aussi de nature à favoriser l’implémentation de la pratique.

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