Le nourrissage des passereaux de nos jardins n’est pas indispensable

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Le nourrissage des passereaux de nos jardins n’est pas indispensable

À la faveur d’hivers de plus en plus doux, les oiseaux sédentaires trouvent plus facilement à se nourrir. Les mangeoires restent toutefois une agréable manière de les observer, à condition d’en faire un usage modéré et adapté.

Le nourrissage des passereaux de nos jardins n’est pas indispensable

En novembre, on voit soudain réapparaître le rouge-gorge, la mésange charbonnière ou, pour les plus chanceux, le pic épeiche dans son jardin. L’envie est grande de les y observer d’un peu plus près. D’autant que les stocks de graines et de boules à graisse nous font de l’œil à l’entrée des magasins. L’installation d’une mangeoire, afin d’aider les oiseaux à supporter l’hiver, n’est pas une mauvaise idée en soi. Il faut toutefois garder à l’esprit que ce n’est de loin pas indispensable, voire, dans certains cas, néfaste.

Fringilles fragilisés
En effet, les hivers sont de moins en moins rigoureux et les volatiles qui fréquentent nos jardins se portent plutôt bien. Au contraire des nicheurs prairiaux et des insectivores menacés par l’intensification des pratiques agricoles et la raréfaction des insectes. L’indice suisse des oiseaux nicheurs montre que les populations de rouges-gorges ont atteint des effectifs maximaux en 2015.
Cependant, dans plusieurs pays environnants la population de verdiers d’Europe connaît, au contraire, un déclin alarmant. En cause, une maladie due à un parasite unicellulaire, la trichomonose. Cette maladie infectieuse touche également d’autres membres de la famille des fringilles, strictement granivores, qui se tiennent volontiers au sol pour délester les graines dont ils se nourrissent de leur coque. Parmi ceux-ci, on compte le pinson des arbres, le bouvreuil pivoine ou le tarin des aulnes. Hautement contagieuse, cette maladie trouve autour des mangeoires un terrain favorable. Les passereaux y sont comme des humains dans le métro: dans une proximité rare à l’état naturel. Les germes de ces maladies sont souvent transmis par les fientes, raison pour laquelle il faut veiller à ce que les volatiles ne puissent pas se poser sur les graines. En Suisse, la situation n’a pas encore fait l’objet d’études scientifiques. «Les résultats provisoires de l’Atlas des oiseaux nicheurs 2013-2016 qui paraîtra l’année prochaine montrent chez nous un déclin de la densité des verdiers et des pinsons nicheurs. Les causes de ce déclin ne peuvent être, pour l’instant que suppositions, relève Sophie Jaquier, porte-parole de la Station ornithologique suisse. Mais en Grande-Bretagne et en Finlande, l’influence de la trichomonose est assez bien documentée.»

Les nourrir? Oui, mais…
Les symptômes mettant du temps à apparaître, il convient d’être attentif à la présence d’oiseaux apathiques, au plumage ébouriffé et hirsute autour des mangeoires. Ils pourraient être victimes d’une maladie infectieuse. Si l’on trouve un oiseau mort, mieux vaut avertir la Station ornithologique de Sempach qui conseille de nettoyer soigneusement la mangeoire et de cesser le nourrissage au moins trois semaines, car les germes pathogènes peuvent subsister dans le sol.
Hormis ces précautions, le nourrissage peut s’avérer judicieux, à condition qu’il soit modéré et adapté. Il faut qu’un gel s’installe durablement ou que la neige recouvre le sol en continu pour que les passereaux aient de la peine à se nourrir. Les céréales profitent plutôt aux moineaux et aux pigeons. On peut leur préférer les boules ou les mélanges de graines appréciés des granivores: mésanges, sittelles ou pics. Parmi les insectivores, seuls les merles, rouges-gorges et étourneaux fréquentent les mangeoires. Ils apprécient les flocons d’avoine, les fruits secs ou les fruits frais.
À noter d’ailleurs que rien ne vaut un jardin naturel, riche en plantes variées et indigènes pour favoriser les passereaux. Plusieurs espèces de vivaces, d’arbres fruitiers et d’arbustes portent des graines et des baies dont ils raffolent. De tels jardins ont l’avantage de profiter aux oiseaux toute l’année, en leur offrant également des lieux de nidification favorables. Le fait de se passer de produits chimiques et de laisser quelques herbes folles favorise aussi les insectes et donc ceux qui s’en nourrissent. De quoi prolonger le plaisir que l’on trouve à observer les oiseaux, au fil des saisons.

Texte(s): Marjorie Born
Photo(s): DR

Bon à savoir

Les trois hivers 2014, 2015 et 2016 ont été particulièrement doux et pauvres en précipitation. Ces conditions sont plutôt favorables aux oiseaux sédentaires, qui trouvent de quoi s’alimenter naturellement et n’ont pas à subir des températures négatives sur une trop longue durée. Cette météo clémente rend le nourrissage hivernal des oiseaux superflu dans bien des régions. D’ailleurs, le monitoring des oiseaux nicheurs réalisés par la Station ornithologique de Sempach montre que pas moins de quatorze espèces ont vu leur population augmenter. Parmi elles, on trouve le pivert, le pic épeiche, le geai des chênes, les mésanges charbonnière et noire, la sittelle torchepot, le roitelet huppé, le bouvreuil pivoine et le bec-croisé des sapins. Le troglodyte mignon, le rouge-gorge, le merle noir ont même atteint leurs effectifs les plus élevés depuis le début des recensements en 1999.
+ D’infos État de l’avifaune en Suisse, rapport 2016, www.vogelwarte.ch

Bonnes et mauvaises pratiques à la mangeoire

Les distributeurs

Généralement formés d’un cylindre de plastique ou d’un treillis, les distributeurs de graines ont l’avantage de garder la nourriture à l’abri de l’humidité. Elle est aussi protégée des fientes. De plus, les graines remplissent peu à peu la mangeoire et ne se dispersent pas partout au moindre coup d’aile.


Un modèle avec toit

Le côté maisonnette est charmant, mais si ces mangeoires sont couvertes, ce n’est pas pour protéger les oiseaux. Le toit évite que les graines pourrissent sous la pluie ou la neige. Idéalement, il faudrait aussi que les oiseaux ne puissent pas se poser sur les graines.


L’eau stagnante

Les oiseaux boivent et se baignent en toute saison. Les bains d’oiseaux, sous-tasse, pierre creuse ou bassin de faible profondeur, sont attractifs, mais il est conseillé de les nettoyer et de changer l’eau au moins une fois par jour pour limiter la transmission de maladies. Sur pied, ils protègent les oiseaux des chats.


La mangeoire ouverte

Les mangeoires dotées d’un toit imperméable ont l’avantage de protéger les graines des intempéries. Par contre, il faut veiller à ce que les oiseaux ne puissent pas se poser sur ces modèles-là. Nettoyez régulièrement le sol sous la mangeoire. Les excréments s’y mélangent.