Le métier de marchand grainier retrouve un élan

Jardin
L’ENTREPRISE VERTE
Le métier de marchand grainier retrouve un élan

La coopérative neuchâteloise Le Grainier réhabilite ce métier disparu, en misant sur le bio et la diversité.

Le métier de marchand grainier retrouve un élan

Que vous cherchiez des graines de to­mates bicolores, de haricots bernois, de maïs bleu, de basilic sacré, voire de cactus ou de baobab, vous trouverez tout cela et plus encore dans la boutique de la toute jeune coopérative neuchâteloise Le Grainier. «Quelques 3500 espèces ou varié­tés sont déjà proposées en ligne et ce n’est qu’un début! Toutes sont labellisées bio et l’origine de chacune a été contrôlée, par souci d’éthique et de transparence», insiste Serge Girardin, fer de lance de l’entreprise créée en 2014 et qui occupe déjà trois sala­riés à Neuchâtel.

Après avoir roulé sa bosse dans le monde de la microtechnique et des start-up, ce biolo­giste de formation a voulu changer de cap et c’est un peu par hasard qu’il a découvert sur un stand de l’association Kokopelli les en­jeux liés aux semences à pollinisation libre, autrement dit aux variétés anciennes ou modernes qui ne sont pas liées par un brevet aux multinationales de l’agrochimie. «J’ai eu envie d’aller plus loin et de réhabiliter le métier de marchand grainier, qui a quasi disparu en Suisse. Rien qu’à Genève, il exis­tait une centaine de grainetiers à la fin du XIXe siècle. Chaque famille était spécialisée dans certaines variétés de fruits et de lé­gumes. Certains vendaient aussi leur propre production. Le métier a disparu après-guerre à cause de la baisse de la demande, de la création des hybrides F1 et de l’avènement des garden-centres. Le coup de grâce a été porté en 1986 lorsqu’il est devenu possible de privatiser le vivant et par conséquent d’interdire aux paysans de ressemer les graines récoltées», raconte Serge Girardin.

Si sa propre production de semences attein­dra quelque 200 variétés dès 2017, la coopé­rative Le Grainier propose surtout des graines issues d’entreprises certifiées telles que Sativa, Semences de Pays ou la Ferme de Sainte-Marthe. Des variétés plus exotiques ou de producteurs moins connus sont aussi testées au préalable, en partenariat avec des maraîchers locaux. Mais ce n’est pas tout: dans son objectif de préservation de la bio­diversité, de la nature et du goût, le Grainier projette de produire des plantons bios, de développer des jardins didactiques et d’ani­mer des ateliers pour les jeunes et les se­niors. Pour se faire connaître, la coopérative mise sur les marchés de plantes, le bouche à oreille, mais aussi sur une jolie gamme de T-shirts aux accents potagers et aux teintures végétales: «Nous avons beaucoup de chance car ils ont été repérés par Terre&Nature qui les propose désormais dans sa boutique», se réjouit Serge Girardin. Leur succès est déjà tel qu’ils ne manqueront pas de semer à leur tour quelques petites graines

Texte(s): Aino Adriaens
Photo(s): GUILLAUME PERRET