Menace pour les ruchers, le frelon asiatique est attendu de pied ferme

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Menace pour les ruchers, le frelon asiatique est attendu de pied ferme

Redoutable prédateur de l’abeille domestique, le frelon asiatique est aux portes de la Suisse. Les cantons et les apiculteurs redoublent de vigilance et se préparent à la lutte contre ce redoutable envahisseur.

Menace pour les ruchers, le frelon asiatique est attendu de pied ferme

L’événement a fait grand bruit en avril 2017: un frelon asiatique a été capturé par un apiculteur à Fregiécourt, dans le canton du Jura. C’était la première incursion de cette espèce invasive en territoire helvétique. Présent en Europe depuis 2004, suite à l’introduction accidentelle dans le Lot-et-Garonne de quelques femelles fondatrices via des poteries importées de Chine par un horticulteur, le frelon asiatique a pratiquement colonisé toute la France. Il est déjà bien présent en Espagne, au Portugal, en Italie, en Allemagne et en Belgique. L’arrivée imminente de ce redoutable insecte en Suisse est inéluctable. Les autorités cantonales, le Service sanitaire apicole (SSA) et les apiculteurs sont d’ailleurs sur le qui-vive. Et pour cause: le frelon asiatique se nourrit principalement d’abeilles domestiques et dans les régions où il n’est pas sous contrôle, il peut dans des cas exceptionnels aller jusqu’à décimer des colonies entières.

Les apiculteurs se mobilisent

Forte des expériences de ses voisins, la Suisse a mis sur pied un protocole d’action. «Le SSA a publié l’an passé un aide-mémoire permettant d’identifier le frelon asiatique et son nid, ainsi que la procédure à suivre en cas de suspicion. On demande à l’apiculteur de nous envoyer une photo et nous chargerons un entomologiste du Centre suisse de la cartographie de la faune de l’identifier. S’il s’agit bien d’un frelon asiatique, l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) sera immédiatement averti. Par le biais des responsables cantonaux de néobiontes (ndlr: espèces invasives), la recherche et la destruction du nid seront organisées avec des spécialistes. Le SSA se chargera quant à lui d’avertir la société apicole et l’inspecteur cantonal des ruchers de la région concernée, afin de les pousser à la vigilance», explique Anja Ebener, directrice d’apiservice, le centre de compétence au service des apiculteurs, qui chapeaute le SSA. Le message à faire passer est clair: il ne faut en aucun cas chercher à s’approcher d’un nid de frelons asiatiques et à le détruire soi-même, car cela peut s’avérer extrêmement dangereux. Généralement suspendu dans un arbre à plus de 10 mètres de hauteur, ce nid peut atteindre 60 cm de large pour 80 cm de haut et contenir près de 2000 individus.

Situés aux premières loges, certains apiculteurs ne veulent pas attendre bras croisés l’arrivée du frelon asiatique. C’est le cas de Pascal Crétard, président de la Société genevoise d’apiculture: «Comme l’insecte est déjà présent à Nantua et du côté d’Annecy, j’ai contacté les associations apicoles du Pays de Gex et de Savoie, car elles mettent en place un réseau de référents chargés d’informer les collègues, mais aussi les agriculteurs, les paysagistes et la population. Nous souhaitons faire la même chose à Genève, l’idée étant de repérer l’envahisseur au plus vite, afin de freiner sa progression. On perd déjà énormément de ruches à cause des varroas et des pesticides et personne ne nous dédommage, alors on préfère prendre les devants pour gérer au mieux ce problème de plus!» Finalement, les apiculteurs compteront bien sûr sur les services de l’État pour l’élimination des nids: à Genève, cette tâche sera confiée aux pompiers.

Éradication impossible

Diverses méthodes de destruction du nid ont été testées avec plus ou moins de succès dans les pays voisins. L’injection d’insecticide à l’aide d’une perche télescopique à la nuit tombée ou au lever du jour reste la plus efficace. Le nid doit ensuite être descendu et brûlé pour que les insectes morts intoxiqués ne soient pas consommés par les oiseaux. Selon les spécialistes du Muséum national d’histoire naturelle de Paris, la destruction à coups de fusil ou de lance à eau telle qu’elle a pu être pratiquée en France a plutôt pour effet d’exciter les frelons et de contribuer à la dispersion des colonies. De même, le piégeage des frelons avec des appâts sucrés n’est pas recommandé, car ces pièges ne sont pas assez efficaces, attirent d’autres insectes et peuvent faire de gros dégâts sur la biodiversité locale. «Les pièges dits sélectifs, à sélection physique, ne le sont jamais complètement. Les apiculteurs ne devraient les utiliser à proximité d’un rucher qu’en cas d’attaque avérée des frelons sur les abeilles», souligne Daniel Cherix, responsable vaudois des néobiontes. Selon le SSA, le meilleur moyen de résister aux frelons sera de bien sélectionner les colonies d’abeilles, en ne conservant que les plus fortes. Car celles-là pourront supporter la perte de quelques centaines d’abeilles sous la pression du prédateur. Une chose est sûre: l’éradication totale du frelon asiatique ne sera pas possible et il faudra donc apprendre à vivre avec, comme le font nos voisins.

+ d’infos apiservice.ch/aidememoire

Texte(s): Aino Adriaens
Photo(s): Quentin Rome/ Muséum national d'histoire naturelle (MNHN)

Questions à Daniel Cherix, responsable romand du suivi du frelon asiatique

Comment expliquer que le frelon asiatique ne soit pas encore en Suisse?

Les Alpes et le Jura forment une barrière naturelle qui retarde sans doute sa progression. Il est probable qu’il colonisera d’abord la plaine, en privilégiant le bord des rivières, car il a besoin d’eau pour son nid. Mais c’est une espèce des régions tempérées qui résiste aussi très bien au froid.

Nos abeilles seront-elles capables de se défendre?

En Asie, les abeilles se défendent contre ce frelon en l’entourant complètement et en montant la température pour l’asphyxier. Nos abeilles ne connaissent pas cet ennemi et ne s’y sont pas encore adaptées.

Le frelon asiatique est-il agressif pour l’homme?

Pas plus que le frelon européen. Il faut garder ses distances et éviter de s’approcher à moins de 5 mètres d’un nid.

Comment les distinguer?

Le frelon asiatique est un peu plus petit que son cousin européen. Il se nourrit principalement d’insectes et apprécie particulièrement les abeilles domestiques. Que faire si vous observez un frelon asiatique? Photographiez-le et envoyez immédiatement votre photo, en indiquant le lieu et la date, à info@apiservice.ch.