Le franches-montagnes a conquis le cœur des Fribourgeois

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Le franches-montagnes a conquis le cœur des Fribourgeois

Berceau de la race, le Jura fête ce week-end le franches-montagnes lors du traditionnel Marché-Concours de Saignelégier. Mais ce cheval fait vibrer d’autres cantons, à l’image de Fribourg, hôte d'honneur de cette édition.

Le franches-montagnes a conquis le cœur des Fribourgeois

Il est des rendez-vous qui sont incontournables. Il en va ainsi du Marché-Concours national de chevaux, à Saignelégier (JU). Celui-ci aura cependant une saveur toute particulière pour le Fribourgeois Marc Waeber, qui y participera pour la deuxième fois. Cet éleveur de Nuvilly (FR) était en effet déjà de la fête voilà vingt-trois ans, la dernière fois où son canton a été l’invité d’honneur de la manifestation. «J’étais tout jeune, perché sur un des chars qui défilaient lors du cortège», se rappelle-t-il avec émotion.

Deux décennies plus tard, l’adolescent d’alors s’est imposé comme l’un des plus importants éleveurs de franches-montagnes du pays. Une des descendantes des deux poulinières que menait alors son père sera d’ailleurs présente. «À l’époque, je n’aurais jamais imaginé en arriver là.» Une centaine de franches-montagnes, dont vingt-cinq juments poulinières et deux étalons qu’il a lui-même élevés, Valens du Pontet et Noucky, s’ébattent en effet désormais dans les prairies de Nuvilly. Le Fribourgeois doit sa passion pour cette race à son père. «Lorsque nous étions enfants, il nous a offert, à mes deux sœurs et à moi, une poulinière chacun. Les premiers poulains n’étaient pas exceptionnels. Mais peu à peu, je me suis pris au jeu et j’ai eu envie d’améliorer sans cesse leurs qualités. J’aime le caractère du franches-montagnes et les multiples possibilités qu’il offre, quelle que soit la discipline pratiquée.»

Une ambiance unique

Pour Marc Waeber, le marché-concours est un rendez-vous à ne pas manquer. Il s’y rend ainsi chaque année, que cela soit comme simple visiteur ou comme juge cantonal pour les concours d’élevage. Cependant, seuls les éleveurs jurassiens ont le droit d’y participer avec leurs chevaux, rejoints à chaque édition par un canton différent. Avoir la chance de vivre cette fête de l’intérieur, en présentant des poulains et des juments que le Fribourgeois a vu naître, aura donc une tout autre saveur. «La grande parade, avec 400 chevaux, va me prendre aux tripes, s’enthousiasme-t-il d’avance. Défiler ainsi devant des milliers de spectateurs avec l’un de mes étalons en longe promet d’être magique. C’est un honneur et un plaisir immenses de pouvoir se mêler ainsi aux Jurassiens, qui restent la référence en matière d’élevage du franches-montagnes.» En tant que président du syndicat de la Haute-Broye, il a aussi à cœur que les chevaux de ses éleveurs fassent de bons résultats. Son syndicat sera en outre présent lors du cortège avec un char décoré sur le thème de la Bénichon, afin de mettre en valeur les traditions fribourgeoises.

Un large éventail

L’événement représentera également une possibilité de montrer à d’éventuels clients la qualité de ses chevaux. Chaque année, une vingtaine de poulains naissent en effet sur les terres de Marc Waeber. Si la conformation et le caractère de ses chevaux sont deux points sur lesquels il ne transige pas, l’éleveur accorde aussi une grande importance au débourrage, laissant le temps au jeune cheval d’acquérir peu à peu de l’expérience. «Toutes les étapes, de la conception du poulain à son dressage, se font sur mon exploitation. Je connais ainsi tous mes chevaux et peux facilement conseiller mes clients. Du compagnon de balade à l’athlète destiné au sport, je trouve important de pouvoir offrir une large gamme de franches-montagnes au potentiel différent.»

À Saignelégier, comme tout au long de l’année, il pourra compter sur toute sa famille. «Pour poursuivre la tradition initiée par mon père, j’ai moi aussi offert à chacun de mes enfants une jument poulinière. J’espère que l’un d’eux reprendra un jour le flambeau!»

Texte(s): Véronique Curchod
Photo(s): Jean-Paul Guinnard

Du Jura à la Suisse

Le cheval franches-montagnes a pour racine le district du même nom. Les vastes pâturages boisés de sa terre d’origine ont contribué à forger les caractéristiques de la race. Si son élevage a longtemps été cantonné au Jura, il s’est peu à peu étendu à toute la Suisse au cours de la deuxième moitié du siècle dernier. Le franches-montagnes est désormais reconnu comme l’unique race chevaline indigène. Cette année, Saignelégier, le chef-lieu du berceau de la race, accueillera la 115e édition de son célèbre marché-concours.

L'un des cantons les plus engagés

Très dynamique en termes d’élevage de franches-montagnes, Fribourg ne fait pas pour autant partie du berceau de la race. Cela représente-t-il un handicap pour la mise en valeur des produits de ces éleveurs? «Je ne crois pas que cela nous pénalise, estime Marc Waeber. Je n’ai certes pas un accès direct aux immenses pâturages si caractéristiques du Jura. Mais le fait de ne pas être issu d’une famille qui élève des franches-montagnes depuis plusieurs générations me rend plus libre dans mes choix. Par ailleurs, je suis tout proche du Haras national suisse d’Avenches (VD), avec lequel je collabore régulièrement.» Les autres éleveurs fribourgeois contactés partagent cet avis. «Autrefois, c’était peut-être un désavantage, car nous avions un moindre choix d’étalons proches de nous en comparaison avec nos collègues Jurassiens, relève Yves Tercier, éleveur d’Épendes (FR). Mais avec la mobilité actuelle, ce n’est plus le cas. À nous de nous démarquer en proposant des montures de qualité et très bien formées.»

Questions à Hans Bielmann, président de la Fédération fribourgeoise d'élevage du cheval

Que représente cette participation au Marché-Concours de Saignelégier pour les éleveurs fribourgeois?
Ils ressentent tous une énorme fierté et de l’enthousiasme à pouvoir vivre cette manifestation unique autrement que comme spectateurs, en y amenant leurs propres chevaux. En effet, seuls les Jurassiens, ainsi que les éleveurs du canton hôte d’honneur, ont cette possibilité. Cela constitue donc un privilège exceptionnel, qui ne se reproduira probablement pas avant vingt-cinq ans!

Comment expliquez-vous l’engouement pour l’élevage du franches-montagnes dans le canton?
Qu’il soit équin ou bovin, l’élevage a toujours tenu une place importante à Fribourg. Le franches-montagnes ayant longtemps été utilisé dans l’agriculture de notre canton, pour les travaux aux champs, certains Fribourgeois ont tenu à perpétuer cette tradition. De plus, je pense que nos paysages vallonnés, qui se prêtent bien à la production de fourrage, y ont également contribué.

Où pourra-t-on admirer des franches-montagnes fribourgeois?
Nous espérons enchanter le public avec nos diverses présentations, dont le cortège «Fribourg, le bonheur en plus», ainsi que le spectacle «Les Ponts de la vie». Nos éleveurs participeront avec 88 sujets – juments, étalons et poulains – aux divers concours d’élevage. Certains Fribourgeois vont également se mesurer aux Jurassiens lors des traditionnelles courses campagnardes. De plus, les spectateurs pourront admirer le Cadre Noir et Blanc, une troupe historique constituée en partie de franches-montagnes.