Reportage
Le calcaire retrouve son rôle de matériel phare dans la construction

Une fois par mois, nous vous emmenons à la découverte d’habitats exemplaires sur le plan énergétique. À Genève, un immeuble érigé en pierre massive, comme autrefois, a vu le jour le long du Rhône.

Le calcaire retrouve son rôle de matériel phare dans la construction

Ses façades lumineuses tranchent avec l’austérité de la zone industrielle dans laquelle il s’inscrit. À l’entrée de la rue de la Coulouvrenière, à Genève, un immeuble novateur vient d’être inauguré. Sa teinte intrigue: c’est un des rares bâtiments contemporains dressés en pierre massive. L’envie de remettre au goût du jour ce matériau vient de l’architecte Francis Jacquier, formé à la rénovation des monuments historiques. «Il ne s’agit pas d’être nostalgique. On peut utiliser des blocs de pierre comme autrefois pour ériger des constructions actuelles s’inscrivant parfaitement dans ce quartier industriel par exemple, rappelle le fondateur du bureau Archiplein, pionnier en la matière. Le savoir-faire des artisans s’est perdu avec l’avènement du béton armé à la fin de la Seconde Guerre mondiale.»

Un matériau d’avenir
Situé en aval du barrage du Seujet, cet ouvrage étroit est constitué de quatre niveaux hors-sol et d’un sous-sol. Il comprend dix logements sociaux de 3, 4 et 5 pièces ainsi qu’une arcade au rez, aménagée en atelier pour une association. Des coursives privatives, au sud, servent de balcon aux habitants. Ils bénéficient d’une vue imprenable sur le fleuve bouillonnant sous les fenêtres de leurs chambres, au nord.

La couronne périphérique de l’immeuble est conçue en pierre de Sireuil, le noyau central de l’édifice est quant à lui composé de calcaire de Brétigny, plus performant à la compression. La structure entière, sobre et rationnelle, est assurée par ces blocs. «Ils proviennent de carrières françaises, ajoute Francis Jacquier. Il n’en existe plus de telles en Suisse.» Ces pièces de tailles diverses ont été découpées sur place avant d’être assemblées avec du mortier par des maçons locaux, ravis de pouvoir raviver ce savoir-faire ancestral. «La pierre sert à la construction de maisons depuis des millénaires partout dans le monde. De populaire, elle est devenue peu un peu réservée aux habitations luxueuses. Or ce matériau, géosourcé, génère peu de CO2 et peut être réutilisé le jour où ce bâtiment devra être démoli. La pierre a beaucoup d’avenir, notamment du point de vue environnemental.»

Projet récompensé
Seuls la cage d’escalier, où se trouve l’ascenseur, et le sous-sol ont été réalisés en béton armé. Les planchers ont quant à eux été façonnés en bois suisse. «On a prouvé qu’il est possible de réaliser des ouvrages actuels résistant bien à la surchauffe des villes avec ce calcaire, poursuit Francis
Jacquier. Certes, il faut accepter la présence de piliers afin de soutenir le tout et des ouvertures peut-être moins importantes que dans d’autres constructions. Cela n’empêche pas la création de logements lumineux pour autant.»

Le jour, la pierre emmagasine la chaleur du soleil, la restituant jusqu’au soir. L’ensemble est isolé de l’intérieur avec de la laine minérale et les fenêtres, cerclées de bois, sont en triple vitrage. Les murs bruts ont été enduits d’un verni antigraffitis transparent. Le toit est pour l’heure dépourvu de panneaux photovoltaïques – il pourrait l’être à terme –, l’ensemble étant tempéré par le réseau de chauffage à distance de la ville. «L’édifice a une très haute performance énergétique, s’apparentant au standard Minergie P, continue l’architecte récompensé pour ses projets innovants. On ne souhaite pas faire du pastiche de monuments anciens mais participer à l’histoire de la ville à notre manière.» Les immeubles conçus par l’Atelier Archiplein à Plan-les-Ouates, sur le même principe, viennent d’ailleurs de remporter le prix national Arc Award, l’une des plus hautes distinctions architecturales de Suisse.

Texte(s): Céline Duruz
Photo(s): Nicolas Righetti/Lundi 13

L’architecte

Francis Jacquier a fondé avec Marlène Leroux l’agence d’architecture et d’urbanisme Atelier Archiplein, en 2008, à Shanghai, avant de revenir à Genève. Il emploie une dizaine de collaborateurs. Diplômé de l’EPFL, Francis Jacquier est également titulaire d’un diplôme d’architecte spécialisé en monuments historiques, délivré par l’École de Chaillot, à Paris, où il enseigne.
+ d’infos www.archiplein.com

En chiffres

  • 10 appartements et une arcade transformée en atelier sont compris dans le bâtiment, sur une surface totale de 1250 m2.
  • 3 étages et un rez entièrement supportés par la pierre plus un sous-sol.
  • Entre 22 et 25 centimètres, l’épaisseur des murs en pierre à laquelle s’ajoute une dizaine de centimètres d’isolation intérieure.
  • 5,5 millions de francs, le coût total des travaux.