L’automatisation devient une réalité dans les élevages bovins

Agriculture Les pros de la terre
Agriculture
L’automatisation devient une réalité dans les élevages bovins

Dans les étables et dans les halles d’engraissement, les robots ont gagné du terrain ces dernières années. Tour d’horizon des récentes innovations en matière de technologie de traite et d’alimentation du bétail.

L’automatisation devient une réalité dans les élevages bovins

Il y a vingt ans apparaissaient sur le marché les premiers robots de traite. En Suisse, les pionniers d’alors s’équipent discrètement, souvent moqués ou fustigés, plus rarement enviés ou admirés par leurs confrères. Daniel Deillon, de Vuarmarens (FR), s’en souvient: «Nous nous sommes équipés en 2005. À l’époque, on nous prenait pour des fous!» Désormais, le Glânois fait partie des 650 à 700 producteurs de lait du pays à travailler avec un robot de traite. Car, s’il n’a toujours pas droit de cité dans les exploitations produisant du lait de gruyère AOP, moratoire oblige, ce robot a petit à petit fait sa place dans les campagnes helvétiques. Selon les principaux acteurs du marché – le Néerlandais Lely et le Suédois Delaval, qui se partagent près de 95% du marché suisse – le nombre d’installations serait même en augmentation chaque année. «La question du robot apparaît quasi systématiquement dans les projets de nouvelles constructions», confirme Sylvain Chevalley, conseiller agricole vaudois spécialisé dans les bâtiments. Si le robot s’adressait au départ à de grands troupeaux laitiers, on le trouve désormais dans des étables de taille moyenne. «Avant il fallait au minimum produire 300 000 kg de lait pour amortir une telle installation. Aujourd’hui, vingt à vingt-cinq vaches suffisent», confirme Fabrice Tâche, chef du secteur installation de traite chez Delaval pour la Romandie.

Souplesse et économies
La baisse du prix d’achat de 30 à 40% en dix ans, un marché de l’occasion de plus en plus intéressant et la mise à disposition d’unités plus compactes, donc transposables dans des bâtiments existants, expliquent la démocratisation de l’automatisation de la traite. «Financièrement parlant, le surcoût lié au robot n’est plus si grand, analyse Daniel Deillon. On gagne notamment de la place au niveau des bâtiments, sans parler de la main-d’œuvre qu’on économise!» La main-d’œuvre reste d’ailleurs la motivation première dans l’acquisition d’un robot de traite. «Parmi les derniers projets qui ont vu le jour, on a affaire essentiellement à de jeunes exploitants, qui n’ont pas les moyens d’embaucher un salarié et qui sont à la recherche d’une certaine souplesse, leur permettant de combiner activité agricole et vie familiale», relève Sylvain Chevalley. Le robot trouve donc là son public. Mais attention, met en garde le conseiller, le temps qu’on gagne en ne trayant pas, c’est du temps qu’il faut passer dans l’écurie pour observer ses bêtes, au risque de voir ses résultats, notamment de fertilité, diminuer si on néglige de le faire. Les constructeurs l’ont bien compris: ces dernières années, ils ont rivalisé d’ingéniosité afin de proposer des outils d’aide au suivi de troupeau. Delaval a ainsi fait du comptage de cellules un véritable atout commercial. «On propose une analyse du taux de cellules dans le lait de mélange, explique Fabrice Tâche. C’est un véritable outil de détection avancée des mammites. Le robot de traite ne remplace plus seulement le trayeur, il devient un assistant du producteur laitier.»

Chez les engraisseurs aussi
Si la traite a été le premier poste à connaître l’automatisation, les racleurs ou aspirateurs à lisier, pousse-fourrages et autres distributrices d’aliments ont petit à petit fait leur apparition sur le marché. L’automatisation de l’alimentation, qui gagne de plus en plus d’adeptes en Suisse, notamment chez les engraisseurs, est sans nul doute en train de révolutionner l’organisation des étables. «L’engraissement demande à l’exploitant d’être particulièrement pointu au niveau de la gestion de l’alimentation, précise ­Grégoire Duboux, conseiller pour la marque Lely. Quand on veut commencer à faire des petits lots, il faut multiplier les rations. Et dans ce cas, le robot est une aide évidente, si on ne veut pas passer ses journées à faire des allers et retours avec la distributrice!» L’entreprise a ainsi lancé en 2012 un bol d’alimentation entièrement autonome. «C’est flexible à l’envi. Un de nos clients suisses allemands modifie ses rations quasiment au jour le jour, en fonction de l’évolution du cours des matières premières et du coût de son aliment.» En permettant ainsi à l’exploitant d’améliorer ses coûts de production, d’alléger ses besoins en main-d’œuvre, en lui offrant flexibilité et confort de travail, nul doute que l’automatisation a de beaux jours devant elle.

Texte(s): Claire Muller
Photo(s): Claire Muller/Mathieu Rod

Témoignages

Wangen-bei-Olten (SO) Un robot compact pour un bâtiment existant

Acquérir un robot ne signife pas nécessairement construire un nouveau bâtiment. La preuve chez la famille Gäumann, qui vient d’acquérir le premier robot Monobox de la marque allemande GEA, installé dans l’ancienne salle de traite.  «Notre bâtiment date d’il y a vingt-cinq ans. Nous avions une salle de traite tandem, qui arrivait en bout de course. Il nous fallait deux heures pour traire quarante vaches. Si nous en avions voulu une plus grande, il nous aurait fallu construire un nouveau bâtiment. Le robot Monobox de GEA particulièrement compact s’est ainsi rapidement imposé, car, outre la flexibilité dans l’organisation du travail qu’il nous offrait, il nous permettait aussi de rester dans nos murs.» À la ferme Gäumann, sise sur les hauts de Wangen-bei-Olten, l’automatisation de la traite est une réalité depuis la fin de l’été 2016. Un bloc de béton de 1 m 50 sur 3 a été coulé dans la fosse de l’ancienne salle de traite et le robot Monobox de GEA – le premier de Suisse – y a été installé en quelques jours. Les 45 vaches laitières y circulent en libre accès. «Le robot sélectionne celles qui sont à traire, laisse sortir les autres, précise Thomas Schmid, représentant de GEA en Suisse allemande. Le point fort du Monobox, c’est clairement son côté compact, qui permet de l’installer dans quasi toutes les situations, même dans les étables les plus étriquées!»
Le fonctionnement du robot est on ne plus simple: deux pompes à lait alimentent deux bols, un réservé au «bon» lait, l’autre au nettoyage et au lait qui n’est pas destiné au tank. Un système d’analyse du lait donne en temps réel et par quartier le temps de traite, la quantité, le débit, la conductivité et la colorimétrie. Là où l’automate allemand se distingue des autres modèles du marché, c’est au niveau de son unique portique central, laissant entrer l’animal dans la stalle exclusivement côté gauche. Autre particularité, le Monobox de GEA intègre le module de traite équipant la salle de traite rotative automatisée DairyProQ. Le faisceau trayeur qui l’équipe assure l’ensemble des opérations de traite, de la préparation de la mamelle jusqu’au post-trempage. Une fois la traite terminée, les deux parties composant avant s’escamotent: l’auge côté droit et une barrière à gauche.
Dans la stabulation, le calme règne «comme jamais auparavant», apprécie Matthias Gäumann. «Toute l’alimentation est pneumatique, d’où une grande souplesse et discrétion de la machine, précise Thomas Schmid. La mécanique est simple. Les mouvements du bras trayeurs sont réduits au minimum pour limiter l’usure mécanique.» Les premières semaines de mise en place du robot ont été un peu compliquées, reconnaît Matthias Gäumann. «À vrai dire, c’est davantage moi que les vaches qui ai eu de la peine à m’habituer au changement. En termes de technologie, j’ai du ingurgiter beaucoup d’informations en peu de temps!» Les vaches quant à elles se sont mises sans problème à  l’automatisation: «Elles connaissaient le circuit, puisque le robot est installé en lieu en place de l’ancienne de salle de traite.» L’installation des Gäumann aura coûté au total 200 000 francs, auxquels il faut rajouter de 7 à 8000 francs de frais d’entretien annuel. «Je gagne un temps certain, reconnaît l’éleveur. Désormais, je vais me concentrer pour diminuer mes frais de production.» À raison de deux traites et demie par jour en moyenne, ses vaches laitières devraient voir leur productivité s’améliorer au fil du temps. «Ce que j’apprécie le plus, c’est la souplesse que m’offre le robot. Ma journée s’organise mieux et nous soulage en termes d’organisation. Mon père, Johann, âgé de 78 ans, peut enfin lever le pied!»


Vuarmarens (FR) Un laboratoire d’analyse à la rescousse

Le Glânois Daniel Deillon est l’un des premiers producteurs de lait de Suisse romande à avoir cru à l’automatisation de la traite, il y a douze ans. Aujourd’hui, il pousse le processus encore plus loin, avec l’arrivée dans son exploitation d’un système d’analyse du lait lui permettant de mieux gérer son troupeau. Daniel Deillon est l’un des premiers Romands à avoir acquis un robot de traite. C’était en 2005. «Avant, mes vaches étaient à l’attache, dans un bâtiment situé au cœur du village. Or, tout comme mon père, j’ai toujours fait autre chose à côté de l’atelier de production laitière: du terrassement, des travaux pour tiers, etc. Lorsque les robots de traite sont arrivés sur le marché, nous avons été vite convaincus que cela constituerait un plus évident dans notre organisation.» Six ans après l’acquisition d’un automate Delaval, Daniel Deillon, toujours aussi convaincu, profite d’un marché d’occasion dynamique pour revendre le sien et en acquérir un de nouvelle génération. En parallèle, il s’équipe d’une mélangeuse automotrice et d’un repousse-fourrage: «On a toujours cherché à se moderniser pour être le plus efficace possible.»
Seulement voilà: au fur et à mesure de son utlisation, le suivi des chaleurs de son troupeau se dégrade et les résultats laitiers s’en ressentent. «Mes vaches étaient équipées d’un activimètre, mais c’était insuffisant pour assurer un bon suivi de fertilité. J’avais des intervalles très longs entre les vêlages, car je ratais des chaleurs. J’en ai usé de ces spirales et autres piqûres pour rattraper le coup! C’était cher, mais je n’avais pas le choix pour maintenir les vêlages et le niveau de productivité du troupeau.» Il y a quelques mois, Delaval met sur le marché le Herd Navigator, un minilaboratoire conçu pour les exploitations laitières équipées d’un robot dont le suivi de fertilité est un problème récurrent. Daniel Deillon n’hésite pas une seule seconde et installe la station dans le bureau, à l’étage du bâtiment, à la verticale du robot.
À chaque vache traite, quelques millilitres de lait sont prélevés et envoyés dans le minilaboratoire, où sont mesurés quatre molécules: la progestérone, la lactate déshydrogénase (Ldh),  le beta-hydroxybutyrate (Bhb) et l’urée. «Le pic de progestérone correspond à une chaleur, parfois invisible extérieurement. Cela me permet aussi d’effectuer un diagnostic de gestation et de détecter des kystes», explique le Fribourgeois. La mesure de la Ldh permet la détection des infections cellulaires (mammites, boîteries, ulcères, métrites…), celle du Bhb les corps cétoniques dans le lait et donc, des déficiences du système immunitaire. Enfin, l’urée indique l’équilibre azoté de la ration et confirme d’éventuels déficits énergétiques. «Désormais, je décèle des quartiers avant même qu’ils ne soient visibles. Je mets immédiatement de la pommade ou donne de l’homéopathie à ma bête. Prise à temps, la mammite guérit sans antibiotique», se réjouit l’éleveur, qui a également réduit le recours au propylène. «Auparavant, j’en distribuais systématiquement à mes vaches fraîchement vêlées afin d’éviter les acidoses. Désormais, je ne le donne qu’en cas de besoin, en fonction des résultats donnés par le laboratoire.» Quant aux chaleurs, elles sont aujourd’hui inratables, grâce à la mesure de la progestérone. Ce petit concentré de technologie a un coût: 50 000 francs, auquel il faut rajouter environ 85 francs de produits réactifs par vache et par année. «En contrepartie, j’économise en insémination et en frais vétérinaire. Et la maîtrise de la reproduction ainsi que des maladies métaboliques et infectieuses me permet d’abaisser le taux de réforme et donc, d’augmenter la longévité des animaux.» On l’aura compris, le Herd Navigator est devenu un outil essentiel dans la prise de décision du producteur de lait. «Maintenant qu’on a la technologie, la prochaine étape, à mes yeux, sera d’interconnecter les résultats laitiers avec les données d’affouragement et les données vétérinaires, sur la même plateforme. Le smart farming me rendra encore plus performant.»


Montmagny (VD) Un robot d’alimentation pour taurillons à l’engrais

Lors de la construction de leur nouveau bâtiment d’engraissement, les frères Amiet ont intégré une solution de distribution d’aliment automatisée. Gain de temps et de place: les jeunes exploitants apprécient ce choix. «Fini le gaspi d’aliment et la concurrence aux cornadis!»
Chez les frères Amiet, voilà plus d’un an que le nouveau bâtiment réservé à l’engraissement de taurillons est en fonction. L’alimentation des 480 mâles y est entièrement automatisée. Dans un coin de la halle, sur une aire bétonnée de 50 m2, quatre ingrédients sont stockés au sol dans des cases définies. Un grappin se saisit tantôt d’épis de maïs, tantôt de pulpe ou de luzerne. Au bout de cette aire de stockage sécurisée par une clôture électrique, la mélangeuse-distributrice réceptionne les différents ingrédients ainsi que les concentrés et l’ensilage de maïs en provenance de silos-tours. Une fois la ration mélangée, elle se met automatiquement en route. Direction le quatrième box! Équipée de trois roues, elle est guidée par des plaques aimantées apposées au sol et par des ultrasons. «Un laser détecte la hauteur d’aliment qu’il reste dans la fourragère et distribue une ration différente pour chacun des six boxes.» Le robot Vector, mis sur le marché par Lely il y a quatre ans, peut effectuer jusqu’à une cinquantaine de passages en vingt-quatre heures.
«La régularité de l’affouragement et le fait que les bêtes n’ont que de l’aliment fraîchement préparé sont des clés de réussite évidentes dans un atelier d’engraissement», précise Pascal Amiet. C’est une réflexion globale sur l’avenir de l’exploitation qui est à l’origine de l’acquisition du robot. «Notre bâtiment d’engraissement était vieux et pas pratique, raconte le jeune exploitant. Il nous fallait le remettre aux normes et, parallèlement, on avait envie d’augmenter notre capacité de détention. Lors de l’établissement des plans de construction du nouveau bâtiment, le robot d’alimentation s’est rapidement imposé.» Son prix de 155 000 fr. n’a pas été spécialement rédhibitoire. «Quand on réfléchit un peu, ça revient à investir dans un tracteur en bon état, une mélangeuse neuve et un repousse-fourrage!»
En intégrant le robot Vector à leur halle, les frères Amiet sont ainsi parvenus à rendre leur bâtiment plus compact. «Nous avons construit quatre rangées de logettes. Les passages réguliers de la distributrice permettent d’alimenter une trentaine de bêtes sur seulement 12 m de long. Quant à la fourragère, elle ne mesure que 4 m de large. Sans robot, le bâtiment aurait été plus gros. Les taurillons n’ont fait aucune difficulté pour s’adapter à la nouveauté technologique. «Étant donné qu’il y a de l’aliment frais en tout temps, les bêtes peuvent venir quand bon leur semble et il n’y a jamais de bagarre pour avoir une place.» Les animaux plus faibles n’étant pas défavorisés, les exploitants observent
qu’ils obtiennent des lots de bêtes beaucoup plus homogènes à la fin de l’engraissement. «Avant, il nous fallait une heure et demie à deux heures pour effectuer ce job. On a donc gagné un temps précieux qui nous permet de passer davantage de temps à observer le troupeau», apprécie Pascal Amiet. «Auparavant, on n’avait que deux rations pour tous nos taurillons, qu’ils soient âgés de 6 semaines ou de 1 an. On perdait beaucoup d’énergie, car l’aliment n’était pas valorisé. Désormais, avec deux fois plus de rations différentes qu’avant, on est nettement plus fin dans le management des bêtes. On peut faire de plus petits lots de taurillons et ainsi gagner en efficacité.» L’automatisation de l’alimentation ne comporte-t-elle pas un risque de moins surveiller ses animaux? «Personnellement, le temps économisé me permet de passer plus temps dans les boxes, avec les bêtes, affirme Pascal Amiet. Je pense que je surveille même mieux les boiteries et autres problèmes!»