Architecture verte
Laboratoire du futur, la Maison vivante épouse le rythme de la météo

Une fois par mois, nous vous emmenons à la découverte de constructions exemplaires sur le plan énergétique. À Murist (FR), une villa épurée en bois brûlé et en paille allie confort et autonomie.

Laboratoire du futur, la Maison vivante épouse le rythme de la météo

Dans le nouveau quartier résidentiel de Murist, au cœur de la Broye fribourgeoise, une élégante construction aux tons sombres et à la forme étonnante tranche avec le classicisme des villas alentour. Son nom: la Maison vivante, imaginée par Ivan et Hend Enderlin-Ksontini, ses propriétaires. Ce couple de trentenaires écologistes, féru de permaculture, y a emménagé l’année dernière, après des mois de recherches, de travaux et d’expérimentations en tout genre, faisant de leur rêve une réalité. «Notre but était d’allier confort moderne et autonomie, afin de montrer qu’un habitat durable est possible. Ce lieu est une boîte à outils géante!» sourit le Jurassien en commençant la visite.

La paille, matériau miracle

Réalisée par le bureau Shift (voir l’encadré ci-dessous), la bâtisse à l’allure de grange a été conçue pour se fondre dans la campagne environnante. Pour la façade, des planches de bois brûlé ont été utilisées. «Cette technique ancestrale japonaise protège naturellement des champignons et des moisissures. Elle évite de traiter avec des produits chimiques», explique le maître des lieux. L’isolation est faite de paille, favorisant l’absorption et le stockage de l’humidité, tout en créant une bonne acoustique. Pour l’habillage des murs, de l’argile a été employée. Au sol, sous un fin radier en béton recyclé, du verre cellulaire – matériau poreux s’apparentant à de la pierre ponce – draine le terrain et protège du gel.

La Maison vivante n’est pas reliée aux réseaux communaux, excepté à celui des eaux usées. Deux réservoirs permettent de récupérer l’eau de pluie et de la stériliser à l’aide de filtres, dont un filtre UV. «Grâce à la grande contenance des citernes, nous pouvons tenir au moins trois mois en cas de sécheresse», soulignent les propriétaires, prévoyants. Quant aux appareils électroménagers, ils ont été soigneusement choisis en fonction de leur provenance – Suisse ou Europe pour la plupart – ainsi que leur faible consommation. «Nous consommons 50 litres d’eau par jour, soit quatre fois moins que dans une maison traditionnelle», précise Ivan, chercheur informatique et fan de nouvelles technologies.

Reconnexion à la nature

Sur le toit, des panneaux solaires ont été installés et dimensionnés pour la saison hivernale. «En août, nous produisons en une heure ce que nous consommons en un jour», se félicite le duo. Le surplus de ce bâtiment dit «à énergie positive» est utilisé pour charger la voiture électrique, «et parfois celles de nos proches quand ils viennent nous voir, glisse-t-il. De plus, nous avons choisi un système bidirectionnel, afin de pouvoir également charger la maison avec l’énergie de la voiture. Ainsi, l’habitat et la mobilité forment un tout cohérent.» Enfin, le bâtiment est uniquement chauffé à l’aide d’une serre sur sa façade sud, qui agit comme un tampon thermique, tout en offrant un espace en pleine terre pour faire pousser des plantons. «Nous avons également un poêle à bois, sur lequel nous avons mis une plaque vitrocéramique pour cuisiner de bons plats mijotés.»

Finalement, doit-on changer son mode de vie pour habiter dans une maison autonome? «Non, il s’agit plutôt d’apprendre à s’organiser en fonction de la météo, tiennent à souligner ces parents de deux enfants. Par exemple, nous évitons les soirées crêpes en plein hiver et nous lavons au maximum notre linge en journée. En revanche, un bon bain par temps de pluie est encore plus appréciable! Toute la famille s’est reconnectée à la nature. C’est un enseignement précieux et un beau challenge.»

+ d’infos Des visites sont possibles. Suivez leur carnet de bord sur www.lamaisonvivante.blog

Texte(s): Lila Erard
Photo(s): Pierre-Yves Massot

En chiffres

  • 2019-2020, années de construction.
  • 128 mètres carrés.
  • 17 kWh de production électrique grâce aux panneaux solaires sur le toit.
  • 2 réservoirs de récupération d’eau de pluie de 9000 litres.
  • 50 litres d’eau consommés par jour.
  • 1 voiture électrique.
  • 3 potagers, 1 serre et 2 mares.
  • Environ 100 visites organisées dans la maison en un an, de privés et d’architectes.

Les concepteurs

Pascal Oulevay, architecte HES, et Roberto Camarasa, ingénieur en physique du bâtiment et biologiste de l’habitat, ont créé le bureau Shift l’année dernière, à Cully (VD). Ils se sont spécialisés dans l’écoconstruction, les énergies renouvelables et l’utilisation de matériaux biosourcés, comme le module en bois et paille EcoCocon. La Maison vivante est l’un de leurs premiers projets.