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Enquête
La ville de Genève déclare la guerre aux plastiques jetables

Genève joue les précurseurs en matière de réduction des déchets: dès le 1er janvier 2020, les objets en plastique à usage unique seront bannis des espaces publics. Les enjeux sont écologiques autant qu’économiques.

La ville de Genève déclare la guerre aux plastiques jetables

Sachets, pailles, gobelets, boîtes en plastique, mélangeurs à café, tiges de ballons… Autant d’ustensiles que la ville de Genève entend bannir de ses rues. Leur point commun? Ils sont en plastique et ils sont jetables. Le 1er janvier 2020, tous ces produits à usage unique seront interdits dans l’espace public. Une manière de lutter contre ce matériau qui est au cœur de la problématique environnementale et de l’actualité politique.
En Europe, le plastique a été désigné comme ennemi public numéro un: dès 2021, une dizaine d’objets pour lesquels il existe des alternatives compostables ou réutilisables seront interdits dans toute l’Union européenne. La Confédération, elle, fait cavalier seul en se refusant à adopter des mesures contraignantes (voir l’encadré ci-dessous). Un positionnement qui ne facilite pas la tâche des cantons ou des villes, ainsi qu’en témoigne la tentative d’interdiction des pailles en plastique par la ville de Neuchâtel, déclarée illégale l’an dernier. Dans ce contexte, il a fallu trouver une parade pour prendre des mesures applicables à Genève: «Du fait de la complexité de la législation suisse, les autorités genevoises ont cherché selon quelles bases elles pouvaient agir, explique Cédric Waelti, conseiller de direction chargé de la communication de la Ville. Et le meilleur moyen de prendre des mesures concrètes, c’était de le faire via les autorisations délivrées: dès 2020, l’interdiction du plastique à usage unique figurera parmi les clauses inhérentes aux autorisations, au même titre par exemple que les limitations d’horaires.» Un moyen de pression qui épargne donc certains acteurs de la scène genevoise: «Cette interdiction ne s’applique qu’aux manifestations, terrasses et marchés se tenant sur le domaine public.» Les contrevenants risquent une amende administrative, voire, dans un cas extrême, un retrait pur et simple de leur autorisation.

Ces chers déchets
S’il est urgent d’agir, c’est parce que le litter­ing coûte cher, aussi bien à la collectivité – au niveau suisse, les frais entraînés par le nettoyage de ces déchets sauvages se montent à 200 millions de francs par an – qu’à l’environnement. Autant dire que la décision genevoise est saluée par les associations écologistes: «C’est un pas très important, un signe que l’on peut agir concrètement contre la pollution par le plastique, se félicite Philipp Rohrer, responsable de campagne chez Greenpeace. On avait déjà constaté un effet positif quand les grands distributeurs suisses ont rendu les sachets en plastique payants, mais l’impulsion du monde politique est indispensable pour poursuivre dans cette dynamique.» Même son de cloche du côté de l’Association pour la sauvegarde du Léman, qui mène chaque année des campagnes de nettoyage du lac: «Les contenants en plastique à usage unique représentent une partie très importante des déchets retrouvés dans l’eau, explique la secrétaire générale, Suzanne ­Mader-Feigenwinter. Fin 2018, une étude a permis d’estimer que, sur les 50 tonnes de plastique présentes dans le Léman, dix étaient des déchets sauvages.»
Face à l’ampleur du problème, interdire les plastiques seulement en ville de Genève et sur l’espace public, est-ce une goutte d’eau dans le lac? «Toutes les gouttes d’eau sont bonnes à prendre, répond Suzanne Mader-Feigenwinter. Les changements de comportements prennent du temps, mais cette initiative montre aux consommateurs que l’on peut faire autrement.»

L’interdiction, la solution?
Du côté de ces derniers justement, on accueille favorablement la décision genevoise: «C’est une action très positive, soutient Laurianne Altwegg, responsable environnement à la Fédération romande des consommateurs (FRC). Jusque-là, on avait tendance à imputer la responsabilité aux seuls consommateurs, alors qu’il faut aussi agir en amont. Des alternatives fonctionnelles existent et on peut les aider à s’imposer.» Les réactions des restaurateurs et organisateurs de manifestations genevois sont, eux aussi, plutôt positifs. Il faut dire que bon nombre d’entre eux ont déjà fait une croix sur le plastique pour satisfaire une clientèle sensible à la thématique. «Les professionnels sont conscients de la nécessité d’adapter leurs pratiques, confirme Cédric Waelti. Pour nous assurer que cette mesure soit bien comprise, des équipes du Service des espaces publics ont réalisé durant toute l’année un important travail d’information.»
Tandis que l’initiative genevoise inspire les communes voisines, comme Thônex, le canton de Genève planche à l’heure actuelle sur une interdiction pour tous les cafés et restaurants. Faut-il y voir un signe que la bonne volonté des industriels et des consommateurs ne suffit pas, et que, lorsqu’il est question de changer les comportements, rien ne vaut l’interdiction? «Seul le terme est négatif, nuance Laurianne Altwegg. Car cela incite à proposer d’autres solutions et ne lèse personne. C’est même l’inverse, puisque cela réduit les déchets et les frais.» Du côté des autorités, on estime que c’est le meilleur moyen d’assurer une égalité de traitement entre tous les acteurs de la place: «Nous sommes là pour donner un coup de pouce à ceux qui peinent à faire le pas», analyse Cédric Waelti. Argument marketing d’un côté, menace de l’autre, la sortie du tout-­plastique ne serait donc qu’une histoire de carotte et de bâton… Reste à voir lequel des deux est le plus efficace.

+ D’infos www.ville-geneve.ch

Texte(s): Clément Grandjean
Photo(s): DR

Le jetable aux oubliettes?

Depuis le début de sa production industrielle, dans les années 1950, le plastique s’est fait une place centrale dans notre société. Pourtant, l’entier de son cycle de vie, de sa production à son recyclage ou sa combustion, est problématique d’un point de vue environnemental. Pour les associations écologistes, les alternatives – bioplastique ou matériaux compostables – ne sont pas une solution: «La seule véritable option, c’est de sortir de notre culture du jetable et de faire du réutilisable un standard», plaide Philipp Rohrer, de Greenpeace. Au quotidien, cela suppose de l’organisation. Mais ce changement de pratique donne aussi des idées: de nombreuses entreprises et start-up explorent le domaine des contenants réutilisables. De leur côté, restaurants et cafés proposent de plus en plus systématiquement des rabais aux clients qui utilisent leur propre vaisselle. Des pistes à explorer.
+ D’infos www.greenpeace.ch

Questions à...

Élisabeth Maret, suppléante du chef de section médias à l’Office fédéral de l’environnement
La ville de Genève prend des mesures pour limiter l’usage du plastique dans l’espace public. N’est-ce pas le rôle de la Confédération?
Dans le cadre de la mise en œuvre d’une motion destinée à réduire la pollution plastique, la Confédération est chargée d’examiner et de prendre des mesures avec les secteurs concernés pour lutter contre la pollution de l’environnement par les plastiques. L’accent est mis sur les mesures volontaires. Des mesures contraignantes pourraient être examinées si les premières ne sont pas suffisamment efficaces.
Sans un cadre légal plus strict, comment la Suisse entend-elle agir contre le défi environnemental que représente le plastique?
Il est important d’aborder le problème des plastiques dans son ensemble. L’interdiction des produits à usage unique contribue pour une petite part à la solution. Il est important d’identifier et de prendre d’autres mesures à la source, ainsi que de combler les lacunes dans les connaissances sur l’impact environnemental des plastiques. L’intensification de la recherche et de l’innovation devrait ainsi jouer un rôle central.

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