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décryptage
La vigne et l’œnologie trustent l’édition 2020 d’Agrovina

Le jury du Prix de l’innovation décernée au salon professionnel Agrovina a porté son choix sur un système de finition interne de cuve particulièrement abouti. Deux coups de cœur complètent le podium.

La vigne et l’œnologie trustent l’édition 2020 d’Agrovina

Agrovina, c’est du 21 au 23 janvier au Centre d’expositions et de réunions de Martigny (CERM). Mais c’est en novembre dernier, déjà, que les professionnels chargés de décerner le Prix de l’innovation 2020 ont opéré leur choix. Sur les vingt-huit dossiers qui lui ont été soumis, le jury a décidé de distinguer le système de finition interne de cuves en inox High Clean Inside, développé par l’entreprise italienne Albrigi, représentée en Valais par la société Quality Wine, à Sierre.

Solution écologique

Le concept, développé et testé il y a déjà plusieurs années par Albrigi à l’École d’agriculture d’Aoste, allie un fini de surface très qualitatif à la norme 2R (soit une surface très lisse et brillante obtenue par laminage à froid et recuit sous atmosphère contrôlée) à un travail très soigneux sur les soudures, qui sont arasées et polies à l’extrême. On obtient ainsi des cuves dont la rugosité interne est réduite à 0,05 micromètre, soit 0,05 millième de millimètre – l’équivalent d’un dixième de la taille d’une bactérie. Une telle finition offre peu de prise aux poussières et autres contaminants; son intérêt est donc de faciliter le nettoyage des cuves. Car le grain très fin de l’inox évite la cristallisation du tartre et donc la formation de gravelle, ce qui se traduit à l’arrivée par une réduction sensible du coût et du temps de lavage.
«En fait, on peut ainsi laver ces cuves uniquement à l’eau chaude, sans recourir à des détergents», explique Jean-Jacques Coquillard, directeur de Quality Wine. C’est précisément ce qui a convaincu le jury du Prix de l’innovation. «Ce n’est pas révolutionnaire en soi, plutôt le transfert au domaine œnologique d’une technologie existante, admet la présidente du jury, Simone de Montmollin. Mais cela représente un pas de plus vers la prise en compte des intérêts environnementaux dans notre profession.»
«La finition High Clean Inside équipe tous les modèles de cuves Albrigi depuis une année, précise encore Jean-Jacques Coquillard. En fait, il s’agit d’un élément d’un concept global de conception visant à réduire la quantité de détergents nécessaire en cave. Par exemple, on propose aussi un système de fixation des cuves sans pieds au sol, de façon là aussi à permettre un nettoyage du sol à l’eau chaude uniquement.»

Visibilité assurée

Comme de coutume, le jury a par ailleurs octroyé deux «Coups de cœur», sans pour autant s’écarter du domaine viticole. L’un va au système de détection des spores mis au point par une équipe de l’Université de Genève et testé cette année dans le vignoble de Dardagny (voir Terre&Nature du 31 octobre 2019), l’autre à Digivitis, le système mis au point par Felco et destiné à faciliter le transfert d’informations et la gestion du vignoble grâce à un boîtier connecté, le Collector, et une application modulable sur PC (voir Terre &Nature du 28 novembre 2019).
Les distinctions seront remises lors de l’inauguration officielle d’Agrovina, le mardi 21 janvier. «Pour les exposants primés, le Prix de l’innovation confère un surcroît de visibilité très apprécié, note Simone de Montmollin. Surtout, il participe beaucoup de l’animation du salon, surtout dans sa nouvelle formule étendue sur trois jours, où les ateliers économiques ont fait place à un forum ouvert aux entreprises souhaitant présenter leurs produits.»

+ d’infos www.agrovina.ch

Texte(s): Blaise Guignard
Photo(s): DR / Thierry Porchet

Bon à savoir

Agrolase
Développé à l’Université de Genève par le physicien Jean-Pierre Wolff, Agrolase est un système de détection par laser des spores d’oïdium et de mildiou qui a été testé durant toute l’année sur le vignoble de Dardagny (GE). Couplés à des stations météo, les détecteurs Agrolase fournissent des indications actuelles et précises sur la présence ou non de spores dans une zone déterminée d’une parcelle, permettant au vigneron de traiter uniquement lorsque l’attaque fongique est avérée, grâce aux informations reçues sur son smartphone. Agrolase est actuellement en phase de développement et pourrait être commercialisé dès l’an prochain.

Digivitis

Développé par Felco Motion et testé depuis cet été dans trois domaines viticoles neuchâtelois, le système alliant le bracelet connecté Collector et la plate-forme Digivitis permet de recueillir des données géolocalisées avec une précision de 50 cm et de les visualiser sur une carte du domaine, ainsi que de gérer, définir et notifier des tâches à effectuer à son porteur. Contrairement aux solutions de ce type prévues pour fonctionner sur un smartphone, le boîtier Collector a été expressément conçu pour répondre aux besoins des professionnels sur le terrain. Commercialisé dès 2020, le concept vise le marché intérieur et extérieur et s’adresse tant aux grandes exploitations qu’aux plus petits domaines.
+ d’infos www.digivitis.com

Questions à

Simone de Montmollin, présidente du jury du Prix de l’innovation

Cette année, les trois distinctions concernent la vigne ou la cave. Un hasard?
Oui, totalement! Le jury doit faire son choix parmi un nombre relativement réduit de dossiers présentés, avec des critères assez restrictifs.

Comment le jury s’est-il départagé entre les trois innovations primées?
Le Prix de l’innovation vise d’abord à favoriser une dynamique, pas nécessairement à récompenser une solution définitive déjà mise en place. Mais pour Agrolase, notre coup de cœur «Recherche et développement», il faut souligner qu’on est encore loin de la phase d’application; il y a tout un travail d’analyse et d’évaluation d’autres facteurs qui doit encore être fait. Nous avons toutefois voulu encourager ce type de recherche universitaire dans une thématique agricole. Pour Digivitis (ndlr: coup de cœur «Swiss made» du jury), on attend de voir comment il se révèle à l’usage réel par un personnel souvent peu qualifié. Par ailleurs, des systèmes connectés analogues existent déjà. Mais nous voulions aussi saluer la démarche entrepreneuriale et l’effort entrepris pour faciliter la coordination et le transfert d’informations dans le travail de la vigne.

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